Ballon orange
Par Rouge-cerise le dimanche, juin 5 2011, 21:08 - Lien permanent
Les exploits natatoires, c’était une chose, mais ça souffrait d’un inconvénient : l’éloignement de la piscine. En revanche, il n’était pas discutable que pour une croissance harmonieuse, un garçon devait faire du sport. Ne montrant pas un intérêt démesuré pour une quelconque discipline (hormis peut être pour le palmarès de Surya Bonaly), et mes parents se refusant à inscrire leurs gamins au foot avec les autres débiles d’à coté, il fut décidé que nous aimerions le basket.
C’est comme ça que j’ai débuté chez les mini-poussins, sorte de maternelle du club de basket municipal. Pour le groupe de garçonnet que nous étions, ça consistait à tenter de dribler avec des ballons presque aussi gros que nous, et à les jeter dans les paniers. Quant aux matchs, c’était la foire d’empoigne. Ca faisait beaucoup de bruit dans le gymnase, et très peu de paniers marqués.
Ensuite, avec l’âge et l’expérience, je suis passé chez les poussins. C’est là que c’est devenu plus sérieux. Les garçonnets commençaient à devenir des adolescents idéalisant quelques stars de la NBA. Poussés par un entraineur attentif et exigent, un début de compétition au sein de l’équipe s’est développé. La star, c’était Antony. Un blondinet (que j’idéalisai davantage que les types de la NBA) dont l’agilité et la nervosité l’ont rapidement mené à la position d’ailier où il gagna la réputation de marqueur de points. Au point que se développait autour de sa personnalité une sorte de culte, qui galvanisait l’équipe lorsqu’il entrait sur le terrain bien plus que ne le faisait les hurlements de l’entraineur sur le banc de touche. Les jours où Antony était absent, les équipiers se battaient pour obtenir son maillot qui était, je crois, le numéro 11. Cette starisation me laissait très sceptique. L’entraineur avait d’ailleurs remarqué la créature à sang froid que j’étais, impassible quoi qu’il arrive, lucide, indifférent à toute forme de popularité et de course au point mais pas trop maladroit. Je me suis donc logiquement imposé au poste de meneur, ce qui me convenait très bien : pas besoin de s’aventurer au plus fort de la mêlée pour marquer des points, mais avoir la responsabilité de remonter jusque chez l’adversaire et y être le faiseur de roi en passant le ballon au mieux placé pour marquer. Ainsi, non seulement Antony avait besoin de moi, mais en plus je pouvais me payer le luxe de le snober lorsque j’estimai qu’il n’était pas en bonne position. Je me suis rapidement ancré à cette position, n’acceptant un autre rôle que pour dépanner.
Au bout de 2 ou 3 ans, l’équipe avait progressé et commençait à obtenir de bons résultats qui paraissaient dans la feuille de chou locale, à savoir « le progrès ». Chaque année, l’entraineur devait choisir un capitaine de l’équipe. Chaque année, le favori était l’inévitable blondinet numéro 11 qui, en plus d’être agile au double pas, était beau et se montrait redoutable au 3 points. A la fin de la saison, il avait même, 2 secondes avant le coup de sifflet final, marqué depuis le milieu de terrain, offrant la victoire in extremis à l’équipe. Mais chaque année, le rouquin numéro 12 était consacré, un peu parce qu’il était logique que le meneur fut aussi capitaine, et aussi parce que c’était l’un des seuls à se moquer éperdument du nombre de points marqués par le numéro 11. Il fallait bien pondérer un peu une popularité qui se transformait en arrogance.
Encore 1 ou 2 ans après, vers la fin des années collège, les résultats furent tellement bon que l’équipe termina en tête le championnat départemental, et grimpait donc en régional. Dans une petite salle spéciale et en présence de quelques personnalités du coin, l’équipe fut réunie pour la remise de la coupe. Un genre de gros truc assez laid en ferraille et plastique doré. Antony régnait au sein de l’équipe et les yeux de tous brillaient à la vue de la récompense. Un photographe du Progrès était même présent. L’entraineur dit quelques mots à propos de l’équipe, insistant sur la cohésion. Puis, il appela le meneur et capitaine de l’équipe pour lui remettre la coupe. Je dois dire que j’étais assez fier de m’emparer du trophée avant d’aller le faire tourner auprès de l’équipe. Je me suis payé le luxe de la transmettre d’abord à Antony qui, je le sais, ne m’aimait pas vraiment car je le privais du titre de capitaine. Lorsque je lui tendis la coupe, lorsque nos mains se touchèrent, lorsqu’il me sourit, il ne savait pas encore qu’avec la coupe, je lui donnais le brassard de capitaine : quelques heures avant, à l’issue du dernier tournoi, j’avais prévenu l’entraineur que je ne reviendrai pas pour la saison suivante. Officiellement, j’avais envie d’un nouveau sport. Officieusement, j’en avais mare de l’ambiance de compétition. Et puis, tous ces garçons en groupe, qui parlaient de plus en plus de filles, me mettaient mal à l’aise. Et puis, Antony ne m’aimait pas, et Ludo s’était mis au tennis.
Vas-y, envoie la balle, je vais te montrer mon revers.
Commentaires
Han, Le Progrès ! ♥
Qu'est ce qu'on ne fait pas pour ses amours de jeunesse...
Bah... La raison pour laquelle tu as pris le leadership du jeu au ballon orange semble pourtant évidente, c'est pour les photos ; l'entraîneur était incontestablement un homme de goût ^^. Et Antony a-t-il mené l'équipe aussi bien que tu l'as fait, par la suite ?
Amicalement.
Al.
Comme il est regrettable que Ludo ne se soit pas passionné pour la patinage artistique.
Tu n'aimes pas les odeurs de chaussettes dans les vestiaires?
J'en déduis que si je lance une invitation pour une soirée slibard et grosses pompes, tu n'en seras pas... Quel dommage!
Moi, je viens par contre. Mais il faut qu'il y ait du militaire!
BisB >> Et de la pute en jean slim?
Ditom >> J'ai des facultés d'adaptation.
Joss >> Oui, je suis passé à coté d'une grande carrière.
Al'west >> Aucune idée. Je me suis désintéressé de la question!