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  <language>fr</language>
  <pubDate>Sat, 18 May 2013 16:19:21 +0200</pubDate>
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    <title>L'inconnue du Birobidjan</title>
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    <pubDate>Wed, 08 May 2013 16:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je n'avais jamais entendu parler de cette partie de l'histoire du peuple juif. Pour tout dire, j'ai même pensé au début du livre que son existence était même une partie de la fiction. De fait, je peine à définir dans l'ouvrage ce qui relève de la fiction et de la réalité historique. Quelques pages en annexe donnent heureusement quelques informations sur les personnages réels figurant dans le livre. Pour le reste, le vortex wikipedia n'est pas forcément un vortex tant les pages sont succinctes.
Birobidjan, donc, est une enclave juive créée par Staline pour donner un pays aux juifs du monde, bien avant la seconde guerre mondiale et la shoah. Pas la meilleure part du monde cependant&amp;nbsp;: Birobidjan est un morceau de terre au fond de la Sibérie, écrasé par la chaleur en été, glacée par le froid en hiver. Pourtant, quelques dizaines de milliers de juifs y émigrèrent durant l'entre deux guerre, optant pour la Sibérie alors que le sionisme débutait déjà doucement en Palestine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Parmi eux, une femme, Marina Gousseiev, non juive, mais fuyant la vengeance de Staline. Une histoire d'amour lui fait lier son destin à celui d'un espion américain. Et permet au lecteur de découvrir aussi une partie du Mac-Carthysme, cet épisode de paranoia américaine qui marqua le début de la guerre froide. On y touche d'ailleurs un petit peu l'histoire de la bombe atomique soviétique, premier grand épisode de l'espionnage technique soviétique contre les USA. Là, l'occasion de sombrer dans le vortex de wikipedia est bien plus réel…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.laffont.fr/site/l_inconnue_de_birobidjan_&amp;amp;100&amp;amp;9782221123904.html&quot;&gt;L'inconnue du Birobidjan, chez Robert-Lafont&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Cierge et bougie</title>
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    <pubDate>Fri, 26 Apr 2013 12:28:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le mail avait bien débuté. Une invitation, une première bougie à souffler, la présence des grands parents, des oncles et des tantes. Et puis la chute&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;ce jour là sera aussi son baptême ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un an. Son baptême.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma première pensée fut «&amp;nbsp;comment peuvent-ils oser&amp;nbsp;? ». Lui faire ça. Nous faire ça. Je me suis senti triste pour ma nièce, triste qu’elle soit ainsi désignée comme une fidèle de l’église catholique hors de son libre arbitre à venir. Je l’ai sentie privée de sa liberté. Je ne comprends pas qu’ils puissent décider ainsi pour elle, lui dont les parents se sont refusés à faire ce choix, mais l’ont laissé librement faire son chemin et décider de son baptême à l’adolescence. Et même, j’ai eu le sentiment qu’en faisant entrer sa fille dans l’église, il me repoussait. J’ai réalisé qu’il y a quelques années, j’avais accepté d’entrer dans l’église pour son mariage tout en m’arrangeant pour être photographe et donc ne pas participer à la cérémonie. Il se souvient que j’ai refusé de lire un texte.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Plusieurs années après, et surtout quelques mois de lutte acharnée de l’église contre mon mariage civil, des millions d’euros dépensés contre mon union à la mairie, des mois de silence total pour condamner les dérives verbales et les violences physiques, des mois de prise de parole de prêtres, d’évêques, de cardinaux pour assimiler ma sexualité à de la zoophilie, de la pédophilie et j’en passe, des mois à hurler que mon couple est inapte à éduquer un enfant, plusieurs années après donc, je sais que non, je ne pourrais pas rentrer dans cette église. C’est au-delà de ma simple volonté, au-delà de ma simple opinion&amp;nbsp;: c’est au-delà de mes forces. Au plus profond de moi, je ne pourrai pas écouter un prêtre parler de l’accueil d’un enfant dans la maison de dieu, dans la maison de la tolérance, de l’amour de son prochain, du pardon, du respect, de la paix. Hypocrisie&amp;nbsp;! Duplicité&amp;nbsp;! Mensonge&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jamais je ne rentrerai dans une église pour voir ça, jamais. Hors de question de participer, de cautionner par ma présence ce que je ressens comme un diktat contre à ma nièce. Hors de question surtout de pardonner, pas maintenant, ni même dans quelques mois. Plus tard, peut être. Mais là, non. Définitivement, non.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je viendrai, oui, avec Chéri. Pour la petite, pour la famille, nous viendrons souffler la bougie, mais certainement pas allumer un cierge.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>La république indulgente</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2013/04/03/La-r%C3%A9publique-indulgente</link>
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    <pubDate>Wed, 03 Apr 2013 21:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Cette affaire Cahuzac me fait repenser à un mot de François Hollande, à l’époque de la campagne. Je ne sais plus où, dans quel contexte, une interview, un écrit. Il avait appelé, il s’était réclamé de faire preuve vis-à-vis de ses semblables (hommes et femmes, pas forcément politiques) d’un petit peu d’indulgence. Cela accompagnait son discours sur une société apaisée. Après les torrents de boues déchainées contre Strauss-Kahn, nous allons voir un déchainement contre Cahuzac.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Oh, je comprends le &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130402.OBS6466/cahuzac-l-enorme-colere-en-direct-du-socialiste-gerard-filoche.html&quot;&gt;dépit de Filoche&lt;/a&gt;, je le partage même. Etre trompé et le découvrir est toujours une immense déception doublée d’un sentiment d’injustice. Je n’ai pas de jugement sur Médiapart. J’estime l’opiniâtreté de ce journal. Il fait son travail de quatrième pouvoir, le pouvoir de surveillance et d’alerte. Bien des publications, qui vont se déchainer sur Cahuzac, devraient en prendre des leçons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cahuzac a consacré ses 15 dernières années à un engagement politique. Avant cet engagement, il a n’a pas été honnête, il a fraudé le fisc. Il n’a tué personne, entendons nous bien. Il n’a même pas appelé à la haine. Il a juste fraudé le fisc. Pour ça, il vient de tout perdre. Son très haut poste au gouvernement. Ses mandats. Sa crédibilité. Ses amis politiques. Son honneur. Auprès des Français dont il avait sollicité la confiance, il n’est plus rien. Qu’est il d’ailleurs encore aux yeux de sa famille et de ses proches&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors maintenant, on fait quoi&amp;nbsp;? Faut-il ajouter le lynchage à la curée&amp;nbsp;? J’ai tendance à le croire, lorsqu’il dit être accablé par la honte, lorsqu’il dit s’être laissé entrainer dans le mensonge. Un petit peu d’indulgence. Qui n’a pas déjà tenté d’échapper à une vieille culpabilité par un mensonge, et puis s’y est enferré, jusqu’à nier l’évidence&amp;nbsp;? Jusqu’à l’effondrement&amp;nbsp;? Qui n’a pas, un jour, demandé à d’autres ce qu’il ne s’est pas appliqué à soi-même&amp;nbsp;? Celles et ceux, politiques, éditoriaux, qui vont hurler, cracher, tempêter, ont-ils à titre personnel  la conscience tranquille quant à leur passé, ont-ils la certitude de leur avenir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et à titre collectif, sont-ils conscient de leur responsabilité&amp;nbsp;? Encourager la curée, généraliser en accusant tout le reste du gouvernement de ne pas être aussi irréprochable que souhaité, c’est creuser encore plus le fossé entre les Français, les représentants, les élites. C’est ce fossé qui permet aux riches, même honnêtes, de refuser de participer à la solidarité, c’est ce fossé qui permet aux citoyens, même malhonnêtes, de devenir Robespierriste et de voter pour la terreur. Celles et ceux, politiques, éditoriaux, qui vont hurler, cracher, tempêter, lorsqu’ils viendront se lamenter du discrédit des représentants politiques, de la monté des populismes, y repenseront ils&amp;nbsp;? Qui sème le vent, récolte la tempête.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cahuzac a fauté, Cahuzac a menti. Mais Cahuzac est puni, et largement. Oublions-le, passons à autre chose. Cracher plus de venin sur lui ne fera pas sortir du bois les autres malhonnêtes, ni ne rendra service à ceux qui, honnêtes, essaient de rendre ce monde un petit peu plus humain.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un monde un petit peu plus humain, c’est sans doute un monde un petit peu plus indulgent.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Les turbulences, la Fraulein et l'hotesse</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2013/02/06/Les-turbulences%2C-la-Fraulein-et-l-hotesse</link>
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    <pubDate>Wed, 06 Feb 2013 20:24:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;- C’était si bien, en mode avion… Pris en flagrant délit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si bien, si bien, je ne sais pas si la Fräulein sur le siège d’à coté est de cet avis. Pour aboutir à ce lourd atterrissage sous la grêle de Paris, il aura fallut endurer près d’une demi heure de turbulences. Au début, les passager faisaient contre mauvaise fortune bon cœur, sans doute aidés en cela par les excellents biscuit sucré ou salé distribués par les hôtesses. L’inquiétude grimpa d’un cran lorsque le commandant de bord lâcha un laconique «&amp;nbsp;PNC, turbulences, veuillez vous attacher ». Les passagers à proximité des hublots jetèrent un regard inquiet à l’extérieur, sans doute pour tenter de les voir, ces turbulences. Bredouilles, ils témoignèrent cependant que les ailes étaient toujours là. Les moteurs aussi, mais eux, on les entend, de toute façon.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Moi, coté couloir, j’achevais ma lecture de Libération. Taubira, notre héroïne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les petites turbulences devinrent des grosses turbulences. L’avion tanguait, sautait, partait d’un coté, revenait de l’autre. Un silence monacal régnait dans la carlingue, si on excepte bien entendu le grondement des moteurs et le claquement des bagages secoués dans les compartiments. La Fräulein s’agrippait à son iphone comme à un parachute. Coté hublots, on ne voyait que la purée de pois. Par contre les ailes étaient toujours là, c’était l’essentiel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Moi, coté couloir, je jouais à Roman Empire sur ma tablette en pensant que ces deux pauvres biscuits ouvraient l’appétit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les grosses turbulences devinrent des rafales. Alors que le commandant venait de lâcher un péremptoire «&amp;nbsp;PNC, préparez vous pour l’atterrissage », l’appareil vira brusquement sur l’aile, et fut aussi sèchement ramené à plat. «&amp;nbsp;Ohooo », fit la Fräulein, les larmes aux yeux. Par les hublots, on vit subitement le sol. Assez proche.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Moi, coté couloir, j’avais du éteindre la tablette, le journal était fini et mon bouquin aussi. Je m’ennuyais. Vivement qu’on arrive.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, nous sommes arrivés. En volant en crabe, en touchant lourdement, en freinant violement, mais enfin, nous atterrissions. Je me demandais si le bruit des moteurs immédiatement après le toucher était du seulement à l’inversion de poussée de la soufflante, ou si le régime du réacteur était réaugmenté aussi pour l’occasion. On s’est mis à rouler sous la grêle. Rouler. Rouler. Encore rouler. La grêle frappait l’appareil, et nous roulions. Discrètement, je sorti mon Lumia et désactivais le mode avion. On ne sais jamais, si Chéri m’avait envoyé un sms&amp;nbsp;? La Fräulein regardait la grêle. Tout à coup, venu de 2 rangs derrière moi…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- C’était si bien, en mode avion… Pris en flagrant délit&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
L’hôtesse, désanglée de son strapontin, remontait l’allée centrale et venait de chopper un de ces passagers sans respect pour les règlements qui avait déjà rallumé son blackberry. Le traitre. Il voulait notre mort ou quoi&amp;nbsp;? En riant à demi, l’hôtesse continua son inspection.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- You must not restart it. For safety, please. &lt;br /&gt;
Encore un. Ah, vraiment, bravo&amp;nbsp;! Dans ma poche intérieure, mon Lumia vibra. Je pris mon air le plus innocent lorsqu’elle passa, en montrant ostensiblement ma tablette éteinte. Au loin, un iphone sonna. «&amp;nbsp;Ah-Ah&amp;nbsp;! » fit l’hôtesse en partant en trombe houspiller l’inconséquent&amp;nbsp;! Nous roulions toujours. J’envisageai de dénoncer la Fräulein qui n’avait pas éteint sa musique pendant l’atterrissage. L’hôtesse revenait avec un air mi molosse, mi gamine ravie. Les costumes gris riaient doucement de se faire chopper dans les travées. Comme des enfants, le silence se faisait sur son passage et les bavasseries reprenaient derrière elle avec des sourires entendus. L’ironie de la situation amusait la carlingue qui se sentait rajeunir. Et revivre, pour certains.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Oh&amp;nbsp;! Ah non, monsieur, ahah-non&amp;nbsp;! On a le grand chelem ici&amp;nbsp;! La tablette et le smartphone, non, non, éteignez moi tout ça je vous prie&amp;nbsp;! Mais enfin&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
L’anathème et tous les regards se portèrent sur le cancre. Bonnet d’âne&amp;nbsp;! Analphabète&amp;nbsp;! Incapable&amp;nbsp;! Mieux vaut lui que moi&amp;nbsp;! Vous me copierez 10 fois «&amp;nbsp;les appareils électroniques doivent rester éteints jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil ». L’hôtesse jubilait. D’un coup, elle me fixa. S’approcha. Allait-elle ordonner de vider mes poches&amp;nbsp;? J’vous jure m’dame, c’est pas moi&amp;nbsp;! En plus la Fräulein qui est là elle n’a fait qu’écouter sa musique pendant la descente&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;- Vous n’avez pas déjà volé avec nous hier sur le 15h25&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
- Ah si, oui, il me semble bien&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
- Ah, je croyais bien vous reconnaitre&amp;nbsp;! Je doutais, vous n’étiez pas dans la même classe, vous étiez à l’avant, non&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
- En effet, oui, &lt;del&gt;on fait un trafic de billet d’avion&lt;/del&gt; j’étais devant à l’aller. Vous faisiez moins régner l’ordre d’ailleurs… dis je avec un sourire ironique&lt;br /&gt;
- Ah mais on est obligé monsieur, me reprit elle avec un air sérieux de circonstante. En plus quand on roule (oui, nous roulions toujours) le pilote est en communication avec la tour, il ne faut pas brouiller la communication. &lt;br /&gt;
- Oui, bien sur, bien sur… Un sourire d’innocent accompagnait cette conclusion alors que mon Lumia vibrait encore. &lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;PNC, dernier virage&amp;nbsp;» décréta le commandant, toujours aussi amène. &lt;br /&gt;
- Et puis, avec le vol qu’on a eu, on peut bien rigoler un peu, me souffla l’hôtesse avant de s’éclipser.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>De rouille et d'huile</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2013/01/31/De-rouille-et-d-huile</link>
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    <pubDate>Thu, 31 Jan 2013 19:52:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;La première fois que je suis tombé amoureux d'une vieille mécanique, je n'avais pas 10 ans, c'était un genre de foire, ou de reconstitution historique des travaux des champs, ce qui revient au même. Il y avait une machine à vapeur qui faisait fonctionner une batteuse par l'intermédiaire d'une longue courroie en cuir. Mais bon, une machine à vapeur, c'est presque classique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En revanche, il y avait aussi une machine à pétrole. Un genre de gros tas de tôle, ou plutôt un gros tas de fer forgé, avec un cylindre énorme, unique, et un échappement gros comme un tuyaux de poêle. Environ deux fois par seconde, il s'en extirpait un souffle brutal de fumée bleutée, sentant l'huile de ricin, accompagné par un bruit de folie qui faisait tout trembler autour de lui, à commencer par cette grosse mécanique. Une burette à la main, un bleu tacheté de cambouis, le mécanicien et sans doute propriétaire posait devant son monstre qui, maigre profit de ses éternuements, faisait tourner tout doucement une immense roue de fonte accouplée à je ne sais plus quel genre d'engin. J'étais fasciné. Au plus profond de moi, j'enviais à mourir le possesseur de cette mécanique, ce type aux cheveux batailleux qui avait l'honneur immense de provoquer ces tremblements, ces fumées, ces craquements, ces grincements, ce type fantastique avec sa burette huileuse qui comprenait cette chose, qui la faisait tourner et qui devait s'amuser comment un fou à lui resserrer des boulons.
Bien des années plus tard, j'ai ressenti la même émotion devant un moteur Anzani à trois cylindres, celui de la traversée de la manche par Blériot. J'étais à un meeting aérien, en Sarthe, ou en Mayenne, qu'importe. L'engin était déjà plus compliqué, mais j'y retrouvais cette émotion de la mécanique empirique, qui tourne par l'addition d'astuces souvent improbables, qui vibre davantage qu'il ne produit de mouvement utile, mais qui enfin, fonctionne, et ce n'est déjà pas si mal&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hier, lorsque je me suis retrouvé devant ma moto qui refusait de démarrer dans son parking souterrain, j'ai ressenti d'abord de l'agacement, et puis ensuite, presque de l'amusement. De l'agacement parce que contrairement à un Anzani sur un meeting, ce moteur j'en avais besoin. De l'amusement parce que derrière ce moteur réfractaire, il y avait la promesse d'un peu de réflexion pour le remettre en route. Oh, le diagnostic était facile&amp;nbsp;: une batterie abandonnée dans un souterrain non chauffé pendant deux mois d'hiver est un indice assez flagrant de batterie déchargée qui dispose d'assez d'énergie pour faire fonctionner l'électronique de la machine, mais certainement pas pour vaincre la compression d'un moteur froid.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais une bête panne de batterie, c'est l'occasion d'aller trainer un petit peu sur quelques forums motards, se délecter des astuces des uns et des autres, des affirmations à l'emporte pièce, de la mauvaise foi inhérente, de la provoc gratuite, et tout ça rien que sur un seul sujet, oh combien gravissime&amp;nbsp;: est il pertinent de faire tourner le moteur une dizaine de minutes toutes les quinzaines pendant l'hiver&amp;nbsp;? De l'attaque gratuite contre les crétins en italiennes (forcément en panne) aux répliques sur les japonaises (inévitablement sans âme), en passant par des digressions sur la viscosité de l'huile et le risque de glaçage du cylindre, on évoque l'importance de contrôler le régulateur (qui me semble pourtant bien le dernier des éléments sujet à la panne hivernale). Arrivé à ce niveau de discussion, on a lu tout et son contraire, ce qui prouve bien que ces mécaniques, on les aime et on les vit comme on entre en religion&amp;nbsp;: de manière parfaitement irrationnelle, comme des enfants face à des machines qui tournent surtout pour nous faire rêver.
Certaines vieilles machines me font furieusement rêver.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;external-media&quot; style=&quot;margin: 1em auto; text-align: center;&quot;&gt;
&lt;iframe src=&quot;http://player.vimeo.com/video/56385466&quot; width=&quot;800&quot; height=&quot;450&quot; frameborder=&quot;0&quot; webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://vimeo.com/56385466&quot;&gt;A day in the life&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La gare, les nouilles et le blackberry</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2013/01/12/La-gare%2C-les-nouilles-et-le-blackberry</link>
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    <pubDate>Sat, 12 Jan 2013 14:34:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;13h05, heure de Paris. 20h05, heure de Beijing.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Arrivé depuis quelques heures déjà, je me retrouve dans cette salle d'attente de la gare centrale, à attendre un train qui doit m'emmener à la station de Qinhuangdao. L'assistante nous a tout bien expliqué, avec mon collègue, avec cette attention et cette inquiétude de celle qui veut bien faire son travail, et craint que les deux malheureux occidentaux ne se perdent, montent dans le mauvais train et finissent dieu sait où. La salle est grande, avec de grand lustres baroques accrochés au plafond à moulures, de grands canevas aux murs, une étrange esthétique en fait pour cette salle dans laquelle de grosses enceintes diffusent un genre de pop chinoise que personne n'écoute. Tenaillé par la faim, nous nous sommes procurés une de ces boites de nouilles chinoises instantanées, en optant pour celle la moins colorée de rouge par peur des piments. Un peu d'eau chaude tirée d'une grosse bouilloire et nous déposons nos diners sur une table, en y ajoutant un gros verre en carton plein d'eau bouillante où surnagent quelques feuilles de thé. Une petite fourchette en plastique est coincée sur la bordure de la boite. Quelques minutes…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La sono braille. Je démêles un peu les nouilles. Porte les premières à ma bouche. Tout revient d'un coup. Cette saveur, ces bruits, ces tables en bois laqué, le brouhaha. Je retourne d'un coup quelques années en arrière, à ces quelques mois passés à Baoji, à ce voyage de 4 semaines au travers de la chine. A mon collègue qui s'inquiète un peu de comment trouver le bon quai, le bon wagon, j'oppose quelques souvenirs de débrouille dans les gares routières ou ferroviaires. Je repense à ces galères pour se faire comprendre, au jeu du hasard pour se laisser embarquer par un inconnu proposant une chambre d'hôtel. On s'en foutait, on était jeunes avec Mlle de Bourge, on était mal fagotés, on trainait tout un bazar scotché à un trolley emprunté dans une gare, on avait le lonely planet et les cheveux mal coupés, on avait des jeans moyennement propres, d'accord, mais on avait vu des pandas en vrai, on avait pris le bateau et diné en étant invité par un inconnu, on avait déambulé dans des bidonvilles et en fait, franchement, on rigolait bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aujourd'hui évidement, c'est un peu différent. J'ai un blackberry et un ordinateur portable plein de présentations aussi vaguement intéressantes que fumeuses, j'ai une valise à roulette avec deux costards et 3 chemises dedans, un sac à dos avec des papiers imprimés résumant des programmes de réunion, un passeport tout neuf, un billet de train qu'un autre a acheté pour moi et un  collègue qui flippe de rater ce train.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais j'ai aussi cette pasta-box chinoise qui fume encore un peu, ce verre en carton dont les feuilles sont descendues et en tendant l'oreille à ce brouhaha, ce tas de souvenir qui me font dire que si tout a changé, moi ce train au fond je m'en fous, on l'aura d'une manière, et si le blackberry se met à clignoter rouge. c'est surement un mail de #Chéri.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je bois une nouvelle gorgée de thé, repose le verre en carton, regarde les feuilles. Y'a pas à chier, le verre est vraiment à moitié plein.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Voiture 16</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/12/26/Voiture-16</link>
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    <pubDate>Wed, 26 Dec 2012 12:29:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Voiture 16, un câble Apple sort des toilettes et rentre dans un compartiment de première classe. Nous sommes dans ce train depuis plusieurs heures déjà. Un compartiment. 6 personnes. Un corail, pardon, un intercité 100% éco, de nuit, mais qui aujourd'hui circule en journée. Besoin de se dégourdir les jambes, je sors dans le couloir, et marche sans but précis, sauf peut-être rejoindre la voiture bar supposée être en queue de train.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et voiture 16, un câble Apple sort des toilettes et rentre dans un compartiment à la porte fermée. La modernité surgit ainsi, fil blanc courant sur la moquette d'un couloir de train de nuit. Qui circule de jour.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis du regard ce fil. L'alignement des portes de compartiment. A une extrémité, adossé à la cloison, un homme aux lèvres charnues et aux yeux à demi fermés. Elle n'est pas mal, cette voiture. Comme les autres premières classes, elle est blanche et mauve. Les peintures sont récentes. Les moquettes, justement, recevront leurs taches bientôt, plus tard.
Je réalise que, comme pour ce compartiment où rentre ce fil blanc, toutes les portes sont fermées. J'ai traversé plusieurs voitures de seconde pour arriver jusqu'ici, et celles des secondes sont toutes ouvertes. On y aperçoit un étonnant melting pot, une jeune fille au regard fatigué, un type qui dort avec un étrange pull over orange vif, un jeune penché sur un ordinateur portable, de nombreux regards plongés sur de petits écrans de smartphones, regards agacés par cette connexion réseau qui ne cesse de sauter, une dame d'âge mur qui lit un roman de gare, un gros type qui ronfle, un casque rose vif… La seconde se montre, la première est fermée. La pudeur est-elle un luxe onéreux&amp;nbsp;? Je m'arrête un instant, m'adosse au couloir, puis finalement vient poser mes avants bras tout à côté des vitres. Le train avance. J'aimerai dire qu'il peine, qu'il alète, qu'il souffle et grince, et même que les escarbilles volètent le long des fenêtres tandis que le machiniste lance un long coup de corne qui se réverbère sur les montagnes. Mais non, je ne suis ni dans Harry Potter ni en 1925, je ne suis pas magicien ni un jeune homme en permission retour du Maroc qui rend visite à ses parents en Savoie, et ce train avance bien régulièrement, pas bien vite certes, mais peut-être déjà un peu trop vite pour vraiment se laisser aller à une longue indolence.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le paysage, triste, quelques hameaux, défile.  Des couleurs grises et marrons qui se succèdent derrière des vitres froides. Des forêts d'hivers, des arbres tristes.  Clac-clac, clac-clac. Le bruit des rails. Je suis des yeux les lignes de démarcations que sont les fossés et les haies, qui d'ailleurs ne démarquent rien. En décembre, les champs ne sont qu'une vaste et morne étendue de terre labourée, pas de jaune des tournesols en guerre contre le vert de la luzerne ou l'ocre des blés.  Il y a pourtant dans cette humide solitude quelque chose de rassurant, de stable. De triste, oui, mais cette tristesse complète et égoïste, comme dirait Sagan, une tristesse langoureuse, un ennui, que l'on regarde défiler un peu comme au spectacle, sans trop réfléchir, juste en soupirantu.
Un jeune homme marche en chaussette dans le wagon. Il me croise. On se frôle, on se retient aux parois du train.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je repasse en seconde. Porte intervoiture orange, comme avant, comme les vrais corails, avant qu'ils ne deviennent des intercités, comme ces vrais train de nuit qui nous emmenaient, enfants, de Lyon aux Sables d'olonnes, ces corails qui semblaient déjà vétustes dont on descendait au petit jour, les yeux bouffis d'un sommeil inachevé, les cheveux en bataille et le tshirt froissé, la peau moite, en trainant un sac à dos mal refermé. Le modernisme est gris métallisé, il efface le rail et se focalise sur le point de départ, et sur celui d'arrivée. Intercité. Entre&amp;nbsp;? Rien. Disparus les champs labourés, la luzerne, l'orge, le blé, le tournesol, envolées les maisons isolées, les haies, les voies viscinales, sacrifiés pour que, des toilettes, sorte le câble blanc d'un écran.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Ce jour là</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/11/18/Ce-jour-l%C3%A0</link>
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    <pubDate>Sun, 18 Nov 2012 09:16:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>gay</category><category>mariage pour tous</category><category>société</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Et pour vous&amp;nbsp;? Que représente le mariage pour tous&amp;nbsp;? Comment vivez vous ce débat&amp;nbsp;? Quel sera son épilogue&amp;nbsp;? C'est &lt;a href=&quot;http://www.orpheusonline.com/blog2/10-rainbow/48-appel-a-contributions&quot;&gt;Orpheus&lt;/a&gt; qui pose cette question. Voila ma petite réponse&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Ce jour viendra. J'en ai l'absolue certitude. Un jour, en france, deux hommes pourront s'allier aussi fortement qu'un homme et une femme, face à la loi, face à la société, indifféremment. Deux femmes, aussi. Allez savoir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour aussi, un enfant seul, seul dans une chambre impersonnelle d'une DDASS, laissé dans le noir triste et humide d'une soirée d'automne par son éducatrice préférée qui a terminé sa journée de travail, un jour, cet enfant sourira en franchissant le seuil d'un nouveau chez lui, et sera accueilli par deux hommes. Ou deux femmes. Ou un homme et une femme. Allez savoir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour, un homme pleurera en tenant la main de son compagnon, emporté en quelques semaines par une maladie foudroyante, en quelques heures par un accident de la circulation, ou simplement à 88 ans parce que son temps était venu. La société pourtant ne l'oubliera pas. Son niveau de vie se maintiendra, personne ne lui demandera de quitter un logement dont le bail n'est pas son nom, l'enfant du défunt ne sera pas arraché à son foyer pour rejoindre la chambre impersonnelle d'une DDASS. Parce que la société reconnaitra l'engagement de ces deux hommes. Ou de ces deux femmes. Ou de cette femme et de cet homme. Allez savoir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jour, sur les pages d'un tabloïd, installé chez le coiffeur, dans la salle d'attente du médecin, s'étaleront les photos volées du mariage d'une star de la télé avec un footballeur. Deux hommes. Ou deux femmes. Allez savoir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces jours là approchent. Je ne peux pas croire qu'ils reculent. J'y crois, vraiment. Pour l'instant, on est dans le débat. Dans ce débat, on aurait pu parler de cet enfant, seul à la DDASS, de ces veufs et de ces veuves, de ces couples qui se soutiennent, de ces adolescents qui se sentiraient moins seul s'ils pouvaient se rêver footballeur ou star de la télé sans s'imposer le célibat.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais non. Dans ce débat, les caricaturistes ont parlé les premiers, et ont préféré parler d'inceste. De zoophilie. De risque majeur pour la fertilité française. De polygamie. Dieu a été convoqué pour s'exprimer sur le code civil. Dans ce débat, on en a même vu dire que les pédés voulaient forcer les hétéros à adopter leur mode de vie. On sentait bien poindre ici les angoisses d'en dessous de la ceinture, sourdes, honteuses, pudipondes. Et sans rapport avec le sujet&amp;nbsp;: Le maire explique-t-il comment s'y prendre au lit&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Non. On ne veut forcer personne à adopter notre mode de vie. Au contraire. On veut avoir le leur. Parce qu'on en a marre de dire à nos collègues que ce weekend, on est allé au théâtre seul. Alors qu'on tenait la main de notre compagnon. Parce qu'on en a assez de dire à nos grands pères qu'on n'a pas trop envie de se marier, qu'on est célibataire. Alors qu'on a juste peur de le perdre en lui présentant l'élu de son cœur. Parce qu'on n'en peut plus d'être les seuls à avoir peur du sort que réservera la société à nos enfants, à nos conjoints, si un malheur survenait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Moi, simple homme de 28 ans, anonyme et moyen, je n'en peux plus d'entendre dire qu'on n'a rien contre l'amour que je porte à un autre homme, vraiment rien du tout, &quot;mais&quot; que non, cet amour ne mérite pas d'être traduit en engagement de solidarité devant l'Etat, à la mairie. Parce que quand même. Deux hommes, ensemble&amp;nbsp;? Où va le monde&amp;nbsp;? On aurait pu en parler, du monde, pourtant. Plutôt que convoquer dieu pour avoir son avis sur le mariage civil, on aurait pu inviter les Espagnols, qui sont si croyants, ou les Belges, qui parlent même Français, et qui tous marient hommes et femmes indifféremment. On aurait pu parler du mariage si sacré qu'il finit si souvent en divorce. Des quolibets qui s'abattront sur les enfants élevés par un couple homosexuel, comme ils s'abattirent ils y a 40 ans sur les enfants de divorcés et il y a 80 sur les enfants métissés. De la santé mentale d'un adolescent qui doit se construire sans un homme et une femme à qui se comparer, en méprisant par la même occasion les millions d'enfants monoparentaux. On aurait pu examiner les effets du PaCS: On nous promettait la ruine de la société, la perte des valeurs, la polygamie, l'inceste, la pédophilie, la zoophilie. Qu'en est il, 15 ans après&amp;nbsp;? On aurait pu s'interroger sur tant de choses, faire le bilan de tant d'autres. Face à l'incroyable diversité de la société et l'étonnante plasticité des hommes, on aurait pu faire preuve d'humilité et de retenue. Hélas, on a eu l'humiliation et l'outrance.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne comprends pas pourquoi. N'avons-nous rien appris en 3 siècles&amp;nbsp;? Après avoir interdit aux nobles d'épouser des gueux, après avoir prohibé aux blancs de marier des noirs, après avoir proscrit aux catholiques l'union avec des protestants, après avoir défendu aux divorcés le remariage, après avoir fait sauter toutes ces barrières sans que le monde ne s'en porte plus mal, n'aurions nous pas pu parler sereinement de la reconnaissance des droits et devoirs auxquels souhaitent se soumettre deux humains informés et lucides&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai peur de comprendre que derrière les outrances et les caricatures ne se cache cette vieille xénophobie, cette peur de l'altérité qui a tant fait souffrir tant de monde. Cette xénophobie qui pousse à refuser à son prochain un droit alors même que l'octroyer ne coutera ni ne changera rien pour soi même. Cette xénophobie qui pousse les uns à se croire mieux placés pour savoir ce qui est bon pour les autres. Cette xénophobie, si dure, si violente, si injuste à subir. Depuis quelques semaines, je m'en sens la victime, j'en souffre. Je ne souhaite pas aux bourreaux d'en être un jour la cible, tant il est douloureux d'être attaqué pour ce que l'on est et non pour ce que l'on a fait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourtant, je reste optimiste. En janvier, la peur perdra dans l'hémicycle, je ne peux imaginer l'inverse. Ce jour là, en serrant dans mes bras mon compagnon, je repenserai à ce jour où, jeune adolescent, je pensais n'être jamais heureux. Comme tous les xénophobes, je me trompais.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'amour et la peur</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/10/29/L-amour-et-la-peur</link>
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    <pubDate>Mon, 29 Oct 2012 19:57:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je pousse la porte. Dépose (ou jette) les clés sur le petit meuble en bois, un petit meuble que mon grand père m’a construit. Je lance un «&amp;nbsp;bonjour chéri&amp;nbsp;! », tandis que surgit un chien, tellement heureux de me voir qu’il saute de partout. Comme tous les soirs. Chaque fois, il est heureux. Je pose le manteau sur le porte manteau, l’écharpe avec. Le sac à dos rejoint le pied du petit bureau. J’en profite pour allumer l’imac. «&amp;nbsp;Dooong… ».  Je me déleste au passage du blackberry. Et  puis je vais dans le salon. Un petit baiser. Quelques banalités. «&amp;nbsp;Ca été la journée&amp;nbsp;? » Une caresse au chien qui continue de sauter. «&amp;nbsp;Calme toi donc, j’ai vu, tu es là&amp;nbsp;! ». On discute un instant, je jette un œil à la grosse pendule, à coté de la fenêtre. J’abandonne chéri pour retourner vers l’imac. Je lis la presse de mon coté, je l’entends téléphoner au salon, ou bouger des papiers. Encore ces impôts qui n’ont toujours pas intégré sa nouvelle adresse&amp;nbsp;? Des copies, peut être&amp;nbsp;? Parfois même, jouer du piano. J’aime tellement, quand il me joue du piano. Un œil sur cet article du nouvel obs, un autre sur twitter, un dernier sur google, subitement je constate que l’heure tourne.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je quitte la chambre, en oubliant de nouveau d’éteindre la lumière, et vais me plaindre parce que j’ai faim. Je me lamente&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Qu’est ce qu’on mange&amp;nbsp;? Y’a quoi dans le frigo&amp;nbsp;? Tu veux que je meure de faim ou quoi&amp;nbsp;? ». On se chamaille un peu, mais on va ensemble dans la cuisine, constater la disette. Ou la profusion, ça dépend. On hésite. Fast food micro-ondé ou plus élaboré&amp;nbsp;? Il y a toujours la solution en conserve, mais en même temps si on ne mange pas ce chou, il va péricliter. Reste-t-il du saumon au congélateur&amp;nbsp;? C’est vrai que des pommes dauphines, ça fait longtemps et puis tu aimes ça. «&amp;nbsp;Tu préfères quoi&amp;nbsp;? » «&amp;nbsp;Je sais pas ». L’un des deux se met finalement à l’œuvre devant les plaques électriques. Un petit bisou. «&amp;nbsp;Tu mets la table&amp;nbsp;? » «&amp;nbsp;La grande ou la petite&amp;nbsp;? » «&amp;nbsp;Oh, la grande, c’est mieux&amp;nbsp;! ». Encore un bisou. Dans le salon, Tori Amos continue de chanter.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le repas est terminé. Il ne reste que les miettes et les papiers qui enveloppent le fromage de la petite fromagère et qui est si bon. Les chiens font leur cinéma pour obtenir un peu d’attention. On discute, on se raconte notre journée. Mes Coréens qui n’en font qu’à leur tête, ses étudiants qui n’en ont pas. Ce projet qui avance bien, cet étudiant si prometteur. Ce futur déplacement qui m’ennuie d’avance. Cette visite sur un lieu de stage en service de nuit. Les impôts, toujours à la ramasse. Ma mutuelle, qui n’en finit pas de ne pas s’interfacer avec la sécu. Les vacances, bientôt.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Y’a quoi à la télé, ce soir&amp;nbsp;? Rien. Je récapitule les films et séries disponibles sur l’imac. On hésite. Depuis qu’on a achevé Damages, on n’a plus Patty Hewes et ses coups tordus pour nous divertir. Heureusement que Ellen Parsons n’est pas morte à la fin, ça aurait été trop injuste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Clac. L’écran devient noir. Fini. Il commence à être tard. Dehors, une fois de plus, il pleut. Sur leur coussin, les chiens veillent sans bouger. Sur la table, les débris du diner. Il faut répartir les postes. Equipe Teckels ou équipe rangement&amp;nbsp;? On fait semblant de se chamailler. Je n’aime pas ranger, il n’aime pas la pluie. «&amp;nbsp;Allez les teckels, on va faire pipi&amp;nbsp;! ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le salon est fermé. Chéri officie pour le coucher des teckels encore humides sur leur coussin, rapatrié dans la cuisine. J’éteins l’imac. Vérifie une nouvelle fois le réglage du radiateur de la chambre. L’appartement va s’endormir. On se retrouve sur le lit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Y’avait un rassemblement anti mariage à la défense ». «&amp;nbsp;Ah&amp;nbsp;? ». «&amp;nbsp;Ouais. Tu les aurais vus…. Je ne comprends pas cette haine qu’ils ont. Imaginer que des gens puissent être aussi hargneux contre d’autres qui ne font que s’aimer. Ca me fait peur.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Peur. Des mois de vie commune. Pas encore des années, mais des mois. Quelques soubresauts, quelques disputes, mais des mois de paix, des mois d’optimisme, des mois de vie, de rire, de confidences. Si un sentiment a bien été absent de cet appartement, c’est bien la peur. Et voila ce mot qui surgit, ce mot terrible, angoissant, sinistre. La peur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En quoi cet appartement si banal, cette vie si routinière, si commune, avec ces meubles ikea et ces plantes en pot qui crèvent, avec ces ampoules grillées qu’on néglige de remplacer, avec cette bibliothèque pleine de vieux bouquins de Troyat, ces papiers dont il faudrait vraiment s’occuper, ces deux teckels qui se disputent la meilleure place sur le coussin, en quoi tout cela met il le monde en péril au point qu’il faille nous effrayer&amp;nbsp;?
Qu’avons-nous donc fait de si dramatique pour devoir avoir peur d’aimer&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La flûte et le parapluie</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/09/28/La-fl%C3%BBte-et-le-parapluie</link>
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    <pubDate>Fri, 28 Sep 2012 15:12:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;«&amp;nbsp;- Tout d’abord, je voudrais saluer un employé qui fut modèle… On peut dire qu’en 25 ans, il n’a jamais posé la moindre difficulté, et a été unanimement reconnu pour son professionnalisme… »&lt;br /&gt;
Ce n’est pas pour rien que je suis arrivé dans les derniers à ce pot. Sincèrement, je n’en avais rien à faire du départ soudain de ce collègue pourtant proche. Ce discours à la guimauve dégoulinante m’affligeait. Oh, c’est simple&amp;nbsp;: ce discours, comme ce départ, est le fruit du copinage entre anciens. Parler de professionnalisme lors d’un départ auquel ne s’associent pas les responsables hiérarchiques des deux niveaux supérieurs… Ça arrange tout le monde, et je pense que c’est une transaction qui motive surtout le départ. Ca faisait des mois que ça ne tournait plus. &lt;br /&gt;
J’essaie de me montrer attentif, de faire le collègue éploré. J’ai juste envie de quitter la salle. &lt;br /&gt;
- «&amp;nbsp;Une flûte de champagne&amp;nbsp;? Non.&amp;nbsp;»  Je ne me forcerai pas, pas pour lui. &lt;br /&gt;
- «&amp;nbsp;C’est fou, ce buffet, c’est énorme&amp;nbsp;! Et il a tout apporté&amp;nbsp;! » Apporté, oui. J’ai surtout entendu que c’est sa femme qui a tout fait. Il n’était même pas capable de dire ce qu’il y avait dans les boites que la secrétaire ouvrait. Je repense à certaines  discussions au restaurant d’entreprise. «&amp;nbsp;Moi, bouffer oui, j’aime bien. Par contre non, je ne prépare pas. Ou alors juste le gibier.&amp;nbsp;» Chasseur, conservateur jusqu’à la caricature. Pas méchant, non. Mais nous ne partageons rien. &lt;br /&gt;
- «&amp;nbsp;Alors comme chacun sait, tu es un grand bricoleur, alors…&amp;nbsp;» Ah. L’instant du cadeau. J’ai glissé mon obole dans l’enveloppe. J’ai écrit une phrase d’une platitude navrante sur la carte. Je ne sais même pas ce qu’il y a dans la boite. Un collègue se retourne vers moi. &lt;br /&gt;
- «&amp;nbsp;Moi, je n’aurai pas offert ça, mais enfin… &lt;br /&gt;
- Ah bon, c’est quoi&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
- Un poste de soudage.&amp;nbsp;» Je lève les yeux au ciel en réprimant un rire. Un poste de soudage. Quelle bonne idée…. Je rétorque&amp;nbsp;: &lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;- Quand ça sera ton tour, je m’assurerai que l’on t’offre une scie circulaire…&amp;nbsp;» Le collège pouffe de rire. Quelques têtes se tournent. &lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;- J’aimerai mieux une enclume… &lt;br /&gt;
- Compte sur moi&amp;nbsp;! » &lt;br /&gt;
La foule va au buffet. Des bouchons sautent. Les petits fours s’émiettent sur la moquette. Non, je ne prends rien, merci. Je m’en moque. Je ne me sens pas concerné. J’entends des rires, je jette un œil. Ce rire, je l’ai déjà entendu, c’est le sien. Je repense à la pluie de ce jour là, nous allions au restaurant. 2 parapluies pour 4. Je l’abritais sous le mien. Quelques instants avant, il avait eu cette phrase, et puis ce rire, ensuite, ce rire gras pendant que je le fusillais du regard. Il répondait à une collègue à propos de la pluie. «&amp;nbsp;Ce n’est que quelques gouttes, et on n’est pas des tarlouzes&amp;nbsp;! ». Et cette autre, de rajouter, «&amp;nbsp;ou des tafioles ». Rire gras. La pluie qui frappe le parapluie. J’ai serré les dents. Je n’ai rien dit.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Clapotis</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/08/24/Clapotis</link>
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    <pubDate>Fri, 24 Aug 2012 18:56:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>Egosphérique</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ciel bleu. Eau turquoise. Je ferme les yeux. Je sens la chaleur du soleil sur ma peau. C’est agréable. Je sens le petit bateau bouger. Capitaine de pédalo.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je connais bien ce sentiment. Je me sens bien. Serein. Détaché. Je pourrais citer la première phrase du premier livre de Françoise Sagan. &quot;Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom  grave de tristesse&quot;. Ce n’est pas de la tristesse pourtant. Je mesure le chemin. Je souffle. Le pédalo dérive.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je repense à mes rêves. A ce que j’idéalisais. A ceux que j’idéalisais. Aux déceptions. Il n’y a pas pire qu’être déçu. Aux réussites. A la confiance. Je savoure. Le navire dérive. Sur les sièges, des jambes se mettent en mouvement. On avance. On retourne dans la zone permise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le soleil m’inquiète, un peu. J’ai peur de bruler, peur d’avoir mal, peur que ça me gâche ces semaines de vacances. Je cache mes jambes sous une serviette. Je regarde, au loin. Il fait si beau, il fait si bon. Ca pourrait faire un billet de blog. Je pourrais raconter ces montagnes puissantes, ces forêts mystérieuses, cette chaleur accablante, je pourrais parler de ces rires d’enfants, sur la plage, de cette famille au snack qui sent la misère intellectuelle, de cet adolescent si sûr de sa beauté. J’utiliserai des adjectifs, des adverbes, on sentirait dans mes phrases la langueur d’un été, le piaillement impromptu de l’enfant, le pas arrogant de l’adolescent qui roule des mécaniques. Et puis à quoi bon&amp;nbsp;? Ces descriptions, ne les ai-je pas déjà faites&amp;nbsp;? Ces mots, ces tournures, ces verbes et adverbes, ne les ai-je pas déjà usés jusqu’à la corde&amp;nbsp;? Le bateau a tourné sur lui-même. Je bouge mes jambes. Je recherche l’ombre. &lt;em&gt;Le soleil m’inquiète, un peu. J’ai peur de bruler, peur d’avoir mal, peur que ça me gâche ces semaines de vacances. Je cache mes jambes sous une serviette. Je regarde, au loin.&lt;/em&gt; Je contemple. Je ne vois plus la petite plage, avec les adolescents qui se disputent la capitainerie d’un bateau gonflable et les adolescentes qui lisent Glamour. Une petite chapelle sur un ilot. Des berges abruptes. Cette eau, si bleue, que j’effleure d’une main. Un petit peu fraiche. Je ferme les yeux. Au loin, les cris des enfants. Le bruit d’un moteur, peut être du ski nautique. Les vaguelettes nous atteignent. J’écoute le clapot. J’inspire profondément, et laisse l’air filer doucement. Il n’y a pas de tristesse plus douce, plus agréable, plus paisible, que celle d’un ennui volontaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cet été, je n’ai pas eu l’impression de jouer un rôle, de me forcer, je n’ai eu pas le sentiment d’être celui que j’aimerai être en forçant la main de celui que je suis. Je n’ai eu pas l’impression de mentir. Je n’ai pas l’impression qu’il faille le savourer parce que ça sera temporaire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Voisinage</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/05/21/Voisinage</link>
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    <pubDate>Mon, 21 May 2012 20:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;J’habite au dessus d’un restaurant libanais nommé Al Moudif. Enfin, j’habitais. Enfin, le restaurant était là. Il a fermé. Moi j’habite toujours. Lorsqu’il a fermé, je me suis dit que c’en était fini des parties de cartes endiablées jusqu’à pas d’heure en dessous de la chambre, et de la musique proche Orientale à base de vocalises interminables qui font que la nuit l’est aussi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pendant quelques semaines, nous nous sommes demandés avec #Chéri ce que deviendrait ce local. L’idéal aurait été un cabinet d’assurance, ou mieux, une banque. Quand on connait les horaires d’ouvertures de ces établissements, on ne peut que souhaiter être le voisin du dessus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, des travaux ont commencé. On s’en est rendu compte quand des bruits de burin se sont manifestés le dimanche à 9h. La confirmation est venue des tombereaux de déchets variés allant d’un téléviseur à une literie complète en passant par les bidons de gravats se sont mis à encombrer la porte cochère. Le téléviseur est demeuré dans une flaque pendant 3 semaines. La literie, pareil. En revanche, je crois que le petit mot dans les communs expliquant pourquoi les travaux avaient lieu surtout le weekend et que le nouveau propriétaire en était vraiment navré et présentait ses plus plates excuses mais invitait tout le monde pour l’inauguration n’est pas resté très longtemps. J’en viens à croire qu’il n’a jamais été affiché. Un oubli, sans doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Rapidement, il est devenu évident que le restaurant libanais devenait un autre restaurant, genre turc. Ce fut d’autant plus évident qu’un énorme tuyau ayant vocation à évacuer des fumées de cuisine a été installé dans le fracas du perçage d’un mur principal. Les poussières qui ont envahi les communs n’ont, elles, pas été évacuées. Un oubli, sans doute.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après les odeurs de plâtre, puis de peinture, puis après que les détritus dans l’entrée fussent partis pour être remplacés par d’autres, est venu le jour où la vocation du lieu s’est précisée par une carte disponible devant l’entrée. Restaurant oriental à 9.5 euros le plat principal, une vague allure de snack qui fait espérer que la clientèle sera surtout celle des employés des tours, à midi. Le petit mot indiquant l’ouverture n’a pas été oublié, sur la porte d’entrée. Pas d’oubli, bien sûr.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le petit mot indiquait une ouverture lundi 21 mai 2012. Aujourd’hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hier soir à 22h, après un weekend complet où il ne se passa absolument rien, le nouveau tenancier n’avait rien de mieux à faire que des trous à la perceuse dans les murs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Son sens des priorités me laisse bon espoir que son affaire sera gérée en dépit du bon sens et qu’une faillite est inévitable. Je ne peux qu’espérer que le nouveau gouvernement socialiste, dont je me réjouis de la composition, revienne rapidement sur la TVA réduite pour la restauration afin de hâter la déconfiture.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Et qu’une banque ou une assurance le remplace.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La vieille pute</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/05/03/La-vieille-pute</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e15c2525aae3432bde1ca02aa4fa1b66</guid>
    <pubDate>Thu, 03 May 2012 20:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>Egosphérique</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Quand tu dis à un collègue que tu es allé à Amsterdam pendant une semaine, généralement, un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Ensuite il te demande si tu as fumé.&lt;br /&gt;
Nan.&lt;br /&gt;
Nan, je n’ai rien fumé. Innocent jusqu’au fond des bronches, je n’ai pas passé la porte d’un coffee shop. Ca sentait à tous les coins de rue, mais non. Pas envie. Je ne sais même pas ce que je demanderais là dedans. Evidement, le collègue ne le croit pas. Voire, il commence à se méfier et penser que je cache des choses.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et alors, le quartier rouge…&amp;nbsp;? » tente-t-il avec un air de vieux beauf. Je l’imagine devenir un vieux libidineux genre Bénichou dans l’émission de Ruquier. Avec la voix grasse et des grandes oreilles de vieux. &lt;br /&gt;
Nan. &lt;br /&gt;
Nan, je ne suis pas allé aux putes. Bon, j’ai bien vu le quartier rouge. Evidement. De toute manière, avec des femmes en vitrines à moins de 500m du palais de la Reine, c’est difficile de les éviter. J’en fais des tonnes dans l’explication. La jeune pute, en string dans des poses suggestives, la pute boudeuse, qui est plongée dans son iphone, la pute rageuse, avec son corset en cuir et ses cuissardes, la pute 2 pour le prix d’un, avec sa copine en vitrine, la funky-pute qui, me voyant main dans la main avec #Chéri, fait coucou et un cœur avec les mains, et la pute travailleuse, avec le rideau tiré. Parce que oui, quand on dit que les femmes sont en vitrine, ça veut dire que la vitrine est aussi la chambre. Quand les néons sont allumés mais que la pute tire le lourd rideau de velours rouge, il n’y a pas que le rideau qui est tiré. Si tu vois ce que je veux dire. Hin-hin-hin. Bénichou.
Et puis il y a la vieille pute. Pas vraiment dans le quartier rouge, plutôt dans des rues annexes. Tout proche de notre appartement, il y en avait une. Sa vitrine était presque cachée, à demi enterrée. La première fois que je l’ai vu, j’ai presque eu peur. Vieille. Et heu... vieille, quoi. La vieille belle qui tente de se maintenir. Et passé un certain âge, les vêtements ne sont pas seulement un argument thermique*. Au premier coup d’œil, ça fait étrange. Madonna sans photoshop. Déjà, une femme qui racole en vitrine, ce n’est pas complètement naturel pour moi, mais une femme qui pourrait être ta mère (pas la mienne, ok ?) qui racole en vitrine, tu vois, nan. Ta gueule, Bénichou.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comme je vois que mon collègue commence à penser à sa mère et que ça le gène, je zappe. «&amp;nbsp;Et aussi, c’est dingue le nombre de drapeaux gays, partout. C’est vraiment ultra-open, tu vois. Bon, par contre, je n’ai pas vu de mec en vitrine ». Je sens que je perds mon Bénichou. Y’a un truc qui coince, là. Je n’insiste pas. Je zappe encore. Je parle du Gezellig. Du thé à la mente dans les petits bars. Des sandwichs chauds au gouda. Je parle des canaux bordés d’arbres. Du grelot des vélos qui remplace le klaxon des voitures. Des boutiques improbables, spécialisés en nœud papillon ou chaussettes multicolores. Je parle des ponts de pierre, de fer, mobiles, fixes. Des façades aux grandes fenêtres. Des péniches et des maisons flottantes. &lt;br /&gt;
En fait, c’est une ville où il doit faire bon vivre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;* Cette précision n’a évidement aucun rapport avec l’&lt;a href=&quot;http://ditom.wordpress.com/2012/04/23/flottement/&quot;&gt;anniversaire de Ditom&lt;/a&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Présidentielle : second tour (2012)</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/04/23/Pr%C3%A9sidentielle-%3A-second-tour-%282012%29</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:3d498702d297283c714d79dc732859e8</guid>
    <pubDate>Mon, 23 Apr 2012 20:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>politique</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;A quelques jours du second tour, 3 choix restent possibles :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;L’absention&amp;nbsp;: être citoyen, c’est des droits, mais aussi des devoirs. Il faut aller voter. Je voterai.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Le vote blanc&amp;nbsp;: certes, cela signifie&amp;nbsp;: ni l’un, ni l’autre. Choisir de ne pas choisir, se laisser porter par le courant. Sauf que l’un ou l’autre emmenagera forcément à l’Elysée. Le blanc n’est pas comptabilisé, ça revient à s’abstenir. Même si ça m’ennuyait autant de voter blanc que voter pour l’un ou l’autre, ça ne serait pas mon choix. Parce qu’il y en a toujours un qui est moins pire que l’autre. Toujours. Cette année, comme les précédentes.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;L’un ou l’autre des candidats.&lt;/em&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas pour rien que je reprends &lt;a href=&quot;http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2007/05/03/355-presidentielle-second-tour&quot;&gt;mon introduction d’il y a 5 ans&lt;/a&gt;. Il y a 5 ans, j’étais tenté par le blanc. Pour les raisons évoquées ci-dessus, j’avais renoncé à cette idée.
Cette année, la finale se fait entre le président sortant, Nicolas Sarkozy, et le candidat désigné par des primaires ouvertes à tous organisées par le parti socialiste, François Hollande.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a 5 ans, indécis, j’avais examiné en détail les programmes des candidats.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette année, les candidats qualifiés n’ont pas un catalogue de mesures toutes plus belles les unes que les autres. Et parce que cette année, l’un des deux est sortant, et c’est donc sur l’expérience passé que l’on peut juger. Car croire qu’un homme au pouvoir depuis 5 ans peut changer, c’est faire preuve de naiveté. Son action passé est le meilleur indicateur de son programme à venir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette année surtout, le monde et l’europe sont en crise. Victime d’un excès de crédit et d’une mauvaise organisation politique dans le cas de l’Europe. Cette organisation politique aurait d’ailleurs été bien meilleure si le &lt;a href=&quot;http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2005/04/16/85-constitution-europeenne&quot;&gt;traité constitutionnel de 2005&lt;/a&gt; avait été adopté. Mais passons.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette année, je ne veux donc pas me prononcer sur des catalogues de mesures. Car le futur sera rude de toute manière, et plutôt imprévisible. Il faut donc se décider sur la direction générale, et la méthode employée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy a fait preuve, en 5 ans, de ses qualités de tacticien et de dirigeant. A chaque crise, il a réagit très vite, avec vigueur, emportant souvent la décision par l’effet de surprise. C’est une qualité en cas de gros temps passager. Cependant, il a fait preuve aussi de son absence de vision stratégique et de long terme. En faisant naitre une Union pour la Méditerranée dirigée par 5 tyrans, tous chassés par leur peuple 4 ans après. L’un même accueilli en grande pompe en 2007 à Paris et bombardé sur son sol en 2011. En plaçant des personnages mineurs à la tête de l’Europe pour garder les coudées franches. Atlantiste au début, en réintégrant l’OTAN, ultra-Européiste ensuite, en ne voyant de salut que dans la copie de l’Allemagne. En bombardant la politique de la BCE avant de la louer. En enchainant les débuts de réformes (assurance maladie, régimes spéciaux de retraite, université, fiscalité avec la TEPA et la suppression de la taxe professionnelle…) sans jamais aller au bout, par peur de l’affrontement avec des syndicats cajolés au nom de l’ouverture avant d’être brocardés aux élections. De la direction générale de son quinquennat, on retiendra qu’il n’y en a pas eu pour la France, mais qu’il y en a eu pour des intérêts particuliers&amp;nbsp;: ceux de ses amis, surtout les plus riches. Des transmissions d’héritages exonérées  d’impôts au bouclier fiscal en passant par la tentative de placer son fils diplômé de rien à la tête d’une des plus grandes zones d’activité d’Europe. On retiendra aussi que sa célérité à courir en Russie pour arrêter une guerre en Géorgie (avant de complètement oublier le sujet) était aussi grande que celle pour foncer sur le lieu d’un fait divers et y annoncer de nouvelles mesures répressives, souvent retoquées par le conseil constitutionnel. Absence de pondération, qui s’est ensuite traduite par des mensonges toujours plus gros (le meilleurs étant lorsqu’en pleine campagne, il affirma n’avoir jamais voulu vendre de nucléaire à la Libye, information démentie par les discours disponibles sur le site internet de l’Elysée), et une tentative de mettre au pas les contre-pouvoirs, à commencer par les médias. D’abord en nommant les directeurs des chaines radio et télévisées publiques, ensuite en faisant espionner par des procureurs aux ordres les journalistes trop curieux. En fait, il n’avait pas menti&amp;nbsp;: il y a 5 ans, il avait proclamé sa foi dans le volontarisme. Le volontarisme, c’est croire qu’il suffit de dire les choses pour quelles se fassent. C’est un peu comme la méthode Coué. Chacun sait que ça ne fait illusion que peu de temps. La méthode ensuite a consisté à désigner des boucs émissaires. Les Chinois et leur Yuan sous évalué. Les chômeurs qui ne veulent pas travailler. Les Grecs et leurs mensonges (problème annoncé comme réglé tous les 6 mois, finalement toujours pas). Les paradis fiscaux (problème annoncé comme étant réglé par deux fois, finalement toujours pas). Les Anglais et leur économie désindustrialisé (enfin, jusqu’à ce que les statistiques Européennes montrent que la France l’est encore plus). Les roms et leurs camps sauvages. Les banquiers et leurs traders qui spéculent. Les immigrés qui viennent exploiter la protection sociale des Français. Enfin, les sites internet terroristes après l’acte barbare d’un fou de dieu (qui est devenu fou de dieu dans les prisons insalubres de la république, cependant).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;5 ans après, on obtient une république à bout de souffle, où jamais la liberté, l’égalité et la fraternité n’ont été aussi conditionnés au privilège de la naissance. Et où jamais la vulgarité des nouveaux riches et des nouveaux puissants n’a été aussi arrogante et sûre de son fait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De l’autre coté, nous avons François Hollande. Sans expérience autre que celle d’avoir été élu local depuis 30 ans, et maitre du parti socialiste pendant 10 ans, dont les 5 années de gouvernement de gauche plurielle Jospin. Enfin, sa réputation s’est faite sur l’image d’un homme de consensus, sensible aux rapports de force et plus apte à en recoller les morceaux qu’à constituer son propre pré-carré. Il fut en cela assez mauvais lors de ce fameux référendum constitutionnel. L'expérience l'a marqué, dit il. Difficile d’y voir une direction&amp;nbsp;? Pourtant, l’homme a des convictions. Diplômé en droit et à HEC, puis à l’ENA, maitre de conférence en Economie, sujet dont il sera chargé de mission sous Mitterrand puis en devenant magistrat de la cours des comptes. Il a arraché son ancrage sur une terre d’adoption rurale, la Corrèze de Chirac. Jospiniste dès le début 1990, il a disputé à Aubry l’héritage de Jacques Delors en prenant la présidence du club «&amp;nbsp;Témoin&amp;nbsp;» en 1993, s’inscrivant toujours dans une démarche sociale démocrate et Européenne, et inscrivant le PS dans cette voie à partir de 1997. On retrouve cette influence Keynesienne dans sa volonté (inflexible jusque là) de refuser le dernier traité Européen en l’état, c'est-à-dire sans prendre en compte le besoin de croissance, volonté justifiée par le réaliste&amp;nbsp;: La croissance est la méthode la moins douloureuse socialement pour apurer la dette, là où la seule austérité a fait la preuve de son inefficacité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Depuis 2011, il a dirigé sa campagne sur une seule priorité&amp;nbsp;: la jeunesse. Et un thème&amp;nbsp;: la justice. Pour le reste, il se présente en réaliste, avec &lt;a href=&quot;http://francoishollande.fr/les-60-engagements-du-projet/&quot;&gt;60 propositions&lt;/a&gt; principales qui, toutes, vont dans cette direction, depuis la modulation des tarifs d’eau et d’énergie à la révision du quotient familial, en passant par la réglementation des loyers dans les zones tendues et la séparation des banques de dépôt de d’investissement, ou encore l’extension du crédit impot recherche et l’amorce d’une transition énergétique avec la baisse de la part du nucléaire dans le mix énergétique. Il ne ment pas, en prévenant que les impôts devront augmenter, mais veut le faire avec justice. Enfin, il étend cette exigence de justice aux institutions, en assumant le non cumul des mandats portés par Martine Aubry lors de la rénovation du PS et en garantissant le retour à une nomination des directions de média public par une autorité indépendante. Le fait est que depuis 1 an, il ne dévie pas, et sa campagne est marquée par la cohérence et le sérieux. Lui qui était présenté en homme faible n’a plié sur rien. Son programme est celui qu’il annonçait il y a 1 an. A l’entre deux tour, il précise qu’il ne ferra aucune tractation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si le bilan de l’un est un zig-zag permanent, le programme de l’autre est d’une rigueur à la limite de l’ennui. Pour mon pays, je choisi l'ennui de la justice et de l'effort assumé à l'agitation tapageuse et injuste qui détruit l'idée de vivre ensemble.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://francoishollande.fr/ce-que-ca-changera&quot;&gt;Le changement, c'est maintenant.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Quelques notes</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/04/05/Quelques-notes</link>
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    <pubDate>Thu, 05 Apr 2012 23:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je suis assis sur un strapontin de l’allée centrale du balcon du Casino de Paris. En face de moi, Aldebert nous explique avec une tonalité très rock qu’un ami, c’est quelqu’un qui vous connait bien et qui vous aime, quand même. Je ne pensais pas que ses concerts avaient une tonalité si rock. Le changement est important par rapport aux versions studio. Au point que le public, très éclectique, parait un peu décalé. Par exemple, ce gros homme à moustache, là, à gauche, ne semble pas tout à fait du genre à sauter en faisant hurler une guitare électrique. La mamie à canne, là, non plus. En revanche, la gamine devant moi, elle, est tellement déchainée que je n’arrive pas à l’imaginer écouter l’album studio. Quelle étrange petite. Elle est là avec sa mère, assise à sa gauche. Elle est à fond aussi, sa mère. Mais la petite… A plusieurs reprises, j’ai craint pour ses cervicales. Très minces, les épaules saillantes, je ne vois que son contour s’agiter entre la scène et moi, un peu comme une ombre chinoise. Mais une ombre chinoise dont la tête accompagne les rythmes par saccades, brutalement, alors que les épaules tressautent lorsqu’elle frappe dans les mains. A 11 ans, elle semble ressentir la musique au plus profond d’elle-même. Ca me la rend encore plus mystérieuse. Je me demande quels souvenirs elle aura de cette soirée, dans 10 ans, 20 ans, 60 ans.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;-&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis dans ce petit centre commercial assez désagréable de Courbevoie. On y trouve un supermarché bordélique et des commerces assez quelconques. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais -du sirop d’érable- ce qui me suffit amplement pour être de mauvaise humeur. Alors que je suis à la caisse, un vacarme de trompette vient subitement couvrir le son de Madonna que diffuse mon baladeur. L’œil noir, je cherche la source. Dans un coin de couloir, une petite troupe de 4 ou 5 musiciens, vêtus d’un tablier bleu de poissonnier, la soixantaine bien engagée, ont dégainé trompette à pistons et à coulisse, il y a même un petit tambour. On se croirait à la fête de l’omelette de Beaulieu sur Layon*. J’emballe d’ailleurs ma douzaine d’œufs dans mon sublime cabas U-Les nouveaux commerçants, et prends la direction de la sortie. Je suis contraint de passer devant l’orchestre. En y arrivant, je souris. Devant l’orchestre, une mamie et son cabas à roulette à carreaux vichy, recroquevillée dans son pardessus en toile beige, dodeline de la tête. Je jurerais même que sous sa pelisse sans forme, elle remue le bassin au rythme de la fanfare. Une main dans la poche, l’autre agrippée à ses provisions, indifférente aux passants, elle fixe les musiciens en suivant le rythme. Elle détonne. Je me demande ce qu’elle ressent. Ces notes de fête de village lui rappellent elle ses jeunes années&amp;nbsp;? La foire annuelle&amp;nbsp;? Est-elle là en groupie de son mari, ce petit vieux au crane d’œuf maniant le trombone avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir&amp;nbsp;? Est-ce son amant, le remplaçant de feu son mari&amp;nbsp;? S’appelle-t-elle Jeanne&amp;nbsp;? J’hésite à m’arrêter. Non pour la fanfare, mais pour la scène. La petite vielle devant les trompettes d’un centre commercial comme les jeunes devant les baffles d’une rave. J’ai envie de prendre une photo. Je n’ose pas. Je me dis que je pourrais le bloguer. C’est plus amusant que cette autre vieille, 50 mètres plus loin sur le petit chemin du centre commercial, assise sur un tabouret pliant, qui regarde les pieds des passants en essayant presque de cacher de ses doigts noueux les inscriptions du petit carton qu’elle tient sur ses genoux. «&amp;nbsp;J’ai faim ».&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;em&gt;* Ce détail vous est offert par Joss &lt;a href=&quot;http://www.davril.org&quot;&gt;Davril&lt;/a&gt;. L’anecdote vient toujours de nulle part.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>The meeting</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/03/23/The-meeting</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:99062f83f405cdff88552a783a275b36</guid>
    <pubDate>Fri, 23 Mar 2012 19:52:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>Egosphérique</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;17h15. On n’a toujours pas commencé mon sujet. Je me suis imposé dans la salle de réunion, pour mettre la pression au chef de projet qui passe avant, parce que moi, bordel, j’ai un train à 18h11. Evidement, mettre la pression à mon N+1, N+2 et N+3 (qui lui n’a pas de N+), ça a moins d’impact que mettre la pression à mon chef de projet.&lt;br /&gt;
17h18. Sa race. Ouais, ouais, les investissements sont élevés, so what, vous pinaillerez plus tard !&lt;br /&gt;
17h23. Next slide. Next&amp;nbsp;! NEEEEEEXT !&lt;br /&gt;
17h27. - Dis, Machin (mon N+0,95), ça te gene si je passe plutôt avant toi&amp;nbsp;? Parce que là, je suis tendu niveau horaire de train. &lt;br /&gt;
17h32. - Good afternoon, my name is Rouge Cerise and I will introduce you the market-killer-of-the-decade project. Feel free blablabla… Je vois mon N+2 me jeter un regard interrogatif. Ouais, ouais, j’ai la voix de Barry White, je suis malade, fait pas chier, pose pas de question, ok ?&lt;br /&gt;
17h36. Nan mais mon feell free c’était pour la forme, hein. Tu te tais, tu écoutes. Ou alors joue avec ton blackberry, tiens. - Yes of course, we think that blablabla good idea.&lt;br /&gt;
17h41. Normalement, il me faut 20 minutes pour rejoindre la gare. Il me reste aussi 8 slides. Dont 2 au moins peuvent faire débat. Si je rate ce train, #Chéri divorce, c’est certain. - Sorry&amp;nbsp;? any remarks ?&lt;br /&gt;
17h44. Là, ça va cartonner. N+3&amp;nbsp;: - did you heard about this related bloblo business in Thailand&amp;nbsp;? You took it into account&amp;nbsp;?  Regard désespéré à mon N+1. Jamais entendu parlé. Lui non plus. Pipeau&amp;nbsp;: nom masculin. Petite flute à bec constituée de 6 trous. Anglais&amp;nbsp;: pipe. Oh, let’s play pipe !&lt;br /&gt;
17h49. Ca va mal. Ca va mal. Ca va mal. Fous moi la paix avec tes questions.&lt;br /&gt;
17h50. - So, regarding the project schedule… N+3: - can you go back&amp;nbsp;? This idea of steps is good, however why not include in step 2 bliblibli…&amp;nbsp;? PARCE QUE J’EN AI DECIDE AINSI !! - Well, based on the hypothesis that… &lt;br /&gt;
17h54. C’est bon&amp;nbsp;? Je peux le caser mon planning&amp;nbsp;? Quelqu’un veut encore pinailler&amp;nbsp;? - blablablabla, donc voila, début 2013 on est bon, fin 2013 on est maitre du monde, sauf si j’ai démissionné bien entendu, ce qui n’est pas exclu. - Any question&amp;nbsp;? - Yes, regarding…  Mother fucker. &lt;br /&gt;
17h56. Je suis sur le pas de la porte. N+2&amp;nbsp;: - Rouge-Cerise ?... GNNNNNNRRRR….&lt;br /&gt;
17h58. Je sors. Bordel. Bordel-bordel-bordel. Je fonce dans l’openspace quasi désert, ferme violement l’écran du portable, le fourre dans le sac. Ouais, je sais, il ne va pas s’éteindre parce que la mise en veille buge, il va chauffer, j’en ai rien à carrer. J’attrape ma veste. Oui, le gobelet à demi rempli restera sur le bureau d’emprunt. Je pars en quatrième vitesse. J’ai 10 minutes pour être à la gare. Le précédent record c’est 15, en courant la moitié du chemin. Je repense à Patrick Montel* à la télévision, JO 1992*. «&amp;nbsp;Marie Josée Perec est en tête, allez, allez, quelle merveilleuse foulée, Marie-Jo, alleeez&amp;nbsp;! ». &lt;br /&gt;
18h00. J’arrache presque le portillon. &lt;br /&gt;
18h00’30. C’est foutu, je vais crever. &lt;br /&gt;
18h01. Comment tu veux courir avec des chaussures pareilles aussi !!? pfff-pfff, Ah, merde, l’écharpe qui s’envole, sa-mère-sa-race !! &lt;br /&gt;
18h02. Gnnnnnn-rheuuuu-aaaannn. Je dois être ridicule à courir comme un con en costard avec mon sac à dos qui brinquebale !&lt;br /&gt;
18h02’20. Tuuuuuut&amp;nbsp;! un klaxon ?! QU’EST-T’AS-POV-CON&amp;nbsp;? Tu veux ma photo&amp;nbsp;? oh, un collègue en voiture&amp;nbsp;!  OOhoooo, collègue en voiture !! oui, oui, je veux bien, oui, à la gare, oui, vite. Quoi&amp;nbsp;? Dans 7 minutes. Ouais, c’est short, ouais, ouais. Roule. &lt;br /&gt;
18h03. Si seulement je pouvais me souvenir de son prénom, à ce collègue. &lt;br /&gt;
18h04. Comment ça s’est passé, la division review&amp;nbsp;? Bien, bien. Pourquoi il avance pas le mec de devant avec sa poubelle&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;
18h05. Ah oui&amp;nbsp;! Ah non, ça c’est son nom de famille. A moins que ça soit celui de l’autre, là. Ils se ressemblent tous en plus. &lt;br /&gt;
18h08. On voit la gare. On voit le train à quai, aussi. &lt;br /&gt;
18h08’30. Ouais, ouais, merci, hein, c’est chouette, à la prochaine, hein&amp;nbsp;! &lt;br /&gt;
18h09. Je monte dans le train. Finalement, je suis large, en fait.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;*Cette information est offerte par &lt;a href=&quot;http://quedireoufaire.hautetfort.com/&quot;&gt;Joss Davril&lt;/a&gt;. Le diable est dans les détails.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Le changement...</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/03/19/Le-changement...</link>
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    <pubDate>Mon, 19 Mar 2012 19:32:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>FH2012</category><category>Hollande</category><category>meeting</category><category>politique</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C’est Pierre Moscovici en personne qui m’a invité. Je le connais bien, il était déjà venu me voir à Belfort, pour parler de l’Europe et des entreprises, pendant mes études. Alors, en souvenir du bon vieux temps, lorsqu’il m’a écrit vendredi pour me dire que François Hollande serait au cirque d’hiver dimanche soir pour conclure un rassemblement sur la culture, j’ai accepté.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En vrai j’ai transféré en urgence à #Chéri avec, pour seul commentaire «&amp;nbsp;on y va&amp;nbsp;? ». Je n’avais jamais participé à un meeting politique. En cette année électorale, je me sens particulièrement impliqué par les échéances électorales. «&amp;nbsp;Le changement, c’est maintenant », dit son slogan. Je veux le croire. Oh, je ne demande pas la révolution, je ne veux aucune tête au bout d’aucune pique, car l’outrance n’est amusante que verbale et car ce qui est excessif est insignifiant (dirait Talleyrand), mais je ne veux plus d’étudiants froidement reconduits à la frontière avec pour seul papier un CDI désormais caduc. Je ne veux plus de procureur qui prend des libertés avec celle de la presse pour plaire au Château. Je ne veux plus une loi sur la récidive par an et aucune loi sur l’amour entre homme en 5 ans. Je ne veux plus une réforme des retraites qui coute plus cher que si rien n’avait été fait. Je ne veux plus d’insultes, de stigmatisation, de simplification. A la place, je veux que l’air soit un peu plus léger, je veux un retour à la décence, à la justice, à l’équité, au respect des institutions. La loi, toute la loi, rien que la loi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, nous avons répondu à l’invitation de Pierre Moscovici. Dimanche à 16h15, nous nous mêlions à une foule qui déjà s’amassait devant le cirque d’hiver. Ma première émotion a été pour cette foule. Jeunes et vieux. Militants et curieux. Enthousiastes et modérés. Indécis et indéfectibles. Mais, lorsque traine l’oreille et que l’on distingue les discussions de ses voisins, je découvre une foule unie par une valeur commune, celle de l’esprit civique. Une foule qui veut vivre ensemble en bonne intelligence, une foule positive, qui s’amuse de la diversité sans jamais la moquer et la mépriser.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis nous sommes entrés. Avec l’enthousiasme des jeunes convertis, nous nous sommes emparés des drapeaux et des pancartes, nous avons écouté avec respect la lecture de Mazarine Pingeot sur la commune, avec rire la (forcément) partisane imitation de Gerald Dahan du candidat sortant, avec conviction le texte de Denis Podalydès sur la science, nous avons frémi sur les rythmes Andalou de Bianca Li, nous nous sommes évadés au son du violon. Oui, il y avait de la diversité. Des jeunes de l’école du cirque Fratellini, à la sagesse de Stéphane Hessel. Ce fut ma seconde émotion. 94 ans, et pétillant, enthousiaste, convaincu, présent pour rappeler quelques grands principes essentiels que le tapage du président sortant et de l’époque font trop oublier.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, évidement, le candidat est arrivé. Les drapeaux se sont déployés, la salle a scandé… Fran-çois, président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Seul sur la piste blanche, celui que je n’avais jamais vu qu’à la télévision a parlé. C’est très curieux, au milieu de 1600 personnes, de voir à moins de 50 mètres un homme en qui on place un espoir écrasant déployer son assurance et de retrouver, sans l’intermédiaire d’un écran, ses manies oratoires, sa gestuelle, son ironie que l’on sait affutée et qui a en effet fait rire l’auditoire. J’ai un peu regretté quelques petites facilités, quelques flatteries à l’attention de son public issu du monde culturel, mais j’ai approuvé l’ensemble. J’approuve cette idée que la culture, le développement personnel, doit être promu pour tous, riches et pauvres, j’approuve cette idée qu’il n’y a pas plus de sous-culture qu’il n’y a de civilisation supérieure à une autre, j’approuve cette conviction que le mal être, la peur, la haine sont solubles dans le partage, la création, l’accueil, le dialogue et que le devoir de la République est de favoriser ce partage, cette création, cet accueil, ce dialogue. Parce que réussir sa vie ce n’est pas avoir une Rolex avant 50 ans mais reconnaitre le savoir, la créativité, l’ingéniosité, l’inspiration qui font qu’une Rolex est une création, comme l’est la fresque bombée sur le mur d’une zone industrielle désaffectée, le piqué d’une photographie de guerre ou le vibrato d’un ténor à l’opéra.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors, quand François Hollande a terminé ce discours, j’ai vécu ma troisième émotion de la soirée et j’ai vibré au diapason de l’émotion collective de la salle, agité mon drapeau des jeunes socialistes en mouvement, et scandé avec tout le monde&amp;nbsp;: Fran-çois, président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;! Fran-çois, Président&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.rouge-cerise.net/blog/public/ego/divers/FH2012_Cirque_DHiver.jpg&quot; alt=&quot;FH2012_Cirque_DHiver.jpg&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;FH2012_Cirque_DHiver.jpg, mar. 2012&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis, je suis presque certain qu'après cette photo, lorsqu'il s'est retourné pour venir vers nous, lorsqu’il a fait un signe de la main dans notre direction, c’est moi qu’il regardait, et j’ai lu dans son regard la force tranquille d’un homme normal qui saura, le moment venu, être digne de notre confiance. Moi aussi, je lui ai souri, et très fort, j’ai pensé qu’il ne nous décevrait pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Jeanne, Serge et les canaris</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/03/14/Jeanne%2C-Serge-et-les-canaris</link>
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    <pubDate>Wed, 14 Mar 2012 21:35:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>anecdote</category><category>les gens</category><category>Paris</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Sur la banquette, face à la porte. Dans ce bistrot plus ou moins auvergnat, il y a des tables avec des nappes à carreaux vichy, et des banquettes un peu rebondies. L'agencement est étrange, compartimenté. Mais il y a, face à l'entrée, 2 ou 3 tables devant une longue banquette. Elle est là. On ne peut pas dire qu'elle règne&amp;nbsp;: passé un certain état de décrépitude, on ne règne plus&amp;nbsp;: soit on fait partie du décor, soit on encombre. On passe devant son pull bleu délavé au point de friser le gris. Gris bleu. Un peu comme la couleur du brouillard, au petit matin, dans le cimetière communal d'un village de province. François Mitterrand disait que la couleur de la France, c’était le gris parce qu’en France, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. Que pense donc ce pull gris bleu du rose des années 80&amp;nbsp;? A-t-il frémi à l’idée qu’il fut rouge&amp;nbsp;? On s'installe, on la voit de profil, on la scrute, on la détaille. On la jauge. On a envie d'être indiscret, comme sur un &lt;a href=&quot;http://quedireoufaire.hautetfort.com/archive/2012/03/09/profil.html&quot;&gt;site de rencontre&lt;/a&gt;, sauf qu'on est dans la vraie vie.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Quel âge a-t-elle&amp;nbsp;? Pourquoi est-elle ici&amp;nbsp;? Est elle une habituée qui fait partie du décor ou bien une encombrante&amp;nbsp;? On se prend à divaguer. Elle s'appelle Josiane&amp;nbsp;? Non. Jacqueline&amp;nbsp;? Peut être. Non, elle s'appelle Jeanne. Oui, voila, Jeanne, elle a bientôt 90 ans, elle habite dans l'immeuble, deux étages au dessus, un petit 3 pièces qu'elle avait acquis avec Serge, feu son mari, il y a de ça plus d'un demi siècle. Ils avaient additionné leurs pécules, lui d'employé aux chemins de fer, elle de secrétaire dans une blanchisserie industrielle de la rue Villehardouin, et avaient acheté cet appartement, avec sa petite chambre supplémentaire en prévision d'un heureux évènement. Un fils, peut être.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Depuis, elle est là. Elle et sa maigre retraite. Heureusement, avec la pension de réversion de feu Serge, elle vit correctement, elle mange au restaurant, tous les soirs. Seule. Seule avec ses mains à la peau parcheminée et flasque, seule avec ses cheveux hirsutes qu'elle ne prend plus la peine de coiffer. Pour quoi faire&amp;nbsp;? Pour plaire à qui&amp;nbsp;? L'heureux évènement n'est jamais venu. Il n'y a pas eu d'enfants. Il n'y a pas eu de petits enfants. Il y a eu les espoirs, deux fausses couches. Des pleurs, des déceptions, des drames qui assombrirent ces yeux qui furent bleus. Le renoncement.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Le restaurateur vient nous voir. On discute un peu de la qualité de ses apéritifs. Celui ci, il le ramène lui même de chez son beau frère. Etonnant. Original. Amusant. Plaisant, aussi, de trouver un bistrot Parisien où le tenancier semble heureux de son métier et de ses clients. 3 pédés, un groupe d'anglais, un couple d'amoureux devant la baie vitrée, une quarantenaire solitaire à coté de la relique de l'immeuble. Il ne note pas, il mémorise. Deux escalopes façon auvergnates, une saucisse aligot, une carafe. Il nous quitte. Nous retournons à notre fiction du passé.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Lentement, Jeanne tend la main vers la corbeille de pain et agrippe un morceau. On distingue de longs ongles grisâtres à l'extrémité de ses doigts osseux. Fait-elle du tricot&amp;nbsp;? Dans la petite pièce en plus en prévision d'un heureux évènement, a-t-elle accumulé les écharpes en laine et les pulls kitchs qu'elle n'a jamais pu offrir, le sourire édenté aux lèvres, aux petits enfants qu'elle n'a pas eu&amp;nbsp;? Ou bien, a-t-elle installé une cage ou chantent ses canaris&amp;nbsp;? Soudain, elle tourne la tête vers nous. On plonge dans nos assiettes, un peu honteux de notre indiscrétion. On a juste le temps de distinguer son œil droit à demi fermé, en dessous de sourcils broussailleux plantés sur une peau grise et terne, parsemée de rides profondes. Lorsqu'elle se tourne, tout son buste suit sa tête. Peut-on avoir des rhumatismes à la nuque&amp;nbsp;? Subitement, la quarantenaire, à coté, engage la conversation. Elle se tourne vers elle. Répond de bonne grâce. Discuter avec une femme, c'est peut être une animation qu'elle n'a pas eu depuis longtemps&amp;nbsp;? La conversation semble lui plaire. Que se racontent-elles&amp;nbsp;? Les bonheurs de leur jeunesse&amp;nbsp;? Les angoisses du temps qui passe&amp;nbsp;? Le prix du pain qui ne cesse de monter&amp;nbsp;? La quarantenaire éprouve-t-elle sa solitude au contact de celle de cette vieille dame&amp;nbsp;? Elles sourient. Elles discutent, encore.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le diner s'achève sur un sorbet à la fraise et une glace à la vanille. On se lève et à la dérobé, jetons un ultime coup d'œil à Jeanne. Le repas était bon. On comprend qu'elle soit fidèle au &lt;a href=&quot;https://fr.foursquare.com/v/bistrot-des-vosges/4ba4f58df964a520c0c838e3&quot;&gt;bistrot des Vosges&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Une tasse de thé et des coques de noix</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/01/30/Une-tasse-de-th%C3%A9-et-des-coques-de-noix</link>
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    <pubDate>Mon, 30 Jan 2012 20:28:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>anecdote</category><category>Rouge-cerise</category><category>voyage</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Pas d’Austin Healey pour rejoindre l’enclave francophone de Bruxelles. Et tant mieux. Il eut fait bien trop froid. Pas de réelle visite non plus. Est-il seulement possible de visiter Bruxelles&amp;nbsp;? Curieuse ville à l’architecture anarchique ponctuée de fresques ou s’entassent les personnages de BD. Dans cette ville qui n’en est pas vraiment une, qui hésite entre deux langues, qui n’a jamais choisi d’organisation, capitale d’un pays qui ne sait pas trop s’il en est un, dans cette ville donc, la bande dessinée, qui ne sait pas non plus si elle est un dessin ou un écrit, est parfaitement à son aise. D’ailleurs, j’y ai appris que même la BD est hésitante, entre l’école de Bruxelles et celle de Charleroi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pourtant, sous ce petit crachin, on se laisse divaguer. On oublie le temps et les contraintes, comme si l’étrange fatalisme mâtiné d’auto-dérision des bruxellois était contagieux. On vaque, à demi au hasard, on achète une gaufre à un van VW antédiluvien, on lève les yeux au ciel pour profiter d’un rayon de soleil, on repart, on tourne en rond. Main dans la main,
on est bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On termine dans un curieux rade où, à quinze heures, on peut déjeuner d’un potage aux oignons, de spaghettis bolognaise et de chili con carne. Derrière soi ou devant lui, des junkies en dreadlocks font la révolution, enfin du moins en parlent, parce que dehors il fait froid et le froid est contre-révolutionnaire. Il fait si froid d’ailleurs que subitement, un couple de vieux en déambulateur rentre, s’installe et commande deux mojitos. A ma gauche ou à sa droite, deux jeunes lisent le journal en sirotant un chocolat. La révolution, vous disais-je. On abandonne une vingtaine d’euros et on retourne affronter cette foutue contre révolution qui, en plus, est désormais venteuse. On divague encore, au gré de vitrines plus ou moins sulfureuses en pensant à Amsterdam. Petit à petit, on retrouve le chemin de l’appartement, de ses radiateurs et de sa théière. Parce que finalement, le plus grand plaisir d’un weekend, c’est lorsque, autour d’une table avec des amis, on plaisante du mauvais film d’hier soir en testant du thé à l’artichaut, alors que sur la table s’entassent des coques de noix brisées. N’est ce pas délicieux et étonnant, une noix&amp;nbsp;? Rien qu’à la regarder, c’est étrange. Comment quelque chose d’aussi rond à l’extérieur, peut il être aussi tarabiscoté à l’intérieur&amp;nbsp;? Ovoïde dehors, exubérant dedans. Et puis c’est amusant en plus, une noix&amp;nbsp;: avant même de la grignoter, on livre contre l’enveloppe de bois de chacune d’elle un combat quasi personnel. Vais-je parvenir à la briser correctement&amp;nbsp;? Comment cèdera t elle&amp;nbsp;? Brutalement, dans un craquement franc qui propulse des morceaux dans les tasses des autres auprès de qui on s’excuse alors avec l’air d’un enfant pris la main dans la bonbonnière&amp;nbsp;? Ou bien réussirais-je à la fragmenter en douceur, lézardant la coque de fissures qui se rejoignent jusqu’à ce qu’il soit possible de la faire tomber en morceaux&amp;nbsp;? L’une après l’autre, c’est un nouveau défi, une nouvelle ambition, une nouvelle espérance&amp;nbsp;: Ecraser cette coque en douceur, progressivement, en se retenant, la faire céder petit à petit, la craqueler bien proprement dans l’espoir, hélas si rarement comblé, de pouvoir glisser entre ses lèvres l’amande intacte, entière, et savourer sa performance en jouant du bout de langue avec les protubérances des cerneaux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A croire que le bonheur se niche dans l’excès d’insignifiances.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Une certaine voiture</title>
    <link>http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2012/01/09/Une-certaine-voiture</link>
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    <pubDate>Mon, 09 Jan 2012 19:58:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Rouge-cerise</dc:creator>
        <category>anecdote</category><category>Austin-Healey</category><category>chimères</category><category>Sagan</category><category>voiture</category><category>émotion</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;- Et celle là&amp;nbsp;? &lt;br /&gt; - Ah oui. Oui, celle là, j’aime bien. Plus que l’autre, là bas.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;On tourne un peu autour de la chose, je me m’agenouille même pour avoir un meilleur angle. On se penche, on examine, on apprécie, on scrute, on reluque. Devant cette Austin-Healey verte, sur l’esplanade du château de Vincennes, on rêvasse. Les anciennes étaient à Vincennes, dimanche, et nous sommes allé les regarder. On quitte l’Austin-Healey pour voir d’autres engins, Citroën traction et SM, Renault 4 GrandLuxe, Peugeot 204, Triumph, MG, des grosses américaines de chez Ford, des minuscules italiennes de chez Fiat, des coccinelles rondouillardes, quelques Jaguars et même une Rolls. Elles n’étaient pas si nombreuses à stationner. On découvre une autre Austin-Healey 3000, bicolore. On jette un œil. Mais les yeux retournent toujours sur la première, avec sa couleur verte foncée qu’on imagine si bien au milieu de sa campagne anglaise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Soudain, un couple s’approche d’un air décidé. Monsieur s’installe au volant alors que madame prend place à coté. Vite, je rejoins la voiture. Un coup de démarreur et le moteur s’ébroue. Un son rauque, régulier, sourd. Alors que la belle carrosserie sort doucement de sa place, l’esprit s’évade. Soudain la grisaille de janvier disparait. L’esplanade et son mauvais parking s’évanouissent, et les douves du château deviennent le fossé d’une belle départementale normande. Nous ne sommes plus à l’Est de Paris, nous sommes en Normandie, dans le bocage, nous ne sommes plus en janvier, nous sommes en avril ou en mai, je ne sais pas, il fait beau, avec juste ce petit fond d’air frais, presque marin déjà, qui fait que l’on a noué autour du cou une écharpe de Pashmînâ. Ah qu’il est agréable de rouler en torpédo, tranquillement, pas besoin d’aller vite, pas besoin de faire grimper les aiguilles des compteurs qui s’alignent sur le tableau de bord métallique, à coté de cette petite manette pour allumer les essuie-glaces, au dessus de ce petit bouton pour enclencher le starter, à l'opposé de ces deux poussoirs, là, à proximité du drapeau britannique, coté passager, et qui font jaillir de l’air chaud. Non, vraiment, pas besoin d’aller vite, il faut aller à juste ce qu’il faut pour entendre le moteur ronronner, le vent siffloter sur la carrosserie et les gravillons crisser sous les pneus, et voir le paysage défiler, ce beau paysage normand, verdoyant, avec ses prés et ses haies, sur cette petite bucolique route qui sillonne. Conducteur et passager, on se jette de petits regards furtifs, juste pour vérifier que l’autre aussi rêvasse à la vue de ces belles propriétés que nous croisons, juste aussi pour vérifier que le vent continue de faire s’affoler cette mèche rebelle mais rigolote, juste surtout pour parachever son bonheur en le sachant partagé. A bord de cette belle automobile verte bouteille, derrière son gros volant de bois précieux, rêvant d’être ce que l’on n’est pas vraiment, on sourit en hésitant entre la félicité et la nostalgie, une nostalgie douce, moelleuse, trainante, indolente, rétro, qui hésite, qui divague comme cette route qui contourne les arbres et longe des clôtures en bois vermoulu. On arrive à un carrefour, on jette un œil à ce gros panneau indicateur en vieux béton, et on enclenche le clignotant en direction d’Honfleur. On sourit, encore. C’est cela, en fait. Honfleur. Deauville. On est dans un roman de Sagan. Un petit weekend en amoureux comme un petit bouquin de Françoise, sans autre dessein que celui d’être agréable, sans autre prétention que celle d’être bâclée, un weekend comme du chocolat à l’orange, sulfureux, suave, égoïste, à la vanité un peu douceâtre, ponctué d’accélérations qui sonnent comme des rébellions avortées et de formules toutes faites au parfum péremptoire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un cahot. Brutal. Ah, ces mauvaises routes qui… Trop tard. C’est l’embardée. Le rêve s’envole, emporté dans ce crachin qu’on aurait aimé Normand mais qui n’est que Parisien, évanoui alors que l’Austin-Healey quitte l’esplanade dans un dernier vrombissement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.rouge-cerise.net/blog/public/ego/voiture/AustinHealey01.jpg&quot; alt=&quot;AustinHealey01.jpg&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;AustinHealey01.jpg, janv. 2012&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.rouge-cerise.net/blog/public/ego/voiture/AustinHealey02.jpg&quot; alt=&quot;AustinHealey02.jpg&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; title=&quot;AustinHealey02.jpg, janv. 2012&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
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