A quelques jours du second tour, 3 choix restent possibles :

  • L’absention : être citoyen, c’est des droits, mais aussi des devoirs. Il faut aller voter. Je voterai.
  • Le vote blanc : certes, cela signifie : ni l’un, ni l’autre. Choisir de ne pas choisir, se laisser porter par le courant. Sauf que l’un ou l’autre emmenagera forcément à l’Elysée. Le blanc n’est pas comptabilisé, ça revient à s’abstenir. Même si ça m’ennuyait autant de voter blanc que voter pour l’un ou l’autre, ça ne serait pas mon choix. Parce qu’il y en a toujours un qui est moins pire que l’autre. Toujours. Cette année, comme les précédentes.
  • L’un ou l’autre des candidats.

Ce n’est pas pour rien que je reprends mon introduction d’il y a 5 ans. Il y a 5 ans, j’étais tenté par le blanc. Pour les raisons évoquées ci-dessus, j’avais renoncé à cette idée. Cette année, la finale se fait entre le président sortant, Nicolas Sarkozy, et le candidat désigné par des primaires ouvertes à tous organisées par le parti socialiste, François Hollande.

Il y a 5 ans, indécis, j’avais examiné en détail les programmes des candidats.

Cette année, les candidats qualifiés n’ont pas un catalogue de mesures toutes plus belles les unes que les autres. Et parce que cette année, l’un des deux est sortant, et c’est donc sur l’expérience passé que l’on peut juger. Car croire qu’un homme au pouvoir depuis 5 ans peut changer, c’est faire preuve de naiveté. Son action passé est le meilleur indicateur de son programme à venir.

Cette année surtout, le monde et l’europe sont en crise. Victime d’un excès de crédit et d’une mauvaise organisation politique dans le cas de l’Europe. Cette organisation politique aurait d’ailleurs été bien meilleure si le traité constitutionnel de 2005 avait été adopté. Mais passons.

Cette année, je ne veux donc pas me prononcer sur des catalogues de mesures. Car le futur sera rude de toute manière, et plutôt imprévisible. Il faut donc se décider sur la direction générale, et la méthode employée.

Nicolas Sarkozy a fait preuve, en 5 ans, de ses qualités de tacticien et de dirigeant. A chaque crise, il a réagit très vite, avec vigueur, emportant souvent la décision par l’effet de surprise. C’est une qualité en cas de gros temps passager. Cependant, il a fait preuve aussi de son absence de vision stratégique et de long terme. En faisant naitre une Union pour la Méditerranée dirigée par 5 tyrans, tous chassés par leur peuple 4 ans après. L’un même accueilli en grande pompe en 2007 à Paris et bombardé sur son sol en 2011. En plaçant des personnages mineurs à la tête de l’Europe pour garder les coudées franches. Atlantiste au début, en réintégrant l’OTAN, ultra-Européiste ensuite, en ne voyant de salut que dans la copie de l’Allemagne. En bombardant la politique de la BCE avant de la louer. En enchainant les débuts de réformes (assurance maladie, régimes spéciaux de retraite, université, fiscalité avec la TEPA et la suppression de la taxe professionnelle…) sans jamais aller au bout, par peur de l’affrontement avec des syndicats cajolés au nom de l’ouverture avant d’être brocardés aux élections. De la direction générale de son quinquennat, on retiendra qu’il n’y en a pas eu pour la France, mais qu’il y en a eu pour des intérêts particuliers : ceux de ses amis, surtout les plus riches. Des transmissions d’héritages exonérées d’impôts au bouclier fiscal en passant par la tentative de placer son fils diplômé de rien à la tête d’une des plus grandes zones d’activité d’Europe. On retiendra aussi que sa célérité à courir en Russie pour arrêter une guerre en Géorgie (avant de complètement oublier le sujet) était aussi grande que celle pour foncer sur le lieu d’un fait divers et y annoncer de nouvelles mesures répressives, souvent retoquées par le conseil constitutionnel. Absence de pondération, qui s’est ensuite traduite par des mensonges toujours plus gros (le meilleurs étant lorsqu’en pleine campagne, il affirma n’avoir jamais voulu vendre de nucléaire à la Libye, information démentie par les discours disponibles sur le site internet de l’Elysée), et une tentative de mettre au pas les contre-pouvoirs, à commencer par les médias. D’abord en nommant les directeurs des chaines radio et télévisées publiques, ensuite en faisant espionner par des procureurs aux ordres les journalistes trop curieux. En fait, il n’avait pas menti : il y a 5 ans, il avait proclamé sa foi dans le volontarisme. Le volontarisme, c’est croire qu’il suffit de dire les choses pour quelles se fassent. C’est un peu comme la méthode Coué. Chacun sait que ça ne fait illusion que peu de temps. La méthode ensuite a consisté à désigner des boucs émissaires. Les Chinois et leur Yuan sous évalué. Les chômeurs qui ne veulent pas travailler. Les Grecs et leurs mensonges (problème annoncé comme réglé tous les 6 mois, finalement toujours pas). Les paradis fiscaux (problème annoncé comme étant réglé par deux fois, finalement toujours pas). Les Anglais et leur économie désindustrialisé (enfin, jusqu’à ce que les statistiques Européennes montrent que la France l’est encore plus). Les roms et leurs camps sauvages. Les banquiers et leurs traders qui spéculent. Les immigrés qui viennent exploiter la protection sociale des Français. Enfin, les sites internet terroristes après l’acte barbare d’un fou de dieu (qui est devenu fou de dieu dans les prisons insalubres de la république, cependant).

5 ans après, on obtient une république à bout de souffle, où jamais la liberté, l’égalité et la fraternité n’ont été aussi conditionnés au privilège de la naissance. Et où jamais la vulgarité des nouveaux riches et des nouveaux puissants n’a été aussi arrogante et sûre de son fait.

De l’autre coté, nous avons François Hollande. Sans expérience autre que celle d’avoir été élu local depuis 30 ans, et maitre du parti socialiste pendant 10 ans, dont les 5 années de gouvernement de gauche plurielle Jospin. Enfin, sa réputation s’est faite sur l’image d’un homme de consensus, sensible aux rapports de force et plus apte à en recoller les morceaux qu’à constituer son propre pré-carré. Il fut en cela assez mauvais lors de ce fameux référendum constitutionnel. L'expérience l'a marqué, dit il. Difficile d’y voir une direction ? Pourtant, l’homme a des convictions. Diplômé en droit et à HEC, puis à l’ENA, maitre de conférence en Economie, sujet dont il sera chargé de mission sous Mitterrand puis en devenant magistrat de la cours des comptes. Il a arraché son ancrage sur une terre d’adoption rurale, la Corrèze de Chirac. Jospiniste dès le début 1990, il a disputé à Aubry l’héritage de Jacques Delors en prenant la présidence du club « Témoin » en 1993, s’inscrivant toujours dans une démarche sociale démocrate et Européenne, et inscrivant le PS dans cette voie à partir de 1997. On retrouve cette influence Keynesienne dans sa volonté (inflexible jusque là) de refuser le dernier traité Européen en l’état, c'est-à-dire sans prendre en compte le besoin de croissance, volonté justifiée par le réaliste : La croissance est la méthode la moins douloureuse socialement pour apurer la dette, là où la seule austérité a fait la preuve de son inefficacité.

Depuis 2011, il a dirigé sa campagne sur une seule priorité : la jeunesse. Et un thème : la justice. Pour le reste, il se présente en réaliste, avec 60 propositions principales qui, toutes, vont dans cette direction, depuis la modulation des tarifs d’eau et d’énergie à la révision du quotient familial, en passant par la réglementation des loyers dans les zones tendues et la séparation des banques de dépôt de d’investissement, ou encore l’extension du crédit impot recherche et l’amorce d’une transition énergétique avec la baisse de la part du nucléaire dans le mix énergétique. Il ne ment pas, en prévenant que les impôts devront augmenter, mais veut le faire avec justice. Enfin, il étend cette exigence de justice aux institutions, en assumant le non cumul des mandats portés par Martine Aubry lors de la rénovation du PS et en garantissant le retour à une nomination des directions de média public par une autorité indépendante. Le fait est que depuis 1 an, il ne dévie pas, et sa campagne est marquée par la cohérence et le sérieux. Lui qui était présenté en homme faible n’a plié sur rien. Son programme est celui qu’il annonçait il y a 1 an. A l’entre deux tour, il précise qu’il ne ferra aucune tractation.

Si le bilan de l’un est un zig-zag permanent, le programme de l’autre est d’une rigueur à la limite de l’ennui. Pour mon pays, je choisi l'ennui de la justice et de l'effort assumé à l'agitation tapageuse et injuste qui détruit l'idée de vivre ensemble.

Le changement, c'est maintenant.