Et oui, encore de l'économie... Mais on parle tellement des taux d'intérêt qui impactent la croissance sans jamais expliquer les tenants et aboutissants que j'ai cherché à comprendre comment ce binz fonctionne...
Même si c'est problématique pour le monde, je suis assez content de constater que la situation va dans le sens que j'avais prévu: l'Amérique continue de s'enfoncer, bien au delà de la simple sphère financière des subprimes. Les défauts de paiement de crédit à la consommation augmentent. Les assurances monolines (qui assuraient des crédits sur des gens insolvables) ont été rétrogradés par les cabinets d'audit. Les valeurs qu'ils assuraient ont du coup perdu leur valeur, entraînant les banques dans une spirale de dépréciation et de pertes monstrueuses. L'économie américaine, très financiarisée, en souffre énormément, d'autant qu'en même temps, les prix du pétrole et des matières premières explosent. Du coup, certaines icônes américaine sont au bord du gouffre et vont sûrement y basculer. Il y a de la banqueroute dans l'air, et pas seulement dans le monde bancaire (la banque Lehmann Brother sera miraculée si elle survit): La faillite de General Motors d'ici 2010 semble inévitable, pour des raisons purement industrielles: son offre est inadapté à la demande. Chrysler est aussi sur la corde raide, d'ailleurs. Et les compagnies aériennes Américaines vont avoir de gros problèmes.
Bref, ca va mal et le futur locataire du bureau ovale aura du pain sur la planche.
Deux gros problèmes se posent aux banquiers centraux et aux politiques: la croissance, et l'inflation. On en parle tellement que j'ai cherché à mieux comprendre le lien entre l'une et l'autre. Je livre ici le fil de ma réflexion.
La croissance, c'est le surcroît de richesse produite. Elle résulte de l'augmentation de l'activité ou de gains de productivité. L'inflation, c'est l'augmentation des prix. Elle résulte de l'augmentation des coûts de production ou de la dévaluation de la monnaie.
Les banquiers centraux ont une responsabilité énorme impactant ces deux phénomènes: ils sont responsable de la gestion de la monnaie. Et là, comme d'habitude, il est utile de rappeler l'évidence pour bien comprendre: La monnaie est une création virtuelle permettant d'échanger des biens réels. Tout le reste (les titres, les actions, obligation, etc...) ne sont que des résultante de ceci.
Bon. Pour que l'économie fonctionne, on a inventé la monnaie. Les banques centrales émettent cette monnaie sous forme de morceaux de papier qui, intrinsèquement, ne valent rien. Tout réside sur la confiance. Elles sont responsables du volume de morceau de papier en circulation. On appelle ça la masse monétaire. Les banque centrale fixent aussi des taux d'intérêt: c'est le taux auquel elles acceptent de prêter des morceaux de papier supplémentaires. A la base, prêter des morceaux de papier permet à des gens d'acheter des biens dont l'usage permettra de rembourser le prêt.
La masse monétaire peut changer dans le temps, mais jamais sans conséquences: plus il y a de monnaie en circulation, plus grand est le risque que les gens se rendent compte que du papier, tout le monde en a des pleines brouettes et donc, se posent des questions sur sa valeur réelle. Du coup, ils augmentent leurs prix car ils sont de moins en moins certain que la valeur d'échange du papier qu'ils gagnent aujourd'hui soit identique à celle de demain: c'est l'inflation. Elle frappe absolument tout le monde, mais beaucoup plus durement les "petites gens", ceux dont les moyens sont déjà faibles: leurs petites économies sont réduites à néant, et souvent, ils ne connaissent pas les mécanismes de protection. L'inflation peut aussi apparaître lorsque le bien a acheter est de plus en plus rare: les enchères montent. Mais dans ce cas, le banquier central n'y est pour rien: c'est seulement aux acheteurs de faire des choix quand à leurs priorités.
Ainsi, la masse monétaire peut augmenter directement si le banquier central, pour financer l'Etat qui est en déficit par exemple, imprime plus de papier que nécessaire. Elle peut aussi augmenter indirectement lorsque le banquier central baisse ses taux d'intérêt: En baissant le taux d'intérêt, on encourage l'emprunt après de la banque, qui dit donc: je te donne 10 aujourd'hui en partant du principe que tu me les rendras un jour. Si la masse monétaire était de 100 avant ce prêt, elle est de 110 ensuite avec la promesse de revenir à 100 un jour. L'avantage est que l'argent de ce prêt, bien investi, produit de la valeur et donc de la croissance. Mais le risque est d'entrer dans un processus de cavalerie, et de réemprunter 12 pour rembourser les 10+intérêt, etc, etc... Plus le taux est faible, plus le risque est grand de faire appel au crédit pour tout et n'importe quoi.
Quoi qu'il en soit, l'augmentation de la masse monétaire présente un risque, celui de fragiliser la monnaie en décrédibilisant sa valeur d'échange.
Mais alors, pourquoi prendre ce risque? Et bien, parce que signer une reconnaissance de dette ou imprimer du papier est moins douloureux que dire aux citoyens: Non, nous n'avons pas les moyens de payer des pensions de retraite entre 55 et 80 ans pour tout le monde, non, nous n'avons pas les moyens d'acheter de l'essence pour faire tourner nos V8, non, nous n'avons pas les moyens de construire un pont ici, une école là, non, on ne peut pas tout faire en même temps... Trop proche du politique, la banque centrale peut vite ressembler à un distributeur automatique d'argent gratuit (à court terme). Ou un faux monnayeur.
Les banquiers centraux ont ainsi une responsabilité écrasante: en augmentant la masse monétaire, ils créent de l'activité mais prennent le risque de décrédibiliser leur monnaie et donc de provoquer l'inflation. En maintenant à tout prix la masse monétaire en l'état, ils tentent de bloquer l'inflation (celle dont l'origine est la perte de confiance en la monnaie), mais ralentissent la vie économique, car l'emprunt d'investissement devient plus coûteux.
Aux USA, la banque centrale a réagit à toutes les crises précédentes en favorisant l'emprunt pour relancer la machine (après l'explosion de la bulle internet, après le 11 septembre, etc...). Mais le gouvernement n'a jamais été très sage et à toujours continué à faire du déficit financé par la banque, donc sur la crédibilité du dollars US (sans risque puisque elle est (était?) énorme). C'est pourquoi les banques centrales asiatiques et du proche orient ont leurs coffres bourrés de bons du trésor américain, qui sont ni plus ni moins que des reconnaissances de dette. Le souci, c'est qu'à force de tirer sur la corde, elle rompt. C'est ce qui est en train de se produire.
L'Europe a créé sa monnaie il y a 10 ans et sa banque centrale, basée à Francfort, est la fille directe de la plus puissante (=crédible) monnaie Européenne à cette époque: le Deusch Mark. Dans ses gènes, il y a donc ceux de la Bundesbank Allemande, laquelle avait 2 priorités absolues: l'indépendance vis à vis du politique et le contrôle de l'inflation à tout prix. Cette priorité était née d'une expérience traumatisante: la propension de la République de Weimar (entre deux guerre) à imprimer du papier pour payer les dettes de guerre, provoquant une inflation galopante et hors de contrôle qui porta au pouvoir un populiste nommé Adolf Hitler.
Aujourd'hui, face au choc pétrolier et au crash financier, les banquiers centraux ont une énorme responsabilité: ils peuvent jouer sur la masse monétaire pour financer la reprise économique ou lutter contre l'inflation.
1. Baisser les taux et augmenter la masse monétaire signifie ceci: l'économie va mal, le pétrole est hors de prix et les gens n'ont plus assez d'argent pour l'acheter comme avant, les financiers ont perdu des milliards, le chômage va augmenter, les chômeurs seront mécontent et les autres inquiets. Réponse du banquier: Allez, on passe l'éponge, je décide de distribuer de l'argent pour consoler tout le monde et redémarrer la machine. L'emprunt pas cher permettra de combler les déficits en attendant des jours meilleurs. J'espère juste qu'après ce coup de booster, les gens seront plus prudent, vont investir pour apprendre à économiser le pétrole et rembourser vite leurs dettes. Sinon, je serai contraint de continuer à augmenter ma masse monétaire, ma monnaie risquera le crash, je perdrai ma crédibilité, l'inflation explosera ce qui mène souvent à de grave troubles sociaux.
2. Augmenter les taux et maintenir la masse monétaire: L'économie va mal car elle est droguée au pétrole qui devient cher, les financiers ont perdu des milliards par imprudence, la nourriture augmente car nous sommes nombreux sur terre et mal organisés pour nourrir tout le monde, bref, l'inflation pour cause de pénurie guette. Réponse du banquier: Si par le passé, vous avez fait n'importe quoi en étant imprévoyants, je n'y suis pour rien. Vous, les brasseurs de millions, vous avez perdu des milliards? C'est votre faute. Je n'effacerai pas votre ardoise et je n'augmenterai pas ma masse monétaire pour que vous tous achetiez à crédit le pétrole dont vous êtes drogués. Je refuse le risque de l'engrenage et préfère être ferme tout de suite contre l'inflation car je n'accepterai pas que le peuple, les petites gens ne puissent même plus vivre de leur travail et soient spoliés de leurs économies. Soyez créatifs, concentrez vos ressources pour devenir plus économe en pétrole, adaptez votre agriculture: la solution n'est pas dans la monnaie, mais dans le concret. Je me contenterai donc de faire mon job et de m'assurer que le travail consenti aujourd'hui par vos citoyens ne soit pas dévalué par un crash monétaire demain.
Le choix politique que doivent faire les banquiers centraux est donc le suivant: favoriser la croissance, qui correspond à chercher l'amélioration des niveaux de vie (au risque de les dégrader par effet d'inflation si ça rate), ou favoriser la stabilité des prix (lutte contre l'inflation), qui correspond à s'assurer du maintien des niveaux de vie actuels (au risque de limiter leur croissance) en refusant de financer l'imprévoyance (dépendance excessive au pétrole, mauvaise politique agricole).
A chacun de faire son choix, mais l'idéal serait que toutes les banques centrales adoptent une stratégie identique. Ca n'est pas le cas actuellement et l'avenir dira qui avait raison.
Depuis un an, la Federal reserve Américaine de Ben Bernanke a joué la baisse des taux pour sauver l'économie, mais cela semble rater. Elle commence à s'inquiéter de l'envolée de l'inflation, et a perdu pas mal de crédibilité.
La Banque Centrale Européenne de Jean Claude Trichet joue la carte de la lutte contre l'inflation. Contre toute attente, il semblerait que l'économie Européenne résiste à peu près et ne devrait pas suivre les USA dans la récession. De plus, bien qu'élevée à cause de la pénurie de certains produits, son inflation est plus faible. A l'extérieur, enfin, la constance de la BCE est de plus en plus apprécié: elle ne semble pas naviguer à vue et est imperturbable dans son objectif: en Augmentant ses taux de 0.25 points il y a quelque jours, elle a envoyé un message. En effet, 0.25 points ne changent pas grand chose, mais le message est clair à l'attention des entreprises: si vous montez vos prix sans raison, par effet d'aubaine parce que ça monte ailleurs, si vous augmentez les salaires pour suivre une inflation due à des choix qui ont mené à la pénurie, ne comptez pas sur moi pour vous suivre en vous finançant et en augmentant ma masse monétaire. Adaptez vous. C'est un mauvais moment à passer, mais c'est le seul choix raisonnable à long terme.
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