Quelque part, sur une voie de chemin de fer, entre Paris et Le Mans. Je tente, avec difficulté, de lire le spécial du Monde sur le général de Gaulle. Je ne cesse de revenir, toutes les 10 minutes, sur le smartphone, cet addictif gadget qui me relie à la vie sociale. J’envoie quelques messages, scrute le clignotement blanc qui signifie l’arrivée d’une réponse. Je repense à mon weekend. Des images me reviennent. Un appartement, des amis. Des conversations pas forcément très classieuses, mais tellement amusantes. Les rires amicaux. Des verres qui se remplissent et qui se vident. Un courant d’air balaye le train, je repense à la fenêtre ouverte pour contenter les fumeurs. L’esprit divague, se fixe sur Fef. Mon ami du lycée, à qui j’ai caché pendant des années mon homosexualité. A qui aujourd’hui je ne cache plus rien, et qui constate qu’une fois qu’on a fait tomber un tabou social, les autres ne sont que des dominos. Une nouvelle idée. Un soir de pluie, White Russian dans un bar, une nouvelle tête. Un diner qui s’organise en direct. Plaisir de la vie en société. Je pense à ces nouvelles têtes. Un regard bleu, transperçant, doux et intense. Des discussions. Un sentiment d'intelligence. J'ai l'impression de sentir à nouveau l'odeur du café, que j'ai trouvé bon, moi qui n'en buvais jamais il y a 6 mois. L’esprit repart ailleurs. Je pense à mon futur emploi, dans quelques semaines. Tout va si vite, et tout me semble tellement simple. Un nouvel SMS dessine un sourire sur mon visage. Les idées professionnelles disparaissent. Je pense à un hall d’immeuble, austère, à un jardin. Le courant d’air glacial, subitement, disparait. Chaleur d’un appartement. Je m’enfonce dans mon fauteuil. Rires. Un souvenir s’installe en moi, me fait sourire. Je sens une étrange fébrilité m’envahir, j’ai envie de fermer les yeux. Une nouvelle pensée m’étreint. Je repense. Je divague. Pénombre. Regards croisés. Froissements. Oscillations. Souffle chaud. Instinct musqué. Etreinte aveugle. Lèvres humides. Murmures. Sensations exacerbées.

Un frisson, glacial, brutal, doux, libérateur, me traverse l’échine alors que je ferme les yeux. Une insondable solitude instantanée m’empoigne, aussitôt chassée par la puissante euphorie d’une intuition.