21h… Il est encore trop tôt…

22h… Les appartements sont encore allumés. Je patiente, encore. Les accessoires indispensables sont rassemblés, à coté de la porte.

23h… Le calme est presque complet. Quelques voitures passent encore dans la rue. Je vérifie pour la troisième fois que tout est là : une caisse, les clés, l’appareil photo, une paire de gants… Je me change…

23h20… La résidence est calme. Je prends mes affaires et, en silence, sort de chez moi.

23h25… Le parking souterrain collectif est silencieux. J’enclenche le néon situé en face de ma place. Comme prévu, la place située à coté de mon emplacement est libre. Je bouge ma voiture, gagnant ainsi le champ nécessaire. A l’aide d’une balayette, je nettoie grossièrement le sol souillé de quelques feuilles mortes et petits débris de cartons, vestiges d’un déménagement.

23h30… J’entends, par la porte électrique, coincée en position ouverte depuis 3 jours après une tempête, la conversation de quelques adolescents dans le parc, juste à coté. Je tends l’oreille… Pas d’autres bruits. Je déménage hors du champ de vue quelques cartons abandonnés par le mon voisin de parking. Pour la troisième fois, je réenclenche la minuterie du tube néon.

23h35… La moto est en position. Mon Panasonic GF1 est posé sur une caisse, à une vingtaine de cm du sol. Je fais quelques essais pour régler l’appareil photo. J’opte pour une ouverture à 2,8 et une vitesse de 1/10. Tout est calme. Le réglage du retardateur est assez long. Préliminaires, habillé.

23h40… OK… Tout est calme. Je réenclenche une fois de plus la minuterie. Je tends l’oreille… Go, no go ? Le cœur qui cogne. J’entends de loin les ados. Pas de bruit… Allez. Go. T-shirt, pantacourt, off. Shooting. Premiers essais debout, à coté. Je mets les gants pour la pose. De dos. De profil. Shooting, oreille tendue, allez retour vers l’appareil photo. Le béton est froid, le sable au sol, avec quelques petits cailloux, fait mal. Accroupis en jock-strap derrière l’appareil photo, je fais face à la porte du garage ouverte, et dos au reste du souterrain et à l’accès à l’ascenseur. Je sens le froid du béton. Je tremble un peu, mélange d’excitation et de peur. Déjà une dizaine de photo. Toujours les rires d’ados au loin. Toujours le silence à proximité. Minuterie. De face. Shooting.

23h50… Ok, j’ai déjà de quoi faire… J’écoute. Tout est calme. Stop ou encore ? Le cœur cogne. Allez. De toute manière, ça ne change pas grand-chose, en jockstrap ou sans rien. Je tends l’oreille. Rien à signaler. Jock-strap, off. Le neon s’éteint, je sursaute. Minuterie, retardateur. Shooting. Aller-retour à l’appareil. Shooting. Shooting. Coeur qui bat très vite. C’est énorme. Soudain, un bruit de voiture, dehors. Lumière de phares. Adrénaline. Je saute sur le pantacourt. Et je ne peux pas compter sur le temps d’ouverture de la porte. Peur. Trouver une contenance, vite. Mais le moteur se coupe. OK… Le véhicule a une place à l’extérieur. Les phares s’éteignent. Par le soupirail, je vois le conducteur descendre. Je respire. Je tremble. C’est terrible. Ils sont 3. Je les perds de vue alors qu’ils se dirigent vers la porte du rez-de-chaussée. Bruit d’ascenseur. Ils montent. Le calme revient. Le néon s’éteint, encore, dans un bruit sec de contacteur qui résonne sur les murs bétonnés. Dans la pénombre, j’écoute et sent mon cœur cogner. Pieds nus sur le béton poussiéreux et froid. OK… Stop ou encore ? J’ai une nouvelle idée. Je change l’appareil photo de place. Il est maintenant en plein milieu de la zone de passage, presque face à la porte grande ouverte d’où continuent d’arriver des éclats de rire. Essais. Ouverture 2,8 et vitesse 1/6. Allez. Peur de rien. Pantacourt off. Retardateur. Je monte sur la moto. Shooting. Encore. Nu sur la moto, nu au milieu du souterrain, nu face à cette porte ouverte et cette rampe de parking. Shooting. Encore. Plus droit. Shooting. Mains plus hautes. Shooting. OK… Toujours pas de bruit. Nu au milieu du parking souterrain, presque grisé par un singulier sentiment de liberté et de transgression, je regarde rapidement les photos. L’idée était bonne. Meilleure que la première série. Je sens que je peux faire un bon demi-mois du calendrier. Quelques idées délicieusement scabreuses me traversent l’esprit. Scénario de porno gay. Huum, un photographe, plutôt qu’un retardateur… Je délire… Le reste du parking est silencieux, froid, de cette froideur austère du béton brut mal éclairé par la lumière crue des tubes lumineux. Les voitures vides projettent des ombres inquiétantes. Je suis seul. Plus loin, un néon clignote irrégulièrement. Je regarde les photos. Allez, il ne faut pas avoir de regret. J’y suis, profitons en. Mieux vaut avoir le plus de matière première. Je remets le jock-strap. C’est confortable, Aussiebum… Je repositionne. Minuterie, retardateur. Même ouverture, même vitesse. Pas un bruit. Shooting. Shooting, Shooting. J’ai froid, j’ai mal aux pieds à force de glisser sur cette dalle dure parsemée de petits cailloux et de grains de sable. La peur du début s’estompe. J’agis machinalement, sans même plus penser à l’improbable situation. La lumière s’éteint, encore. Minuterie. Shooting. Une dernière. Ok, ça suffira. Je soupire. Se rhabiller. C’est terminé. Je retire l’appareil photo. Rangement. Tout s’est bien passé. Content de l’avoir fait. C’était excitant, j’ai encore le cœur qui cogne et la respiration courte, alors que je remets jock-strap, pantacourt et t-shirt. Je rentre. J’espère que parmi la cinquantaine de photo, il y en aura une assez convenable pour faire une bonne première quinzaine de juillet.




Grace à l’aide précieuse de mon complice de post-prod, @critwi76, je crois que oui.

Enjoy.