RPC, Baoji, dimanche 23 octobre 2005, 23h

RPC
République Populaire de Chine.
Dans RPC, il y a Populaire.
On nous avait promis l'hôtel de l'université. Nous avons un
appartement universitaire. Chanceux. Nous sommes à 3, là ou les
chinois sont à 24. Si. Nous avons chacun une chambre individuelle, eux
sont à 8 dedans. Ils se tiennent chaud. Ils ont raison. Il fait froid.
Soyons franc, l'expérience sera très enrichissante, mais le temps
d'acclimatation sera… imprévisible. Des matelas –grand mot, peut on
appeler matelas une planche de bois- au mobilier, des murs aux
plafond, tout respire la misère.
C'est étonnant, ce pays en plein mouvement, ou le voyageur arrive dans
des aéroports ultramodernes, tandis que les étudiants sont entassés
dans des logements à la limite de l'insalubrité. Il n'y a bien sur pas
d'eau potable. Le système électrique est à l'épreuve des normes, même
les plus permissives.
Choc culturel, choc de standing.
Choc routier, aussi, dont le sens propre ne nous a été épargné que par
le plus grand des hasards. Les italiens, les Tchèques conduisent mal ?
Non. Partout, les véhicules occidentaux flambants neuf doublent des
mobylettes ou des pousse pousses, tandis que les ronds points sont
pris dans le sens qui arrange le plus. Une autoroute ? Oui, à
condition de pouvoir la prendre à contre-sens ! on croit réver, et
parfois, on préférerai que ce soit le cas lorsqu'en pleine nuit, on
arrive à 110km à l'heure sur un sorte de guimbarde même pas éclairée.
La première impression est complètement… inexistante. Je ne sais que
penser. J'attendais tout, n'importe quoi, surtout l'improbable.
J'espère que nous n'avons pas choqué nos hôtes, qui nous ont bien
sentis désappointés, malgré nos efforts pour paraître satisfaits.
RPC, Baoji, lundi 24 octobre 2005, 10h
Nuit difficile de lutte contre le froid et la dureté du lit. Réveil à
5h, somnolence jusqu'à 9h. Nous nous étions promis de nous lever à
8h30, les filles dorment encore. Je sens qu'il va faire très froid,
dans cette chambre, qui n'est jamais exposée au soleil. L'achat d'un
chauffage électrique indépendant sera sûrement indispensable.
Actuellement, j'allume désespérément la lampe de bureau, non pas pour
la lumière, mais pour la pauvre chaleur qu'elle dégage ! Il faudra
faire aussi quelque chose pour le lit. Pour les couvertures. Que de
préoccupations de confort, pauvres occidentaux que nous sommes ! La
petite table recevant l'ordinateur fait figure de refuge moderne. L'un
de nos premiers réflexes de prise de repère dans ces murs a été de
démarrer nos machines, mettre de la musique. Retrouver un semblant du
modernisme dont nous sommes privés.
Il faut dire qu'il est loin, aussi, l'hôtel dont ont bénéficié nos
prédécesseurs, loin sont les photos que nous avons pu voir. Notre
quotidien sera beaucoup plus fruste.
RPC, Baoji, lundi 24 octobre 2005, 20h30
Amélioration sensible des conditions : nous avons obtenu des
couvertures supplémentaires, et une armoire. Repas à la cantine ce
midi, pattes chinoise assez épicées, et balade à Baoji. Nous avons
changé nos euros pour des RMB, ou Yuan. Assez longue promenade dans
Baoji ensuite, l'occasion de découvrir des quartiers plus riches, ou
simplement plus neuf de cette ville. La ville entière semble en
travaux, des immeubles entiers sortent de terre. Découverte des
supermarchés, finalement assez semblable aux nôtres. Divers achats de
confort, assisté par nos aides. Obtention notable d'une carte sim à
insérer dans nos téléphones. Nous voilà équipés de numéro chinois, à
l'utilisation assez complexe certes, mais il semblerait que ce soit
une solution pour réduire les prix…
Enfin, repas exquis au restaurant ce soir, du boeuf, des pommes de
terres, des légumes non identifiés (plusieurs types), du riz et,
hélas, du thé pour seule boisson. Je crois qu'il faudra que j'apprenne
à aimer cette boisson.
Nous avons alors été présenté à la classe de l'une de nos
accompagnatrices. Quel enthousiasme des jeunes chinois, qui sont tous
volontaires pour nous aider lors du repas du lendemain ! Notre simple
présentation a donné lieu à des applaudissements. Je ne commenterai
pas notre succès populaire, les plus jeunes semblent vouloir nous
escorter et attirer à tout prix notre attention. Les regards sont
rivés sur nous au premier pas à l'extérieur, certains font des détours
pour nous croiser ! Situation simultanément gênante et rassurante : si
tous sont près à nous aider comme l'étaient les jeunes en classe,
alors, rien ne peut nous arriver !
Si seulement ils pouvaient nous aider à calfeutrer convenablement les
fenêtres et éjecter les punaises des chambres, ce serait parfait. Sur
ce, je vous laisse, je viens de déceler un de ces satanés insectes
au-dessus de mon bureau, et il est hors de question de laisser cette
idiote de bestiole patauger sur le powerbook, et encore moins de
partager mon lit. Nomeho !
RPC, Baoji, mardi 25 octobre 2005, 11h30
Maudit décalage horaire. Impossible de s'endormir avant 2 ou 3h du
matin. Nous avons découvert hier que nos portables ne permettaient pas
de joindre l'étranger. Les SMS semblent passer, et nos familles ont pu
nous contacter en retour via Skype. La communication est de qualité
moyenne, il faut s'habituer à un léger temps de transmissions. Il nous
faudra cependant régler ce problème pour téléphoner hors de Baoji. Pas
de punaises dans la chambre ce matin. Les bestioles semblent s'être
rabattues sur les sanitaires.
RPC, baoji, mardi 25 octobre 2005, 13h30
Je vous annonce avec une pointe de fierté que je suis considéré comme
un sex-symbol en Chine. Ces demoiselles qui nous ont invité à visiter
leur logement me surnomment Jack, celui du film Titanic, celui joué
par Di Caprio. « Je suis le maître du monde !! ». je lui ressemble,
paraît-il. Si, si. Probablement la coiffure, car sinon, je ne vois
pas. C'est assez intimidant, et je ne sais quoi penser ou faire,
lorsqu'un simple regard rend hystérique nos camarades chinoises.
Nous avons passé un excellent moment avec elles, qui parlent si bien
anglais, après seulement 3 ans d'études. Leur enthousiasme est
vraiment impressionnant. Présentation, nos noms, d'où l'on vient. On
retrouve les même références entre nous. La musique, les star de la
chanson. L'amour. Il nous a bien sur fallut traduire I love you en
français. Quel que soient la civilisation, nous retrouvons ces même
sujets. Amusant.
14h50
Retour triomphal des filles du supermarché du coin. Nous sommes
richissimes en pouvoir d'achat. Nous sommes désormais possesseurs de
descendes de lit planche en mousse, d'anti moustique, de parfum pour
les chiottes, de chaussons, d'un peu de nourriture, de café, de
chocolat, d'éponges, d'assiettes, et comble du luxe, d'un couteau pour
étaler le miel ! Pour moins de 25€ le tout, nous allons êtres assidus
au supermarché du coin. Etant resté à crever de froid dans
l'appartement pendant cette orgie acheteuse, j'ai pu profité de
l'alarme signalant l'état chaud de la réserve d'eau chaude. Voilà qui
m'a tiré des combustibles, d'Amélie Nothomb. Ceux qui connaissent ce
livre apprécieront l'ironie du thème…
Maintenant, vous m'excuserez, faut que j'y aille, Aurélie veut prendre
une douche, et il faut commencer par inviter les punaises à évacuer la
douche… Tache qui m'a été assignée…
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