Ou, plus prosaïquement, la France doit elle avoir peur de la Chine ?

Enrichissez vous ! Plus de 200 millions de Chinois auront suivi à la lettre la consigne de Deng Xiaoping. Tournant la page d’un Maoisme qui menait le pays au désastre, c’est en 1977 que Deng Xiaoping lance les "Quatres modernisations" : agriculture, industrie, recherche scientifique et défense. Bousculant au passage l’idéologie maoïste, et faisant de la Chine le plus grand pays communiste ultra-capitaliste (et non ultra-libéral). Et depuis 10 ans, l’économie Chinoise explose littéralement, avec une croissance à deux chiffre chaque année. Avons nous à en avoir peur, et le 21eme siècle sera t il celui de la Chine ?

Méthode de pensée, histoire

On dit souvent que la civilisation chinoise est millénaire. C’est en fait une vue de l’esprit, car plus d’une dizaine de dynasties se sont succédé depuis 3000 ou 4000 ans. Si on a le sentiment que la civilisation chinoise est inamovible, c’est que les dynasties ne sont que des histoires d’hommes, tandis que la civilisation est une histoire d’administration. Et face à l’administration, l’individu s’efface, en Chine. Là ou nous valorisons l’individu face au reste, la pensée Chinoise valorise la communauté. Le tout. Chine se dit Zhong guo, « empire du milieu ». Lequel empire est divisé en régions administratives datant de l’empereur Qin (-200 av JC). Ce qui est intéressant, c’est que l’empereur n’est pas au-dessus de tout dans l’organigramme social. Il a lui même mis en place des corps de fonctionnaires au-dessus de sa propre famille, dans le but de garantir l’intégrité politique quel que soit les conflits « d’homme ». La communauté, avant l’individu.

Dans la pensée chinoise, la chine est l’empire du milieu, le centre du monde, et le reste n’est que barbarisme. Dès lors, pourquoi s’y intéresser, et pourquoi même tenter de s’accaparer le reste du monde ? C’est la raison pour laquelle l’histoire de Chine recèle très peu ( ou pas du tout ) d’invasion chinoise sur d’autres pays. Il ne faut cependant pas croire que la Chine a toujours été fermée sur elle même, bien au contraire… Ce n’est pour rien que l’on dit que les Chinois sont les plus redoutables commerçant du monde. Simplement, la chine et les chinois disposent d’un formidable capacité d’adaptation. Et historiquement, les agresseurs de la Chine on soit été repoussés, dans cas ou un empereur puissant maîtrisait le pays (disposant d’une réserve humaine sans commune mesure, il peut difficilement perdre), soit sont devenus chinois, dans le cas ou c’est l’administration et sa formidable inertie qui se sont chargé de résoudre le problème. Dès lors, face à ce que l’on appelle la menace Chinoise, il me semble que la solution de la confrontation (le choc des civilisations cher à G.W. Bush) est voué à l’echec. Mais si on ne peux gagner, on peut ne pas perdre, en faisant en sorte d’être à la fois Chinois et nous même (le monde multipolaire de Chirac et Schröder). Au vu du nombre d’établissement et de Facultés enseignant la langue et la civilisation Chinoise en France et en Europe, je crains que nous ne soyons mal partis. La méconnaissance de la Chine nous sera fatale, car les Chinois, ultra adaptables, nous connaissent parfaitement.

C’est aussi la raison pour laquelle la démarche de demande de liberté que peuvent avoir nos dirigeants lors de leurs voyages en Chine est inefficace, car ignorant les spécificités de la pensée Chinoise. Les droits de l’homme tels que défini par la Révolution française sont un concept purement occidental, ou l’on demande à la communauté de respecter l’individu. Même si cela met en péril la communauté. Autant dire que ce concept est dérisoire aux yeux des interlocuteurs chinois. Puisque, pour eux, c’est au contraire à l’individu de s’assurer qu’il ne met pas en péril la communauté. Le Chinois encaisse donc les coups portés à sa personne. En revanche, le coup de trop est souvent l’étincelle qui fait exploser le système. L’histoire Chinoise est ainsi ponctuée d’événements d’une violence incroyable, et lorsque les individus de la communauté, trop meurtris, se soulèvent, c’est toute la communauté qui se soulève, et qui s’en prend au responsable : l’empereur.

Et là ou nos révolutions occidentales tergiversent sur le sort à réserver à leur monarque (c’est un homme tout de même, avec sa dignité et ses droits) ( on sens ici toute l’influence Chrétienne du respect de l’individu), les chinois ne s’embarrassent d’aucun scrupule, et tuent l’empereur, sa famille ascendante et descendante, les cousins, les oncles, bref, tout ce qui s’en approche. Mais ne touche pas à un cheveu de l’administration. Laquelle continue de gérer les affaires courantes en attendant qu’un nouveau leader vienne donner les grandes directions à suivre.

Ce qui revient à dire que Chirac, Blair, Bush ou Schroder Merkel peuvent bien parler de droit de l’homme à Hu Jintao (le nouveau président Chinois), ils gagneraient à économiser leur salive. Non seulement je suis dubitatif sur l’influence que peuvent exercer nos pays Européens seuls quand le plus peuplé des états doit représenter 80 000 000 de personnes là ou Hu Jintao en a 1 400 000 000 derrière lui. Mais en plus le concept n’est de toute façon ni partagé, ni partageable. C’est comme dire à la reine d’Angleterre que la monarchie est une hérésie, en supposant de plus que tous les Britanniques seraient royalistes convaincus.

A noter que si nos états Européens disposaient d’une constitution leur donnant une voix commune, alignant au passage 400 000 000 personnes et une puissance économique non-négligeable, le problème serait autre, mais c’est une autre histoire.

De toute façon, en ce qui concerne le respect des droits de l’homme, la solution pour les chinois viendra de l’intérieur, lorsque les hommes estimeront avoir suffisamment payé le prix du maintient de la communauté en ordre de marche. Et sans avancer d’hypothèses déraisonnables, le Parti au pouvoir sait qu’il est aujourd’hui en danger de mort, et qu’il n’as pas plus de 5 ou 6 ans pour résorber les inégalités criantes au sein de la chine : l’année 2004 aura vu se dérouler plus de 74000 émeutes et manifestations, soit 16000 de plus qu’en 2003, (source : Miracle chinois et colère sociale, par Bruno Philip ) laquelle année avait déjà été en très forte progression.

Nous reparlerons des inégalités et de la Chine capitaliste dans notre deuxième partie.