Chez moi, le chauffe eau est planqué dans les toilettes, plus exactement au dessus. Il y a tout un fatras de tuyaux qui s’emmêlent, en plomb, en cuivre, en plastique et même quelques flexibles. Au milieu de tout ça, se trouve le groupe de sécurité. Attention, lecteur, je vais t’instruire : ‘’le groupe de sécurité d’un chauffe eau sert à protéger le ballon de la surpression (via une soupape réglée à 7 bars), à isoler le ballon du réseau froid (via un robinet), à vidanger le ballon (via l’ouverture manuelle de la soupape) et à interdire le retour de l’eau chaude sous pression dans le circuit froid (via un clapet anti-retour).’’ Lundi dernier, vers 20h, je découvre avec stupeur une petite flaque sur le carrelage. Comme je sais qu’il est plus probable que l’eau tombe plutôt qu’elle ne jaillisse, je lève la tête. Déjà là, je sentais les ennuis venir à grande vitesse. Sur le robinet du groupe de sécurité, une goutte. Qui grossit. Qui grossit. Qui grossit. Et ploc, qui me tombe dessus. Une autre. Re-ploc. Une autre. Re-re-ploc. Sa mère.

Sans plus réfléchir, je décide de tenter de fermer tout bonnement ce robinet (de merde). Je tends la main. Je le touche. A peine l’ai-je touché, que le « ploc » devient « ploc-ploc-ploc-ploc ». Oups. Je retire la main en commençant à regarder avec circonspection l’ensemble du réseau, et en regrettant de ne avoir préventivement vérifié où se trouvait la coupure générale, qui, je le présentais, allait devenir utile. D’autant que pendant ce temps, le ploc-ploc-ploc-ploc se transformait en pchiiiiiiiii, avec un joli mais néanmoins inopportun petit jet d’eau sous pression, comme quand tu t’amuses, en primaire, à boucher avec ton doigt le robinet. J’avais l’impression d’être dans un dessin animé. Sauf que c’était mon chez moi et mon carrelage, ce qui rend la chose beaucoup moins fun. Et dans un dessin animé, à la fin, tout explose. Je le sentais mal, ce gag.

En vrai, je commençais un peu à baliser en regardant ce petit jet qui mine de rien se transformait en… en… en gros jet… Et puis soudain, c’est l’explosion. Dans un bruit de bouchon de champagne qui saute, le robinet a giclé contre le mur, et le pchiiiiii est devenue une trombe d’eau, se déversant sur ma tête, sur le mur, sur le carrelage. Un robinet ouvert à fond, dans mes toilettes, au dessus de moi. Le drame. Je me souviens très bien avoir hurlé « putain de sa race de merde ». Parce que techniquement, c’est ce robinet qui permet d’isoler le chauffe eau du réseau. Et là, plus de robinet. Je me suis précipité dans la salle de bain récupérer tout ce que je trouvais en serviettes.

Ensuite seulement, j’ai pensé à couper l’eau de l’appartement. Elle est où, la vanne ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais regardé. Qui peut le savoir ? Je n’ai jamais vu d’autre tuyaux et robinets ailleurs que dans les toilettes, donc elle est sans doute hors de l’appartement ? (on notera à postériori la connerie de ce raisonnement) Une serviette faisait barrage pour circonscrire l’eau aux toilettes, qui baignaient déjà dans un demi-centimètre. Pieds nus, je me suis rué sur le palier, ne voyant rien d’autre que des coupures de gaz, je me suis précipité dans le restaurant d’en dessous demander de l’aide. Devant mon air affolé, le gérant qui ne pigeait rien à rien est venu dans le hall avec moi. Avec effroi, j’ai constaté avec horreur qu’une cascade dégoulinait le long du tuyau d’évacuation (qui passe par mes toilettes, prouvant que la dalle n’est pas étanche autour de ce tuyau). Lui, aussi. Toujours pied nu, je suis remonté en glapissant « la coupure générale, c’est où », il n’en savait rien, et, consterné, ma désigné la cave en disant « faut demander le laboratoire » (qui dit restaurant dit laboratoire, lequel est dans la cave. Toujours pied nu et à demi trempé, j’ai descendu 4 à 4 l’escalier de la cave en hurlant « s’ils vous plait !!! Y’a quelqu’un », dans une scène digne de Titanic, le navire étant mon appartement. Au fond de moi-même, la conscience hurlait « pauvre con, arrête la panique, remue moins les poignets et plus les méninges !! », je savais que c’était la chose à faire mais j’entendais le bruit de la flotte depuis la cave. Un type est apparu, devant mon air catastrophé et mes demandes répétées de couper l’eau, m’a suivi, jusqu’à mon palier. De l’extérieur, on entendait la cascade. L’autre type était devant la porte ouverte, consterné, regardant bêtement les chiens qui foutaient le camp. Rentrant dans mon appartement, j’ai vu avec épouvante la flotte déborder du barrage de serviettes et couler sur le parquet. Pire, la canalisation ouverte aspergeait l’interrupteur électrique. Je voyais déjà le disjoncteur sauter et plonger l’appartement dans le noir (en vrai, j’ai aussi pensé que j’étais moi même pied nu dans l’eau, ce qui était une très mauvaise idée). Le second mec, lui, se mettait à répéter « il faut arrêter l’eau, il faut arrêter l’eau ». Merci de l’info. Et puis soudain, l’autre, qui jusque là n’avait servit à rien d’autre que patauger en débitant un charabia dans une langue que je ne parle pas, a eu un éclair de génie. Levant la main, il a manœuvré une vanne situé à 20 centimètres du groupe de sécurité. La seule vanne présente, d’ailleurs, juste à coté du compteur d’eau. Instantanément, le flot s’est tari.

Et là, pieds nus dans la flotte glacée, j’ai eu honte.

Donc, la vanne de coupure d’eau de mon appartement, elle est là. OK. C’est logique, et c’est la seule vanne. Maintenant, je le sais.

J’ai repensé au point positif noté dans mon entretien annuel : « Lucidité, calme et résolution dans les situations délicates ». C’est la première fois que je suis confronté à la panique qui rend con. Si mes toilettes étaient 6 pieds sous l’eau, mon égo, lui, était 6 pieds sous terre. J’ai eu envie de pleurer. Comment, putain de sa race de merde, comment ai-je pu si mal réagir ?