J’ai une proposition un peu particulière à te faire : « La Cigale et son copain passent à Paris, (…) il m’a dit que ça ferait plaisir à La Cigale de te voir ».

L’idée de prendre quelques nouvelles de celui avec qui j’ai partagé 5 ans de ma vie me trottait dans la tête depuis quelques temps, et l’envie devenait insistante depuis quelques semaines. Et puis, je ne savais pas trop comment m’y prendre. En vérité, j’avais aussi un peu peur. Alors, quand j’ai lu ça… En fait, j’ai senti mon cœur bafouiller. Je pensais lui parler au téléphone, et j’avais l’opportunité de le voir. Dans l’instant, j’ai su que j’allais dire oui. Je voulais le revoir. Je voulais connaitre cet homme qui l’accompagne désormais depuis presque 2 ans. Et puis, narcissiquement, je voulais aussi lui montrer à quel point j’avais accompli ce que je n’étais pas parvenu à faire avec lui : construire ma vie. Vivre mes envies. Avoir des amis. Aimer un autre. Etre meilleur.

Je sentais bouillonner en moi une envie de plaire, une envie de flashback, une envie de montrer que j’existais encore, une envie de brandir notre passé comme on brandit un rainbow flag un jour de gay pride : fièrement, comme un défi aux autres. J’y sentais le danger malsain de comparer. Son homme et le mien. Moi et son homme. Lui et le mien. Sa vie et celle qu’il exigeait. La mienne et celle que je voulais. Son couple actuel et son couple passé. Mon couple actuel et le sien. Qui avait gagné dans cette rupture ? Qui avait eu ce qu’il voulait ? Qui restait au bord du chemin ? Avec cette question, je sais pourquoi depuis quelques temps, je me sentais prêt à le revoir : parce qu’au fond, avec un mélange de prétention honteuse et de satisfaction malsaine, j’avais le sentiment que moi, je n’étais pas au bord du chemin. Je n’avais pas peur, parce que j’avais la conviction que son éventuel bonheur ne me rendrait pas jaloux. Au plus profond de moi, ce que je disais lors de notre rupture n’étais pas un vœu pieu, une parole de raison un peu contrainte : oui, je lui souhaite d’être heureux, sans moi, oui, le voir heureux me ferait plaisir. Parce que moi, sans lui, je le suis. Et donc parce que je ne veux pas que lui, sans moi, ne le sois pas.
Dans les jours précédents, pourtant, la tension montait. Heureux, impatient, angoissé. Je n’avais pas peur de lui, j’avais peur de moi. Comment allais-je réagir ? Pourrais-je éviter le lapsus malvenu ? Une jalousie ridicule ? Comment allait-il me parler ? Me regarder ? Comment rassurer E ? Et puis nous sommes arrivés dans ce restaurant. Le cœur battant, légèrement tremblant, arborant un parfait sourire de circonstance, nous sommes entrés.
Et puis on s’est vu.
Les yeux dans les yeux.
On s’est souri.
Il parait qu’on voit sa vie défiler, quand on est sur le point d’y passer. Que tout te revient, comme un petit film, à l'accéléré. Moi je dis que revoir un ex qui a compté, c’est un peu comme y passer. Tout revient d’un coup, des tas de moments surgissent, des souvenirs, des sensations, des instants. Les bons moments. Les pires, aussi.
Quand le petit film a pris fin, que nos regards se sont quittés, l’affaire était réglée. On n’était pas étranger, on avait un passé commun, mais un présent différent. Pas de regrets. Juste de l’estime.
Sacrée bonne soirée.