Amélie Nothomb, biographie de la faim.
J'ai à peine commencé que déja le bouquin se couvre de pages écornées, signes notoires d'un passage qui me plait.

  • Au Vanuatu, il y a de la nourriture partout. Nous n'avons jamais du la produire. On tend les deux mains, il tombe dans l'une une noix de coco, dans l'autre, un régime de bananes. On entre dans la mer pour se rafraîchir, et on ne peux éviter de ramasser d'excellents coquillages, des oursins, des crabes et des poissons à la chair raffinée. On se promène un peu en forêt, où il y a trop d'oiseaux: on est forcé de leur rendre service en enlevant de leurs nids les oeufs excedentaires, et parfois de tordre le cou à l'un de ces volatiles qui ne s'enfuient même pas. Les femelles phacochères ont trop de lait, car elles sont suralimentées, elles aussi, et elles nous supplient de les traires pour les en débarrasser: elle poussent des cris stridents qui ne cessent que si l'on accède à leur demande.
    Il se tut. Au terme d'un silence, il ajouta: C'est terrible.
    Consterné par son propre récit, il conclut: Et c'est comme ca depuis toujours, au Vanuatu.


  • Donc, ce qui attire les prédateurs de terres, ce n'est pas à proprement parler les pays de cocagnes, c'est le labeur que les hommes y ont investi: c'est le résultat de la faim.
    L'être humain à ceci de commun avec les autres espèces qu'il recherche ce qui lui ressemble: là ou il voit l'oeuvre de la faim, il entend sa langue maternelle, il est en pays connu.
    J'imagine l'arrivée des envahisseurs au nouvelles Hébrides; non seulement aucune résistance ne leur fut opposée, mais de plus l'attitude des envahisseurs dut être quelque chose comme: "vous tombez bien, aidez nous à terminer ce festin, nous n'en pouvons plus".
    Les moeurs humaines ont fait le reste: ce qui ne se défend pas n'en vaut pas la peine, nous n'allons pas nous passionner pour ces iles ou une population satisfaite même pas fichue de se battre n'a rien construit"