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Intellectosphérique

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mercredi, février 24 2010

Sanctuarisation, Grenelle, diffamation

Je suis de plus en plus consterné par la vie politique de notre pays. L’indécence et l’irrespect dominent tellement que c’en est effrayant. Les coups de communications se succèdent à un rythme effréné en laminant toute possibilité de traiter de sujet de fond, tout espoir de faire preuve de réelle pédagogie. A ces coups de communication, les représentants politiques se répondent mutuellement par avocats interposés. Tout le monde attaque tout le monde en diffamation, dans la droite ligne d’une époque devenue procédurière et revancharde. Et tandis que les protagonistes débattent dans les tribunaux de l’irrespect de tel ou tel mot lancé à dessein pour faire parler, plus personne parmi nos dirigeants ni nos journalistes ne trouve le temps de demander si l’irrespect, ce n’est pas d’envoyer dans un collège de ZEP des professeurs débutants et contrôler 10 fois par jour l’identité de ses étudiants. Ni personne pour dire que l’indécence, c’est qu’un homme puisse être rémunéré plusieurs centaines de fois plus qu’un autre alors que rien ne peut justifier pareille différence.

Mais de temps en temps, pour faire croire qu’un changement va se produire, un Grenelle est annoncé. De l’environnement, de l’emploi, des jeunes, de la banlieue, des retraites et même de l’île-de-France. On use jusqu’à la corde un mot qui fut synonyme de bouleversement, de consensus, et qui ne promet plus aujourd’hui que paroles et désillusions. Des paroles qui, parfois, se transforment en déclaration de sanctuarisation des établissements scolaires, annonce faite avec un air grave et un ton martial. Je ne sais pas ce que signifie sanctuarisation pour vous, mais pour moi, ça sent la mort, la pierre poussiéreuse, l’immobilité, l’encens, l’obscurantisme et le mur d’enceinte. Le contraire de ce que devrait être l’école publique, lieu de jeunesse, d’activité, d’élévation intellectuelle, d’échange. Sanctuariser, c’est isoler, jeter un voile pudique sur les problèmes, les renvoyer hors du mur d’enceinte et se mentir en croyant qu’ils n’existent plus.

Ce n’est pas de sanctuaire dont l’école, et la société dans son ensemble, a besoin. C’est d’espoir, de décence, de sérénité. A l’évidence, ce ne sont pas des choses que l’on peut obtenir en travaillant plus pour gagner plus.

mardi, février 10 2009

« Bon, allez, on va continuer à se promener »…

Il faut dire que la gamine tirait sur la manche de la mère et que son mari commençait à en avoir assez des ragots sur la santé d’une voisine. Il était temps de rompre la conversation. Et de continuer la promenade… Dans le supermarché Leclerc. Car c’est bien au milieu d’une allée, entre du coca cola en promotion et du jus d’ananas premier prix, que j’ai entendu cette fin de conversation.

Se promener à Leclerc. A chaque fois que j’entends ça, je bloque. Pouf. Marche plus. Se promener, ok. Allez à Leclerc, ok. Se promener à Leclerc, pouf. Comprend pas. Encore un de ces matins, à propos de l’école le mercredi matin : à la radio, ils expliquaient que quand ils n’ont pas école, les enfants regardent la télévision ou vont au centre commercial. Deux alternatives désolantes. Comment peut-on se promener dans un supermarché ? Ou même dans un centre commercial ? Je peine à concevoir le plaisir que l’on peut éprouver à déambuler au milieu de commerces et n’y parvient pas du tout s’il s’agit en fait d’étagères croulant sous des produits de consommation courante. Y’a-t-il un plaisir qui m’échappe, caché entre les allées de pack de couches pour nourrissons et les yaourts aux fruits mixés ? Le baratin du vendeur et ses ventes flash de 10 minutes seulement (profitez en vite !) sur les moules de Quimper ont elles un effet relaxant ou reposant ? La lumière clignotante des tubes néon de médiocre qualité a-t-elle des vertus insoupçonnées ?

Moi, être dans un supermarché ne m’apporte aucune satisfaction. Je n’y ressens que le désespoir de me situer pile dans le moule de la conformité : celle du type qui crèverait la bouche ouverte si on lui enlevait les accessoires d’une vie que l’on dit moderne et développée, celle d’un type fondamentalement incapable de se nourrir, se soigner, se vêtir, se laver, se chauffer et même se distraire autrement qu’en achetant plein de trucs qui, enrobés dans un packaging flatteur et au tarif exceptionnel de deux pour le prix d’un, lui donne l’illusion d’être plus malin que son voisin.

Je n’ai pourtant pas le sentiment d’être le plus féroce des altermondialistes. D’ailleurs, il ne faut pas se mentir, je n’ai rien d’un militant altermondialiste engagé. Mais alors, rien du tout. Tarvalanion, ,cet anarchiste, m’a même dit que j’étais petit bourgeois, et il n’a pas complètement tort : Je ne fais rien pour changer le monde et préfère me contenter de sa critique dans mes instants de lucidité. Ensuite, je m’y replonge hypocritement parce que c’est plus pratique, moins fatiguant et plus confortable, surtout lorsqu’on a la chance, comme moi, d’y être plutôt convenablement intégré (faut pas cracher dans la soupe). Pour être vraiment sincère, j’avouerai même que dans mes plus grands moments de sagacité cynique et égoïste, je me dis : « après moi le déluge, de toute manière je ne laisserai très probablement personne après moi, ceux qui font des gosses n’ont qu’à prendre les épouvantables responsabilités qui vont avec ». Dans ces instants heureusement fugaces, j’ai conscience d’être pire que le système que je conspue et d’ignorer superbement tout ce qui n’est pas humain mais va quand même crever à cause de lui, mais je m’en accommode sans trop de honte (mais un peu quand même).

Il n’empêche cependant que je ne me sens jamais plus désespéré du monde qui m’entoure que lorsque j’entends parler de promenade en supermarché ou, pire, de détente en faisant du shopping. Et je ne peux m’empêcher de penser que la maman et le papa auraient pu faire quelque chose de bien plus intéressant, intelligent et formateur avec leur rejeton que d’aller se balader à Leclerc.

Je vous laisse déduire ma position quant à l’ouverture généralisée des commerces le dimanche.

samedi, novembre 22 2008

Sil save pa écrir ba peuve til aprendre ?

En lisan se text de Samantdi jè eu un choque. Je me sui demendé comen on en è arivè la. Ba jè pa de raiponse mè gen sui afligé. Je me sui doublemen posé la question que dan mon travaille ba ya kelque comercio il save pa telemen aicrire non plu è il fo déchifré lé messaje car en pluse de l'absense d'ortografe ba ya pa de gramère non plu.

Au début de l'apparition du langage texto, il avait été expliqué que ça n'était qu'un code entre ado, un code destiné à réduire le nombre de caractères et donc à caser le maximum d'information dans les 160 signes autorisés par SMS. Soit. Sauf que le code est devenu la norme pour certains de ces jeunes. (J'ai l'impression d'être vraiment un vieux con, en écrivant « les jeunes », comme si mes 24 ans m'excluaient de l'amas grouillant des faux dyslexiques mais vrais analphabètes). Si on consulte certains forums, même les plus sérieux, on constate que de plus en plus d'intervenants sont incapables d'écrire correctement.

Ce qui m'afflige, c'est que des messages illisibles soient au milieu d'autres convenablement écrits, sans que personne ne s'en offusque, ou presque. Pire, les auteurs-SMS ne sont pas gênés d'exhiber ainsi leur incompétence grammaticale et orthographique : ba ouè mè j'ai toujour étè dislecsique alors ba si vou compenè pas ba je sui désolé mai moi je vous compren trè bien quand vou écrivés. Bref, excuses toi de savoir écrire, toi le privilégié au cerveau bien rempli, et fait un effort pour comprendre les borborygmes des pauvres dyslexiques. C'est le nivellement par le bas par excellence, revendiqué et assumé, sous couvert de pseudo maladie. La dyslexie a bon dos.

Ce qui me consterne, c'est l'absence complète de différenciation entre le langage parlé et le langage écrit : le signes de ponctuation, virgules, points, exclamation, majuscules, sont superbement ignorés et remplacés par des « ba » ou « tien » et autres « ouè mè ». Je ne suis pas linguiste ni sociologue, mais j'ai quand même le sentiment très net que ces messages sont balancés à la volée, sans réflexion, comme une simple réaction d'émotion, non contrôlée et encore moins réfléchie, dans la plus brillante manifestation de notre époque de l'instantané-émotionnel-personnel (qui a dit star'ac, au fond à droite, hum ?)

Ce qui m'effraie, c'est le futur de ces jeunes. J'y ai pensé en lisant Samantdi : Comment font ils, s'ils sont incapables d'écrire en français (et donc d'en comprendre la construction et le fonctionnement) et n'ont qu'un champ lexical rabougri, comment font ils donc pour apprendre d'autres langages ? Mon coté vieux con me laisse croire que si on ne comprend pas la structure logique de sa propre langue maternelle, on ne comprendra pas plus la structure mathématique d'une équation (même une simple, de celles qu'on utilise dans une règle de trois), et encore moins celle d'une langue étrangère. Je ne vois pas comment des francophones médiocres peuvent donner des anglophones décents (ou germanophone, etc…) et des matheux convenables (pas des polytechniciens, hein, rien que des gens capables de comprendre le fonctionnement d'un usurier crédit cofinoga). Dans 10 ans, on se retrouvera avec des cohortes d'analphabètes sur les bras, qui se feront plumer à qui mieux-mieux à force d'écrire « lu é aprouvé » sur n'importe quel papier qu'ils n'auront pas compris.

jeudi, octobre 2 2008

La crise économique

Quand j'avais parlé de la crise et de ses causes il y a quelques mois, je disais que ca n'était pas fini. Je ne pensais pas si bien dire et j'étais optimiste.

Les bourses ont continué de baisser. Par le jeu prévisible (et au demeurant très chouette quand ça monte) de la valorisation des actifs au prix du marché, des banques se sont retrouvé en situation de faillite. La réserve fédérale américaine, qui a déjà grillé ses cartouches en baissant ses taux et en renflouant Bear Stern, ne pouvait plus rien faire seule. Alors, le secrétaire du trésor US, Henry Paulson, avait dit à propos d'une éventuelle intervention directe du gouvernement fédéral : "j'ai un bazooka dans la poche, j'aimerai ne pas avoir à le sortir". C'etait la "bazooka option". Le but était clair : prévenir que le gouvernement saurait faire un coup énorme pour rétablir la confiance du système financier. Et donc, par ces simples paroles, rétablir la confiance. Car tout est désormais affaire de confiance, voir de bluff, comme au poker. Ca n'a pas marché, la suspicion généralisé s'est aggravée, Fannie Mae et Freddie Mac se sont retrouvée en grave difficulté. Paulson a sorti le bazooka: les 2 ont été nationalisées.

Puis, c'est le drame: l'effet bazooka n'a pas marché. Lehman Brother, troisième plus grosse banque d'affaire de wall street, tombe. Et pour la première fois, le gouvernement fédéral n'a rien fait. La banque est tombée, point. Erreur immense. Comme au poker, les autres banques ont réalisé qu'il y avait un bluff, que le gouvernement US n'allait pas, ne pouvait peut-être pas, sauver tout le monde. Panique. Plus personne ne se prête (c'est le crédit interbancaire), alors que toutes en on un besoin immense. A commencer par l'assureur AIG, qui se retrouve acculé. Cette fois, Paulson comprend que si AIG tombe, c'est l'effondrement général. En quelques heures, AIG est nationalisé. Puis Washington Mutual, plus grosse caisse d'épargne américaine, est poussée dans les bras d'une autre pour éviter la banqueroute. La situation empire, le bazooka, démenti par l'affaire Lehman, n'a servi à rien. Paulson comprend qu'il faut du plus gros calibre et demande au président Bush l'autorisation d'user de très, très, très gros. C'est la "nuclear option". 700 milliards de dollars, rubis sur l'ongle. Plus l'interdiction des ventes à découvert. Plus 300 milliards d'injection dans le système interbancaire pour remplacer les banques qui ne se prêtent plus entre elles.

La nuclear option révèle cependant une chose: ce n'est pas des dizaines, mais des centaines de milliards qu'il faut purger. Personne ne sait ou l'on va, tout le monde est hystérique, en témoigne les yoyos des bourses, -10% un jour, +15% le lendemain, -9% le surlendemain.

De toute manière, il ne faut pas se mentir : toute cette affaire vient de l'endettement des états unis, c'est-à-dire de leur déficit commercial (le même que pour la France). Tant qu'il ne sera pas résolu, on ne ferra que reculer pour mieux sauter. Pour information, le déficit américain est de 60 milliards de dollars par mois. C'est, depuis plusieurs années, ce dont ont besoin mensuellement les USA pour maintenir leur train de vie. Pour les doués du calcul mental, 60 milliards mensuels, c'est 720 milliards par an. Ca nous fait un plan Paulson annuel. D'ailleurs, qui va payer ce plan à votre avis ? Certainement pas un trésor secret américain vu que les caisses sont archi-vides. Il sera financé par l'emprunt et n'est donc qu'une rustine, une fuite en avant de plus. Mais il est vrai que le but désormais est de gagner du temps. Qui va payer ? Ceux qui souscriront aux bons du trésor US. Depuis des années, c'est la Chine, l'Asie en général, le proche orient pétrolifère, leurs fonds souverains, leurs banques. Vont-ils le faire ? Ca… Les chinois ne sont pas très contents : depuis des années, ils prètent aux USA et réalisent que les USA ne peuvent pas payer. Alors ? Alors mystère. Economiquement, le monde est en terre inconnue. Ce qui est certain, c'est que les banques n'ont plus ni l'envie, ni les moyens de financer l'économie réelle. Donc, la réalité va sévèrement capoter. Ce qui va réduire l'activité. Donc provoquer des faillites. Donc affoler les banques. Etc… A court terme, en tout cas, le pire des scénarios devient d'ailleurs envisageable: les banques étrangères commencent à douter sérieusement de la solidité de l'édifice financier américains et commencent à rapatrier leurs fonds. Il y en a pour 1000 milliards de crédits interbancaire. Si le mouvement s'amplifie et la panique s'installe (franchement, c'est possible), c'est l'effondrement du système complet. Nul ne sait ce que ça peut donner. Terre inconnue.

Alors quoi ? Alors, les USA vont plonger dans une récession épouvantable, et y entraîner toute l'économie mondiale. Devant le désastre, les USA comme la Chine feront appel à l'esprit patriotique et joueront la carte du protectionnisme. La guerre d'Irak va très vite se terminer faute de combattants US. L'Afghanistan? Pareil. A moyens terme, je maintiens ce que j'avais dit : des groupes économiques régionaux(qui existent déjà à moitié) vont apparaître, car plus personne ne voudra mettre ses oeufs dans le même panier, et de toute manière, chacun finira par la jouer perso. En espérant cependant que le coup ne sera pas trop dur, et que les peuples derrière leurs drapeau n'aient pas l'idée de passer sous le drapeau avec des armes...

Et nous ? Nous, on a l'Europe et l'Euro. Et je l'ai déjà dit : l'Euro est l'enfant prodigue, pour nous, européens. (il faut dire aussi qu'il est fils unique…) En l'état actuel, nos francs, pesetas, lires, peut être même mark, auraient été attaqués et dévalués depuis un moment. Et, il faut le dire même si ça écorche notre président, la Banque Centrale Européenne dirigée par Jean Claude Trichet a fait un sans faute. Déjà, en gardant ses nerfs il y a quelques mois, en maintenant les taux d'intéret contre l'inflation. Ensuite, en injectant des dizaines (et même centaines) de milliards d'euros dans le système interbancaire à chaque nécessité, jouant parfaitement son rôle de prêteur en dernier ressort. Sauf que ce faisant, la BCE atteins ses limites et ne pourra plus continuer au rythme actuel. Son propre bilan financier se dégrade, car elle accepte en contrepartie de ses prêt interbancaires des actifs de moins en moins solides. Depuis quelques jours, alors que tout s'aggrave aux USA, la BCE de Trichet a averti les gouvernements qu'il fallait une solution crédible et que la BCE n'allait plus y suffire: il allait falloir faire des sauvetages de banques et la BCE n'a pas le droit de le faire. Surtout, comme la FED, elle arrive à ses propres limites. La présidence Française en a parlé avec le président de la commission Européenne, qui a admis l'urgence de mesures d'exception. Il y avait urgence: dès le début de la semaine, les états Belges, Français, Luxembourgeois et Neerlandais ont volés au secours de Dexia et Fortis. L'Allemagne a ouvert un crédit de 35 milliards à RHE et l'Irlande nationalisé une banque. Mais la commission renâcle, car elle est peuplée de plus ultra libéral que les pires néolibéraux de Bush. Notons que ce n'est pas une fatalité. L'Europe et ses structures demeurent démocratiques. Ses responsables sont arrivés là par la volonté de nos dirigeants et celle des électeurs qui ont refusé le traité constitutionnel rendant l'édifice démocratique plus direct et transparent.

Pour l'Europe, le moment est économiquement historique car l'irruption des politiques contrevient complètement aux règles purement économiques de l'Eurogroupe. En cela, elle chiffonne gravement l'esprit Germanique pour qui les finances ne doivent jamais être politisées, et au maximum fragmenté afin d'éviter les trop grandes positions de force. Hélas, l'Allemagne approche d'échéances électorales, et risque d'être intransigeante sur ce point alors même que ses grands banquiers souhaitent une intervention européenne majeure. Car cette fois, l'idéal serait d'aller beaucoup plus loin que les sauvetages états par états, chacun pour soit. L'exemple donné par l'Irlande, qui joue cavalier seul sans tenir compte de rien, est dramatique et au lieu d'un choc de confiance, va provoquer un choc de défiance et d'incompréhension. C'est malheureux à dire, mais le conseil euro-ecofin, sorte de commission spéciale des membres de la zone euro et disposant de pouvoir étendus en la matière et qui était dans le traité constitutionnel, va beaucoup nous manquer aujourd'hui, en tant que lieu de prise de décision communes. Ainsi qu'un parlement aux pouvoirs plus grand et la pétition d'origine populaire qui aurait permis de passer outre les réticences de la commission. Un certain Laurent Fabius, qui donna un poids immense au "non" par calcul politicien et regrette aujourd'hui dans Le Monde le manque de capacité de réaction de l'Europe, mériterait des coups de pied au cul. Voire même des bonnes grosses baffes.

Montrer une unité impeccable, en parlant et agissant d'une seule voix, en renflouant les banques Européennes par des fonds européens et non des additions de fond nationaux est une excellente idée. L'Europe de l'Euro (hors Royaume uni, Suède, Danemark et Europe de l'Est, donc) peut montrer au monde sa capacité économique, adoucir le choc auprès de ses citoyens et être un interlocuteur de choix dans la re-réglementation de la finance, en s'appuyant sur la BCE et l'eurogroupe. Mais hélas, c'est mal parti et les européens risquent de passer à coté d'une chance historique. Les jours à venir seront très intéressants. Les mois à venir, quant à eux, seront difficiles. Le ralentissement est déjà très perceptible au niveau des entreprises, et ne va pas en s'arrangeant. Ca va secouer, et sévèrement.

dimanche, septembre 14 2008

Desmodromique

Avec cette histoire de Ducati, Alain me propose de parler de trucs de beaufs, soupapes, pistons, arbre à came et distribution desmodromique. Moteur, horloge, boite de vitesse synchronisée ou train épicycloïdal, rien n'est plus beau qu'un mécanisme bien réglé. Alain me tend la perche avec ce joli mot qu'est "desmodromique": je saute sur l'occasion. Mieux, je vais m'adapter à la frange majoritaire de mon lectorat (même si les trois quarts déguerpiront avant même la fin de ce paragraphe par peur de l'ennui qui va frapper, mais je m'en moque de mon lectorat, j'avais dit à La Cigale cet été) que je soupçonne d'être totalement inapte à planter un clou (quoique), alors comprendre un réglage de soupape...



Pour les courageux, revenons aux bases d'un moteur thermique 4 temps à explosion pour voiture, moto, tondeuse à gazon et autres trucs. Sa vocation est de transformer l'énergie d'une explosion en un mouvement de rotation, lequel est transmis aux roues pour faire avancer l'engin. Comment?

L'explosion est réalisée par un mélange d'air et de carburant. Elle intervient dans un tube nommé cylindre, fermé d'un coté par une plaque fixe, la culasse et de l'autre par une plaque mobile, nommé piston. En explosant dans un espace confiné, le mélange pousse le piston, seul élément mobile: nous avons créé un mouvement de translation. Pour le transformer en rotation, on utilise un vilebrequin. Une fois l'explosion réalisée, le vilebrequin ramène par inertie le piston à sa position de départ, et on recommence. Un petit schéma valant mieux qu'un grands discours, voila de quoi mieux comprendre:

moteur.gif

Rien de plus simple, non?

Mais alors, c'est quoi cette connerie de distribution desmodromique? Tout d'abord, la distribution est le mécanisme permettant de vider le cylindre des gaz issus de l'explosion, puis d'y remettre un mélange air + essence pour le cycle suivant. Pour cela, deux trous (au moins) sont percés dans la culasse: l'un pour l'extraction des gaz, l'autre pour l'admission du mélange explosif. Ces trous sont ouverts et fermés chacun leur tour, par l'usage d'une porte nommée soupape. Il s'agit du mécanisme situé en haut sur l'animation.

Tout l'art de la distribution est de parvenir à ouvrir et fermer ces soupapes au bon moment et le plus longuement possible: si le mélange explose avec la soupape d'extraction ouverte, l'énergie de l'explosion s'échappe au lieu de pousser le piston. Si il explose alors que l'admission est ouverte, vous allez droit vers l'incendie, le feu se propageant dans tout le moteur. Si elles s'ouvrent ensemble, le mélange neuf se sauve directement, il ne reste plus rien à faire cramer ensuite. Si les soupapes ne sont pas fermées lorsque le piston remonte, piston et soupapes s'entrechoquent et on assiste à une superbe destruction du moteur.

Afin de gérer ces ouvertures et fermetures, on utilise un arbre à came et un culbuteur: il s'agit d'un tube dont le rayon est variable. Un schéma?

arbre___came.gif



Bon, et alors, cette foutaise desmomachin? Nous y voila: sur l'animation que je vous propose, le moteur dispose d'une distribution classique: l'arbre à came pousse la soupape, et celle ci revient ensuite par la force d'un ressort situé entre elle et la culasse. L'admission desmodromique supprime ce ressort: le rappel est actif. Un petit schéma pour comprendre?

Sur le principe, en deux dimensions: desmo_vs_calssique.jpg

(suggéré par 1loup: Animé mais avec une couleur atroce et le vrai mécanisme, plus complexe car on voit bien le double culbuteur mais il manque le micro ressort de rappel final, pour les puristes...) desmo_4.gif

Et voila, vous savez tout. Sauf peut être le plus important: pourquoi se faire chier avec une admission desmotruc? En fait, il y a plusieurs raisons. Premièrement, c'est beau. Un ressort, c'est trop basique, un mécanisme de distribution desmodromique c'est bien plus beau, car c'est actif. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle Ducati a adopté cette distribution il y a plusieurs décennies. La distribution classique, à ressorts, souffre de quelques inconvénients. Tout d'abord, il y a la légende de l'affolement des soupapes: lorsque le moteur monte en régime, les soupapes doivent faire des allers-retours de plus en plus rapides. Arrivé à un point, le ressort ne réagit plus assez vite pour remonter la soupape à temps. Celles ci ne se ferment plus totalement, cognent sur l'arbre à came, rebondissent et finissent par faire n'importe quoi, ce qui abouti à la destruction du moteur. Je dis légende, car ce problème n'existe plus aujourd'hui: les qualités d'aciers atteintes permettent des performances largement suffisantes. Et même autrefois (dans les années 50), le problème n'en était pas un en soi: pour l'éviter, il suffisait de mettre des ressorts plus puissants. Sauf que cela signifie un ressort plus dur à écraser, donc une perte de puissance, un profil d'arbre à came plus adouci et par corollaire une plus grande lenteur à monter en régime (on verra ensuite pourquoi). Comme le but de monter en régime est de gagner de la puissance et que Ducati tenait à être la plus sportive des marques, celle qui gagne les courses face à ces connasses de motos japonaises, ça n'allait pas. Le patron des ingénieurs de Ducati voulait rompre le cercle vicieux, qui dit que pour monter haut en régime, il faut des ressorts plus gros, lesquels ralentissent la même montée en régime car ils sont de plus en plus dur à compresser et imposent une ouverture des soupapes plus lente. Qu'à cela ne tienne, s'exclama signore Ducati, supprimons le ressort!

Ce que les ingénieurs ducati firent en maitrisant l'injection desmodromique. Avec cet avantage, ils dominèrent tout le monde: Dans les années 60 la fameuse "réserve de puissance" des Ducati n'était pas un mythe mais une réalité: les moteurs de la marque avait une capacité à monter en régime plus vite et plus haut que les autres. Pourquoi?

Pour bouger la soupape sur une injection classique, il faut vaincre l'inertie de la soupape plus la force du ressort. En supprimant le ressort, Ducati économise de la puissance: la force nécessaire pour réaliser l'aller-retour de la soupape est négligeable par rapport à celle consommée pour écraser un ressort une seule fois. Mais le mieux, c'est que sans ressort, seule l'inertie de la soupape s'oppose à son déplacement. A énergie consommée identique, Il est donc possible d'avoir un arbre à came dont le profil ouvre la soupape beaucoup plus rapidement (toute l'énergie disponible passe dans l'accélération de la soupape), puis de la laisse ouverte plus longtemps car on peut la refermer très vite au dernier moment. En tout cas beaucoup plus vite que ne le ferait un ressort. Et ça change tout! En effet plus le moteur tourne vite, plus le temps d'ouverture des soupapes est bref, ce qui signifie que l'échange gazeux est réduit et donc le mélange explosif de moindre qualité. Il est donc important de pouvoir ouvrir en grand la soupape rapidement pour remplir à fond le cylindre d'essence et d'air. En remplissant mieux le cylindre du mélange explosif, même à très haute vitesse, Ducati optimise le rendement de sa mécanique d'où une capacité à continuer d'accélérer: le moteur n'est pas asphyxié comme ceux utilisant une distribution classique. La réserve de puissance des Ducati trouve là son explication et, on le voit, l'avantage de la distribution desmodromique va bien au delà du seul problème d'affolement des soupapes communément évoqué.

Le concepteur du desmodromique Ducati le disait d'ailleurs lui même: le problème n'est pas d'empêcher l'affolement des soupapes. Même avec des ressorts, on peut y arriver à plus de 13000 tours par minute (et d'ailleurs, certains concurrents y parvenaient). En revanche, seule la distribution desmodromique était capable de tourner à des vitesses pareilles et d'avoir encore du souffle pour poursuivre la montée en régime et donc fournir de la puissance à la moto... par exemple pour doubler un concurrent japonais...

L'inconvénient, évidement, c'est que la distribution desmodromique impose un sacré paquet de pièces mobiles supplémentaires par rapport à un bête ressort. Et donc, un risque de panne en forte hausse. Du coup, si la réserve de puissance des Ducati n'était pas un mythe, leur piètre fiabilité non plus...

vendredi, juillet 4 2008

Inflation et croissance

Et oui, encore de l'économie... Mais on parle tellement des taux d'intérêt qui impactent la croissance sans jamais expliquer les tenants et aboutissants que j'ai cherché à comprendre comment ce binz fonctionne...

Même si c'est problématique pour le monde, je suis assez content de constater que la situation va dans le sens que j'avais prévu: l'Amérique continue de s'enfoncer, bien au delà de la simple sphère financière des subprimes. Les défauts de paiement de crédit à la consommation augmentent. Les assurances monolines (qui assuraient des crédits sur des gens insolvables) ont été rétrogradés par les cabinets d'audit. Les valeurs qu'ils assuraient ont du coup perdu leur valeur, entraînant les banques dans une spirale de dépréciation et de pertes monstrueuses. L'économie américaine, très financiarisée, en souffre énormément, d'autant qu'en même temps, les prix du pétrole et des matières premières explosent. Du coup, certaines icônes américaine sont au bord du gouffre et vont sûrement y basculer. Il y a de la banqueroute dans l'air, et pas seulement dans le monde bancaire (la banque Lehmann Brother sera miraculée si elle survit): La faillite de General Motors d'ici 2010 semble inévitable, pour des raisons purement industrielles: son offre est inadapté à la demande. Chrysler est aussi sur la corde raide, d'ailleurs. Et les compagnies aériennes Américaines vont avoir de gros problèmes. Bref, ca va mal et le futur locataire du bureau ovale aura du pain sur la planche.

Deux gros problèmes se posent aux banquiers centraux et aux politiques: la croissance, et l'inflation. On en parle tellement que j'ai cherché à mieux comprendre le lien entre l'une et l'autre. Je livre ici le fil de ma réflexion.

La croissance, c'est le surcroît de richesse produite. Elle résulte de l'augmentation de l'activité ou de gains de productivité. L'inflation, c'est l'augmentation des prix. Elle résulte de l'augmentation des coûts de production ou de la dévaluation de la monnaie. Les banquiers centraux ont une responsabilité énorme impactant ces deux phénomènes: ils sont responsable de la gestion de la monnaie. Et là, comme d'habitude, il est utile de rappeler l'évidence pour bien comprendre: La monnaie est une création virtuelle permettant d'échanger des biens réels. Tout le reste (les titres, les actions, obligation, etc...) ne sont que des résultante de ceci.

Bon. Pour que l'économie fonctionne, on a inventé la monnaie. Les banques centrales émettent cette monnaie sous forme de morceaux de papier qui, intrinsèquement, ne valent rien. Tout réside sur la confiance. Elles sont responsables du volume de morceau de papier en circulation. On appelle ça la masse monétaire. Les banque centrale fixent aussi des taux d'intérêt: c'est le taux auquel elles acceptent de prêter des morceaux de papier supplémentaires. A la base, prêter des morceaux de papier permet à des gens d'acheter des biens dont l'usage permettra de rembourser le prêt.

La masse monétaire peut changer dans le temps, mais jamais sans conséquences: plus il y a de monnaie en circulation, plus grand est le risque que les gens se rendent compte que du papier, tout le monde en a des pleines brouettes et donc, se posent des questions sur sa valeur réelle. Du coup, ils augmentent leurs prix car ils sont de moins en moins certain que la valeur d'échange du papier qu'ils gagnent aujourd'hui soit identique à celle de demain: c'est l'inflation. Elle frappe absolument tout le monde, mais beaucoup plus durement les "petites gens", ceux dont les moyens sont déjà faibles: leurs petites économies sont réduites à néant, et souvent, ils ne connaissent pas les mécanismes de protection. L'inflation peut aussi apparaître lorsque le bien a acheter est de plus en plus rare: les enchères montent. Mais dans ce cas, le banquier central n'y est pour rien: c'est seulement aux acheteurs de faire des choix quand à leurs priorités.

Ainsi, la masse monétaire peut augmenter directement si le banquier central, pour financer l'Etat qui est en déficit par exemple, imprime plus de papier que nécessaire. Elle peut aussi augmenter indirectement lorsque le banquier central baisse ses taux d'intérêt: En baissant le taux d'intérêt, on encourage l'emprunt après de la banque, qui dit donc: je te donne 10 aujourd'hui en partant du principe que tu me les rendras un jour. Si la masse monétaire était de 100 avant ce prêt, elle est de 110 ensuite avec la promesse de revenir à 100 un jour. L'avantage est que l'argent de ce prêt, bien investi, produit de la valeur et donc de la croissance. Mais le risque est d'entrer dans un processus de cavalerie, et de réemprunter 12 pour rembourser les 10+intérêt, etc, etc... Plus le taux est faible, plus le risque est grand de faire appel au crédit pour tout et n'importe quoi.

Quoi qu'il en soit, l'augmentation de la masse monétaire présente un risque, celui de fragiliser la monnaie en décrédibilisant sa valeur d'échange.

Mais alors, pourquoi prendre ce risque? Et bien, parce que signer une reconnaissance de dette ou imprimer du papier est moins douloureux que dire aux citoyens: Non, nous n'avons pas les moyens de payer des pensions de retraite entre 55 et 80 ans pour tout le monde, non, nous n'avons pas les moyens d'acheter de l'essence pour faire tourner nos V8, non, nous n'avons pas les moyens de construire un pont ici, une école là, non, on ne peut pas tout faire en même temps... Trop proche du politique, la banque centrale peut vite ressembler à un distributeur automatique d'argent gratuit (à court terme). Ou un faux monnayeur.

Les banquiers centraux ont ainsi une responsabilité écrasante: en augmentant la masse monétaire, ils créent de l'activité mais prennent le risque de décrédibiliser leur monnaie et donc de provoquer l'inflation. En maintenant à tout prix la masse monétaire en l'état, ils tentent de bloquer l'inflation (celle dont l'origine est la perte de confiance en la monnaie), mais ralentissent la vie économique, car l'emprunt d'investissement devient plus coûteux.

Aux USA, la banque centrale a réagit à toutes les crises précédentes en favorisant l'emprunt pour relancer la machine (après l'explosion de la bulle internet, après le 11 septembre, etc...). Mais le gouvernement n'a jamais été très sage et à toujours continué à faire du déficit financé par la banque, donc sur la crédibilité du dollars US (sans risque puisque elle est (était?) énorme). C'est pourquoi les banques centrales asiatiques et du proche orient ont leurs coffres bourrés de bons du trésor américain, qui sont ni plus ni moins que des reconnaissances de dette. Le souci, c'est qu'à force de tirer sur la corde, elle rompt. C'est ce qui est en train de se produire.

L'Europe a créé sa monnaie il y a 10 ans et sa banque centrale, basée à Francfort, est la fille directe de la plus puissante (=crédible) monnaie Européenne à cette époque: le Deusch Mark. Dans ses gènes, il y a donc ceux de la Bundesbank Allemande, laquelle avait 2 priorités absolues: l'indépendance vis à vis du politique et le contrôle de l'inflation à tout prix. Cette priorité était née d'une expérience traumatisante: la propension de la République de Weimar (entre deux guerre) à imprimer du papier pour payer les dettes de guerre, provoquant une inflation galopante et hors de contrôle qui porta au pouvoir un populiste nommé Adolf Hitler.

Aujourd'hui, face au choc pétrolier et au crash financier, les banquiers centraux ont une énorme responsabilité: ils peuvent jouer sur la masse monétaire pour financer la reprise économique ou lutter contre l'inflation.

1. Baisser les taux et augmenter la masse monétaire signifie ceci: l'économie va mal, le pétrole est hors de prix et les gens n'ont plus assez d'argent pour l'acheter comme avant, les financiers ont perdu des milliards, le chômage va augmenter, les chômeurs seront mécontent et les autres inquiets. Réponse du banquier: Allez, on passe l'éponge, je décide de distribuer de l'argent pour consoler tout le monde et redémarrer la machine. L'emprunt pas cher permettra de combler les déficits en attendant des jours meilleurs. J'espère juste qu'après ce coup de booster, les gens seront plus prudent, vont investir pour apprendre à économiser le pétrole et rembourser vite leurs dettes. Sinon, je serai contraint de continuer à augmenter ma masse monétaire, ma monnaie risquera le crash, je perdrai ma crédibilité, l'inflation explosera ce qui mène souvent à de grave troubles sociaux.

2. Augmenter les taux et maintenir la masse monétaire: L'économie va mal car elle est droguée au pétrole qui devient cher, les financiers ont perdu des milliards par imprudence, la nourriture augmente car nous sommes nombreux sur terre et mal organisés pour nourrir tout le monde, bref, l'inflation pour cause de pénurie guette. Réponse du banquier: Si par le passé, vous avez fait n'importe quoi en étant imprévoyants, je n'y suis pour rien. Vous, les brasseurs de millions, vous avez perdu des milliards? C'est votre faute. Je n'effacerai pas votre ardoise et je n'augmenterai pas ma masse monétaire pour que vous tous achetiez à crédit le pétrole dont vous êtes drogués. Je refuse le risque de l'engrenage et préfère être ferme tout de suite contre l'inflation car je n'accepterai pas que le peuple, les petites gens ne puissent même plus vivre de leur travail et soient spoliés de leurs économies. Soyez créatifs, concentrez vos ressources pour devenir plus économe en pétrole, adaptez votre agriculture: la solution n'est pas dans la monnaie, mais dans le concret. Je me contenterai donc de faire mon job et de m'assurer que le travail consenti aujourd'hui par vos citoyens ne soit pas dévalué par un crash monétaire demain.

Le choix politique que doivent faire les banquiers centraux est donc le suivant: favoriser la croissance, qui correspond à chercher l'amélioration des niveaux de vie (au risque de les dégrader par effet d'inflation si ça rate), ou favoriser la stabilité des prix (lutte contre l'inflation), qui correspond à s'assurer du maintien des niveaux de vie actuels (au risque de limiter leur croissance) en refusant de financer l'imprévoyance (dépendance excessive au pétrole, mauvaise politique agricole).

A chacun de faire son choix, mais l'idéal serait que toutes les banques centrales adoptent une stratégie identique. Ca n'est pas le cas actuellement et l'avenir dira qui avait raison.

Depuis un an, la Federal reserve Américaine de Ben Bernanke a joué la baisse des taux pour sauver l'économie, mais cela semble rater. Elle commence à s'inquiéter de l'envolée de l'inflation, et a perdu pas mal de crédibilité.

La Banque Centrale Européenne de Jean Claude Trichet joue la carte de la lutte contre l'inflation. Contre toute attente, il semblerait que l'économie Européenne résiste à peu près et ne devrait pas suivre les USA dans la récession. De plus, bien qu'élevée à cause de la pénurie de certains produits, son inflation est plus faible. A l'extérieur, enfin, la constance de la BCE est de plus en plus apprécié: elle ne semble pas naviguer à vue et est imperturbable dans son objectif: en Augmentant ses taux de 0.25 points il y a quelque jours, elle a envoyé un message. En effet, 0.25 points ne changent pas grand chose, mais le message est clair à l'attention des entreprises: si vous montez vos prix sans raison, par effet d'aubaine parce que ça monte ailleurs, si vous augmentez les salaires pour suivre une inflation due à des choix qui ont mené à la pénurie, ne comptez pas sur moi pour vous suivre en vous finançant et en augmentant ma masse monétaire. Adaptez vous. C'est un mauvais moment à passer, mais c'est le seul choix raisonnable à long terme.

vendredi, juin 20 2008

Aider un aidant

Depuis quelques semaines, je débute mes journées en m'énervant. Je m'explique. Le matin, je me réveille au son de RTL, vers 7h10. Chaque matin, à cette heure là, il y a Murielle Legendre et son contrat autonomie de Macif prévoyance. Et Murielle est un peu à la Macif ce que Cerise est à Groupama: Une publicité qui m'exaspère. Cette réclame se présente comme une interview d'une conseillère Macif, selon la méthode du reportage publicitaire. Tout m'y agace. Le ton compassé qui joue sur la corde sensible, le sérieux qui prouve que la solution Macif est vraiment indispensable et coule de source (voire même qu'on serait irresponsable de ne pas y souscrire) et le sujet en lui même.

L'idée du contrat est la suivante: La pauvre Mme truc a sa mère qui se détraque et qui ne peut plus se faire à manger seule. Mme truc doit donc s'en occuper, mais alors, qui s'occupera des enfants (je vous l'demande, ma bonne dame)? (question à poser avec une petite intonation d'exaspération, car que fait le gouvernement? Rien, évidement!). Heureusement, la Macif est là, et pendant que Mme Truc s'occupe de sa vieille, la Macif s'occupe de ses jeunes. Car à la Macif, on aide les aidants. Elle est pas belle, la vie? De quoi il se plaint, le Rouge-cerise?

Et bien, cette publicité m'exaspère, car elle touche à la prise en charge des vieux et des malades par la société. Pour moi, la république s'appuie sur 3 piliers sacrés, 3 domaines qui me semblent être le coeur de notre modèle social et sur lesquels les citoyens devraient jouir de l'égalité parfaite: l'éducation (égalitaire, laïque et obligatoire), l'assurance sociale (protection contre les accidents de la vie, la maladie) et la retraite (les vieux croulants doivent pouvoir finir leurs jours en roupillant sous les arbres au lieu d'avoir un temps partiel à Mac Donald). Ces trois éléments me semblent être à la vie sociale ce que le filet est au trapéziste voltigeur. Le reste relève de la stratégie économique et de l'aménagement du territoire.

Je ne dis pas que pour ces 3 éléments, la solution est forcément étatique: Ca ne me dérange aucunement que leur mise en oeuvre soit confiée à des société plus ou moins privées. Par exemple, qu'il y ait des hôpitaux publics et des cliniques privées ne me dérange pas. C'est une question de choix économiques et organisationnels. Par contre, que la qualité des soins n'y soit pas identique me pose un énorme problème. Quand un citoyen est malade, il ne devrait pas avoir à réfléchir à l'endroit où aller se faire soigner en examinant lui même les rapports qualité prix. Il est malade, merde, on ne va pas non plus lui casser les pieds et le moral en lui rappelant qu'il est pauvre et habite à Saint Barnabé-le-désert et par conséquent se fera opérer par un boucher car il ne peut pas s'offrir les services de la clinique du docteur Bidule de Paris!

Et bien, avec Murielle Legendre de Macif prévoyance, c'est pareil. Si la vieille daronne de Mme Truc perd la boule, Mme Truc ne devrait pas avoir à vérifier si elle avait souscrit à la Macif avant de pouvoir s'en occuper. La société devrait être là et s'occuper de la malade, et Mme Truc l'aider quand elle le souhaite ou le peut, et lui rendre visite le reste du temps. En attendant, qu'elle prépare et prenne le repas avec ses enfants. Je suis certain que ses gosses, encore en phase d'éducation et de construction d'eux même, préfèreraient raconter leur journée de classe à leur mère et non à la baby-sitter dépêchée par la Macif.

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