Eprouvante lecture. Eprouvant sur la première partie, où j’ai du me forcer à poursuivre la lecture. Le style est particulier, les phrases sont sur le papier telles qu’elles seraient dans la pensée du personnage. Les sujets sautent d’un verbe à l’autre, les associations sont parfois difficiles à faire. La forme est donc difficile. Normalement, je suis assez friand de ce genre d’innovations mais là, j’ai trouvé que c’était un peu too much. J’ai donc ressenti une certaine déception et, si je n’avais pas eu envie de lire ce bouquin depuis longtemps, j’aurais abandonné.

Le fond, quand à lui, est à désespérer, puisqu’il s’agit tout de même d’une femme au fond de la dépression dont la seule pensée fixe consiste à se rabaisser à ses propres yeux.

La seconde partie du bouquin est éprouvante sur le fond seulement. Parce que la forme, on s’y habitue et elle parait finalement en osmose avec la confusion de la pensée du personnage. Peu à peu, on commence à entrevoir l’acte d’infanticide et on réalise de plus en plus son coté inéluctable. La psychologie du personnage est en effet complexe. Elle n’est plus aimée de son mari, ne l’aime plus non plus mais est incapable de s’en détacher. Elle voudrait surprotéger ses enfants, qu’elle aime intensément, au point de les reclure pour leur épargner les souffrances potentielles du monde réel. Par vengeance pour son mari, qui, estime-t-elle, lui vole ses enfants, elle porte secrètement, exclusivement, un dernier nouveau né.

Dès lors, à partir de l’accouchement, il ne peut échapper à la mort, seul solution qu’elle trouve pour en conserver l’exclusivité définitive et pour lui épargner la dureté de la vie extra-utérine.

Simultanément, elle se méprise elle-même de plus en plus, assumant maladivement son acte qui la range dans l’abominable catégorie des infanticides. Son seul regret étant d’être séparée de ses enfants tout en s’en félicitant, puisqu’il est si dur d’assumer une mère criminelle.

Autant dire que ce n’est pas simple, ni à lire, ni à comprendre. Je reste un peu déçu par ce livre.