Quelques notes
Par Rouge-cerise le jeudi, avril 5 2012, 23:00 - Lien permanent
Je suis assis sur un strapontin de l’allée centrale du balcon du Casino de Paris. En face de moi, Aldebert nous explique avec une tonalité très rock qu’un ami, c’est quelqu’un qui vous connait bien et qui vous aime, quand même. Je ne pensais pas que ses concerts avaient une tonalité si rock. Le changement est important par rapport aux versions studio. Au point que le public, très éclectique, parait un peu décalé. Par exemple, ce gros homme à moustache, là, à gauche, ne semble pas tout à fait du genre à sauter en faisant hurler une guitare électrique. La mamie à canne, là, non plus. En revanche, la gamine devant moi, elle, est tellement déchainée que je n’arrive pas à l’imaginer écouter l’album studio. Quelle étrange petite. Elle est là avec sa mère, assise à sa gauche. Elle est à fond aussi, sa mère. Mais la petite… A plusieurs reprises, j’ai craint pour ses cervicales. Très minces, les épaules saillantes, je ne vois que son contour s’agiter entre la scène et moi, un peu comme une ombre chinoise. Mais une ombre chinoise dont la tête accompagne les rythmes par saccades, brutalement, alors que les épaules tressautent lorsqu’elle frappe dans les mains. A 11 ans, elle semble ressentir la musique au plus profond d’elle-même. Ca me la rend encore plus mystérieuse. Je me demande quels souvenirs elle aura de cette soirée, dans 10 ans, 20 ans, 60 ans.
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Je suis dans ce petit centre commercial assez désagréable de Courbevoie. On y trouve un supermarché bordélique et des commerces assez quelconques. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais -du sirop d’érable- ce qui me suffit amplement pour être de mauvaise humeur. Alors que je suis à la caisse, un vacarme de trompette vient subitement couvrir le son de Madonna que diffuse mon baladeur. L’œil noir, je cherche la source. Dans un coin de couloir, une petite troupe de 4 ou 5 musiciens, vêtus d’un tablier bleu de poissonnier, la soixantaine bien engagée, ont dégainé trompette à pistons et à coulisse, il y a même un petit tambour. On se croirait à la fête de l’omelette de Beaulieu sur Layon*. J’emballe d’ailleurs ma douzaine d’œufs dans mon sublime cabas U-Les nouveaux commerçants, et prends la direction de la sortie. Je suis contraint de passer devant l’orchestre. En y arrivant, je souris. Devant l’orchestre, une mamie et son cabas à roulette à carreaux vichy, recroquevillée dans son pardessus en toile beige, dodeline de la tête. Je jurerais même que sous sa pelisse sans forme, elle remue le bassin au rythme de la fanfare. Une main dans la poche, l’autre agrippée à ses provisions, indifférente aux passants, elle fixe les musiciens en suivant le rythme. Elle détonne. Je me demande ce qu’elle ressent. Ces notes de fête de village lui rappellent elle ses jeunes années ? La foire annuelle ? Est-elle là en groupie de son mari, ce petit vieux au crane d’œuf maniant le trombone avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir ? Est-ce son amant, le remplaçant de feu son mari ? S’appelle-t-elle Jeanne ? J’hésite à m’arrêter. Non pour la fanfare, mais pour la scène. La petite vielle devant les trompettes d’un centre commercial comme les jeunes devant les baffles d’une rave. J’ai envie de prendre une photo. Je n’ose pas. Je me dis que je pourrais le bloguer. C’est plus amusant que cette autre vieille, 50 mètres plus loin sur le petit chemin du centre commercial, assise sur un tabouret pliant, qui regarde les pieds des passants en essayant presque de cacher de ses doigts noueux les inscriptions du petit carton qu’elle tient sur ses genoux. « J’ai faim ».
* Ce détail vous est offert par Joss Davril. L’anecdote vient toujours de nulle part.
Commentaires
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Mais qui est ce ... Joss Davril dont vous gratifiez sans cesse vos derniers billets dans des post-scriptum aussi étranges qu'énigmatiques ?