Vendredi 27 mai 2005
J'aurais voulu faire d'une pierre trois coup, et dire la vérité simultanément à mon frère et mes parents. Car le stress est terrible, alors, tant qu'à faire, autant y aller une bonne fois pour toute. Hélas, au dernier moment, une sortie malheureuse s'est organisée, et mon frère est parti.
Je m'étais, d'une certaine manière, promis de parler à mes parents ce vendredi soir. Je m'étais motivé pour ça, j'avais sommé mon coeur de s'accrocher, mon ventre de s'abstenir, mon esprit, de s'accrocher et, je crois qu'il fallait que je respecte cette promesse. D'une part, reculer m'aurais fait me sentir effroyablement lâche. Et puis, remettre à demain, c'était ma politique depuis des années, je voulais en sortir. Remettre a samedi, c'était prendre le risque de "ne pas le faire". Très mal à l'aise, j'ai attendu que mes parents passent au salon. Je me suis intercalé entre la télé, sans même leur donner le temps de l'allumer.

Je voudrais vous parler de quelque chose.

Je m'étais juré de trouver une autre formule, mais il faut bien le dire, on est obligé d'en passer par là...Quoi qu'il arrive, c'était parti. La mécanique était lancé, je ne voulais plus reculer. Regarder ma mère. Mon père. Dans les yeux, tète haute, courage, courage, courage!

Vous vous doutez bien, je crois, que ce n'est pas la ville en elle même qui fait que je vais constamment à Belfort.

Rire de ma mère, qui se dit, ça y est, il a une copine, il va nous l'annoncer.

Cette fois, ça y était. C'était engagé, le point de non retour était passé. C'était maintenant, ou jamais. Allé. Dis le. DIS LE!

J'y vais pour Nicolas.
3 secondes de Silence. Hiroshima
Nous sommes en couple depuis 6 mois
Nagasaki

Tout se jouait maintenant. Tout les plans, toutes les nuit d'insomnie à échafauder des hypothèses, trouvaient leur conclusion ici, et maintenant. J'alternais du regard mon père et ma mère. Ses grand yeux, ronds. Inquiets. Je me sentais rapetisser, je sentais mon courage s'effondrer comme un château de carte au milieu des vents d'un orage. Les secondes n'étaient plus des minutes. C'était des années entières, des décennies. J'agonisait là, devant mes parents muets, vaincu par les années qui s'accumulaient à une vitesse effarante. Je crois qu'en fait, je n'était plus vraiment dans moi même. Je voyais la scène en spectateur. Je me voyais, là, assis sur un pouf, jeune adulte séparé de ses parents par une insurmontable table de salon, guettant une réaction, suspendu à un mot, une parole, un geste, pour choisir de ressusciter ou partir en cendres. Un petit sourire se dessina sur les lèvres de mon père.

J'ai compris.
C'était gagné.
Ce sourire, ça voulais dire "c'est bien que tu en parles, mais c'est drôle que tu sois aussi stressé que ça..."
J'ai vu un instant de détresse dans les yeux de ma mère. La confirmation d'un pressentiment, m'a t elle ensuite dit.

Que veux tu qu'on te dise?
Que vous m'acceptez tel quel
Ben...
Si c'est ainsi que tu vois ta vie, alors, nous n'avons pas à t'en empêcher.
merci maman, merci, papa

Il faudra par contre t'attendre à des moments difficiles
reflexe des parents, inquiets, qui tentent discrètement d'argumenter, pour me faire rentrer dans le droit chemin.
Je le sais bien.
Je me suis battu contre moi meme pendant des années, et quelles que soit les difficultés que me ferront subir les autres, ce serra toujours plus facile que se battre au corps à corps, sans trève, contre moi même.
Je souhaite que tu sois heureux. Quelle que soit la voie que tu choisisse. Des parents ne peuvent que souhaiter le bonheur de leurs enfants. J'ai juste peur pour toi, car tu prends une voie difficile.
Je prend la voie que la nature m'a imposé. J'essaye juste de vivre avec du mieux possible. Vous le dire, c'est déja une grande souffrance qui disparait
Je n'ai pas choisi. Je suis comme ca. Voila tout. J'ai maintenant 21 ans, il me parrait normal de vous en parler.

La partie était déja terminé. Arrivé là, je savais que, de tous les scénario imaginés, c'étaient, bien sur, le plus plausible, le seul possible, qui s'était réalisé. Comment avais je pus douter un instant de mes parents?
Le stress accumulé implosait. La fatigue qu'il avait accumulé se réveillait. J'étais épuisé, vraiment. Je ne souhaitais qu'une chose. Aller dormir. Laisser en paix mon esprit vidé, m'enfouir dans le lit et me laisser tomber dans le sommeil, laisser le matelas l'absorber, m'avaler.
Il n'en était pas question. Je n'allais pas les laisser en plan comme ca, avec les questions qui ne manqueraient pas de surgir.

Qui le sait déja? Depuis quand? Et depuis quand est tu "comme ca"? Ma mère, je le sentais, avait peur du mot. A aucun moment, elle n'a dit "homosexuel". "comme ca" "avec un garcon", sont des mots plus facile à dire. je ne leur en veux pas. J'ai moi même soigneusement évité "le" mot. Autant les ménager. Finalement mon père l'a dit, le première. Ma mère s'est abstenue.
Et la phrase que je redoutais un peu, inévitable, enfin, est arrivée...
J'espère que ce n'est pas de notre faute...
"Ce qui sous entend que faute il y a..."
Ca, je ne sais pas. Mais aujourd'hui, quelle importance? Je suis heureux, je m'accepte ainsi. Vous n'avez rien à vous reprocher. C'est la nature, c'est tout.

J'ai été assez surpris, en fait, par la facilité avec laquelle ils ont accepté mon homosexualité.
"Nous ne souhaitons que ton bonheur, et jusqu'au bout, quoi qu'il arrive, en tant que parents t'aimerons et seront là pour t'aider à réussir ta vie". En une phrase, le sujet était résolu. Question suivante.
Que va tu faire? J'ai peur pour toi, m'a dit ma mère. Peur de quoi? De ce milieu, peur que tu te fasse attirer par ces gens, par des "réseaux". Méfie toi de ce milieu, c'est dangereux.
La peur, en fait, je crois, de me voir changer. La peur lié à l'image que véhiculent les médias, celui de cette homosexualité débridée, de fêtards inconscients, la peur des de ces backrooms, dont on entend parler. Je me suis employé à les rassurer, comme je pouvais, leur expliquer que j'ai toujours été comme ça, que mon caractère s'était forgé, avec ça, et qu'il n'y a pas de raison que je change, que non, ça ne modifiait en rien mes études, mes envies, mes rêves, mon avenir.
Le problème qui s'est posé est lié à la famille. Fallait il le dire? Et à qui? Quand? Mes frères, le savaient ils déjà? Qu'en avaient ils pensé?
Tout ça, a été assez vite expédié. Je n'en avais pas encore parlé à mon aîné, le petit le savait déjà. Tout allait bien pour eux. Et puis, et puis...
Mon portable a sonné. C'était la Cigale, je le savais. Mes parent l'ont immédiatement compris.
Deux ou trois mots encore...
Ma mère. " Je crois que ton copain attend le verdict. Il doit être en attente de la réaction des parents..."
J'ai souris
Mon copain
Merci, maman. Merci, papa
Je vous aime.