Coming out: J+1. Bilan
Par Batims le samedi, mai 28 2005, 22:19 - ...life! - Lien permanent
Vendredi 27 mai 2005
J'aurais voulu faire d'une pierre trois coup, et dire la vérité simultanément à mon frère et mes parents. Car le stress est terrible, alors, tant qu'à faire, autant y aller une bonne fois pour toute. Hélas, au dernier moment, une sortie malheureuse s'est organisée, et mon frère est parti.
Je m'étais, d'une certaine manière, promis de parler à mes parents ce vendredi soir. Je m'étais motivé pour ça, j'avais sommé mon coeur de s'accrocher, mon ventre de s'abstenir, mon esprit, de s'accrocher et, je crois qu'il fallait que je respecte cette promesse. D'une part, reculer m'aurais fait me sentir effroyablement lâche. Et puis, remettre à demain, c'était ma politique depuis des années, je voulais en sortir. Remettre a samedi, c'était prendre le risque de "ne pas le faire".
Très mal à l'aise, j'ai attendu que mes parents passent au salon. Je me suis intercalé entre la télé, sans même leur donner le temps de l'allumer.
Je voudrais vous parler de quelque chose.
Je m'étais juré de trouver une autre formule, mais il faut bien le dire, on est obligé d'en passer par là...Quoi qu'il arrive, c'était parti. La mécanique était lancé, je ne voulais plus reculer. Regarder ma mère. Mon père. Dans les yeux, tète haute, courage, courage, courage!
Vous vous doutez bien, je crois, que ce n'est pas la ville en elle même qui fait que je vais constamment à Belfort.
Rire de ma mère, qui se dit, ça y est, il a une copine, il va nous l'annoncer.
Cette fois, ça y était. C'était engagé, le point de non retour était passé. C'était maintenant, ou jamais. Allé. Dis le. DIS LE!
J'y vais pour Nicolas.
3 secondes de Silence. Hiroshima
Nous sommes en couple depuis 6 mois
Nagasaki
Tout se jouait maintenant. Tout les plans, toutes les nuit d'insomnie à échafauder des hypothèses, trouvaient leur conclusion ici, et maintenant. J'alternais du regard mon père et ma mère. Ses grand yeux, ronds. Inquiets. Je me sentais rapetisser, je sentais mon courage s'effondrer comme un château de carte au milieu des vents d'un orage. Les secondes n'étaient plus des minutes. C'était des années entières, des décennies. J'agonisait là, devant mes parents muets, vaincu par les années qui s'accumulaient à une vitesse effarante. Je crois qu'en fait, je n'était plus vraiment dans moi même. Je voyais la scène en spectateur. Je me voyais, là, assis sur un pouf, jeune adulte séparé de ses parents par une insurmontable table de salon, guettant une réaction, suspendu à un mot, une parole, un geste, pour choisir de ressusciter ou partir en cendres.
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de mon père.
J'ai compris.
C'était gagné.
Ce sourire, ça voulais dire "c'est bien que tu en parles, mais c'est drôle que tu sois aussi stressé que ça..."
J'ai vu un instant de détresse dans les yeux de ma mère. La confirmation d'un pressentiment, m'a t elle ensuite dit.
Que veux tu qu'on te dise?
Que vous m'acceptez tel quel
Ben...
Si c'est ainsi que tu vois ta vie, alors, nous n'avons pas à t'en empêcher.
merci maman, merci, papa
Il faudra par contre t'attendre à des moments difficiles
reflexe des parents, inquiets, qui tentent discrètement d'argumenter, pour me faire rentrer dans le droit chemin.
Je le sais bien.
Je me suis battu contre moi meme pendant des années, et quelles que soit les difficultés que me ferront subir les autres, ce serra toujours plus facile que se battre au corps à corps, sans trève, contre moi même.
Je souhaite que tu sois heureux. Quelle que soit la voie que tu choisisse. Des parents ne peuvent que souhaiter le bonheur de leurs enfants. J'ai juste peur pour toi, car tu prends une voie difficile.
Je prend la voie que la nature m'a imposé. J'essaye juste de vivre avec du mieux possible. Vous le dire, c'est déja une grande souffrance qui disparait
Je n'ai pas choisi. Je suis comme ca. Voila tout. J'ai maintenant 21 ans, il me parrait normal de vous en parler.
La partie était déja terminé. Arrivé là, je savais que, de tous les scénario imaginés, c'étaient, bien sur, le plus plausible, le seul possible, qui s'était réalisé. Comment avais je pus douter un instant de mes parents?
Le stress accumulé implosait. La fatigue qu'il avait accumulé se réveillait. J'étais épuisé, vraiment. Je ne souhaitais qu'une chose. Aller dormir. Laisser en paix mon esprit vidé, m'enfouir dans le lit et me laisser tomber dans le sommeil, laisser le matelas l'absorber, m'avaler.
Il n'en était pas question. Je n'allais pas les laisser en plan comme ca, avec les questions qui ne manqueraient pas de surgir.
Qui le sait déja? Depuis quand? Et depuis quand est tu "comme ca"? Ma mère, je le sentais, avait peur du mot. A aucun moment, elle n'a dit "homosexuel". "comme ca" "avec un garcon", sont des mots plus facile à dire. je ne leur en veux pas. J'ai moi même soigneusement évité "le" mot. Autant les ménager. Finalement mon père l'a dit, le première. Ma mère s'est abstenue.
Et la phrase que je redoutais un peu, inévitable, enfin, est arrivée...
J'espère que ce n'est pas de notre faute...
"Ce qui sous entend que faute il y a..."
Ca, je ne sais pas. Mais aujourd'hui, quelle importance? Je suis heureux, je m'accepte ainsi. Vous n'avez rien à vous reprocher. C'est la nature, c'est tout.
J'ai été assez surpris, en fait, par la facilité avec laquelle ils ont accepté mon homosexualité.
"Nous ne souhaitons que ton bonheur, et jusqu'au bout, quoi qu'il arrive, en tant que parents t'aimerons et seront là pour t'aider à réussir ta vie". En une phrase, le sujet était résolu. Question suivante.
Que va tu faire? J'ai peur pour toi, m'a dit ma mère. Peur de quoi? De ce milieu, peur que tu te fasse attirer par ces gens, par des "réseaux". Méfie toi de ce milieu, c'est dangereux.
La peur, en fait, je crois, de me voir changer. La peur lié à l'image que véhiculent les médias, celui de cette homosexualité débridée, de fêtards inconscients, la peur des de ces backrooms, dont on entend parler. Je me suis employé à les rassurer, comme je pouvais, leur expliquer que j'ai toujours été comme ça, que mon caractère s'était forgé, avec ça, et qu'il n'y a pas de raison que je change, que non, ça ne modifiait en rien mes études, mes envies, mes rêves, mon avenir.
Le problème qui s'est posé est lié à la famille. Fallait il le dire? Et à qui? Quand? Mes frères, le savaient ils déjà? Qu'en avaient ils pensé?
Tout ça, a été assez vite expédié. Je n'en avais pas encore parlé à mon aîné, le petit le savait déjà. Tout allait bien pour eux.
Et puis, et puis...
Mon portable a sonné. C'était la Cigale, je le savais. Mes parent l'ont immédiatement compris.
Deux ou trois mots encore...
Ma mère. " Je crois que ton copain attend le verdict. Il doit être en attente de la réaction des parents..."
J'ai souris
Mon copain
Merci, maman. Merci, papa
Je vous aime.
Commentaires
Tu racontes très bien, de façon très juste et émouvante... Et la réaction de tes parents fait plaisir!
Ouuuuuuuuuuuh c'est CROCROCRO bien ! :-)))))))))))))) Félicitations !
Je suis d'accord avec "Fred", c'est très bien raconté. Je souhaite que tes parents restent dans cet état d'esprit.
Tu verras tout est plus facile après et c'est un grand soulagement.
Bon, j'ai oublié de poster ma réaction, moi
Vraiment, c'est à la fois très courageux de ta part et très bien de la part de tes parents... ils veulent pas venir donner des cours de tollérance et d'accepation de l'autre ?
félicitations :o)
on doute toujours plus ou moins de la réaction de ses parents. tu ne pouvais pas savoir que ça se passerait bien. En tous cas bravo pour avoir pris la décision de le faire. Vive la suite :o)
belle histoire!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
tu va maintenant te sentir tellement libre que tu va vouloir le dire à la terre entière et conquerir le monde.
(j'ai eu cette sensation pendant les six mois qui ont suivi ma "révélation")
(Essuyant une larme du coin de l'oeil) ***Snifff!!!!*** Toutes mes félicitations, tu viens de faire un grand pas libérateur. Tous mes meilleur voeux pour toi et ton compagnon.
Tu as des parents ouverts, bravo ! Bonne route à toi et ton homme.
C'est chouette.
Ca serait chouette si tous les parents pouvaient être comme les tiens ! Je suis très heureuse pour toi
Bravo!!! :D
a toi, et aussi a tes parents! Si je reussi a pas me trouver d'excuses, je me suis fixe le 1er juillet pour faire de meme: damned, ca approche!
Toutes mes félicitations, content pour toi que ça se soit si bien passé. Bonne route!
Emouvant.
Même réaction de mes parents, il y a dix-neuf ans. Bel narration, j'ai retrouvé un instant ces inquiétudes que je ne leur connais plus aujourd'hui. Il leur faudra du temps, cela dit, pour être rassurés. Mais ils t'ont donné là sans doute plus que jamais à aucun anniversaire : amour et confiance. Pas grand chose de plus précieux.
Sok m'a volé ma réaction : émouvant.
Et évidemment la dernière phrase de ta mère est remarquable, tu l'as bien senti.
Emouvant, vraiment !
Tu as eu du courage, et la chance d'avoir des parents intelligents et aimants.
Bonne chance pour la suite de ta vie !
J'en ai les larmes aux yeux...
J'aimerais tellement avoir le courage de faire pareil que toi !
C'est magnifique, et félicitations pour ta façon de faire!
Texte tres tres emouvant. J'ai stréssé en même temps que toi au fur et à mesure que je lisait cette note.
En tout cas, Felicitations. Tu vas voir, ca facilite la vie.
Belle réaction que celle de tes parents, j'ai eu la même version différée...
Les parents restent les parents et ont pour nous des espoirs (famille, bébé, mariage...) mais globalement ils ont foncierement raison nous ne vivons pas la vie la plus facile...
Que dire à part félicitations!!!!!!
Ca me rappelle il y a 2 ans environ qd j'en ai parlé à mes parents. Leur réaction a été à peu de chose près identique sauf que je l'ai fait l'un après l'autre. Autre point commun, je l'ai fait tout comme toi alors que j'étais avec mon copain de l'époque depuis 6 mois. Ce doit etre une durée qui inscite à parler car on se sent bien avec l'autre et on veut que nos parents voient notre bonheur!!!!
Quoiqu'il en soit, tes parents feront peut etre comme les miens maintenant, des vielles blagues limite un peu salaces qui te feront exploser de rire pasq ca vient de tes parents et que tu ne t'y attends pas!!! ;o)
Bizzzzz
Tout est bien qui fini bien
:)))))))
Je sais que ce billet date déjà de quelques semaines, mais je viens de le découvrir à l'instant. Bien sûr je suis heureuse pour toi, mais en le lisant, c'est la mère qui a été touchée. J'explique : depuis toujours je dis autour de moi que peu m'importe si mon enfant est homo ou hétéro, tant qu'il est heureux. On me répondait : tu n'as pas d'enfant, c'est normal de parler ainsi. Et puis mon fils est né et j'ai continué à tenir ce discours. J'en suis toujours autant convaincu (même s'il n'a pour l'instant que 6 ans 1/2). Nous essayons de l'élever sans préjugé, sans tabou. Il sait qu'il y a des garççons qui aiment les garçons, des garçons qui aiment les filles et des filles qui aiment les filles. Tout cela lui paraît naturel et j'en suis heureuse. J'espère ainsi que s'il est homo il n'aura pas la crainte de nous en parler et que s'il est hétéro il n'aura pas de réactions stupides envers ceux qui ne suivent pas la même voie que lui.
Voilà, je voulais juste dire ça.
Tombé d'ssus par hasard (via Finis Africae), j'ai chialé comme une madeleine... comme ça ne m'était plus arrivé depuis des années. 6 mois après, pouvoir émotionnel intact. Bravo, à toi, à tes parents, et aussi à Laurence !
En relisant une nouvelle fois ce billet après tout ce temps, j'ai eu quelques frissons. Je suis un peu jaloux évidemment de la réaction de tes parents. Ils sont ça d'extraordinaire, cette si belle réaction.
Très beau récit, moi je n'ai pas eu ton courage ... J'ai simplement laissé une longue lettre à ma mère, un matin avant de partir en vacances ... et c'est elle qui en a parlé à mon père car c'était trop lourd de tout garder pou elle, ce que je conçois avec le recul. J'ai eu droit aux mêmes remarques, que je n'ai pas pris le chemin de la facilité, qu'il faudra être fort et surtout très prudent ... On en a parlé un peu, il y a déjà plusieurs mois, et je me dis qu'une piqûre de rappel ferait du bien, mais comme pour l'annoncer à d'autres personnes, j'attends d'avoir une situation sentimentale un peu plus stable, ce qui n'est pas gagné !!!