Quand tu dis à un collègue que tu es allé à Amsterdam pendant une semaine, généralement, un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Ensuite il te demande si tu as fumé.
Nan.
Nan, je n’ai rien fumé. Innocent jusqu’au fond des bronches, je n’ai pas passé la porte d’un coffee shop. Ca sentait à tous les coins de rue, mais non. Pas envie. Je ne sais même pas ce que je demanderais là dedans. Evidement, le collègue ne le croit pas. Voire, il commence à se méfier et penser que je cache des choses.

« Et alors, le quartier rouge… ? » tente-t-il avec un air de vieux beauf. Je l’imagine devenir un vieux libidineux genre Bénichou dans l’émission de Ruquier. Avec la voix grasse et des grandes oreilles de vieux.
Nan.
Nan, je ne suis pas allé aux putes. Bon, j’ai bien vu le quartier rouge. Evidement. De toute manière, avec des femmes en vitrines à moins de 500m du palais de la Reine, c’est difficile de les éviter. J’en fais des tonnes dans l’explication. La jeune pute, en string dans des poses suggestives, la pute boudeuse, qui est plongée dans son iphone, la pute rageuse, avec son corset en cuir et ses cuissardes, la pute 2 pour le prix d’un, avec sa copine en vitrine, la funky-pute qui, me voyant main dans la main avec #Chéri, fait coucou et un cœur avec les mains, et la pute travailleuse, avec le rideau tiré. Parce que oui, quand on dit que les femmes sont en vitrine, ça veut dire que la vitrine est aussi la chambre. Quand les néons sont allumés mais que la pute tire le lourd rideau de velours rouge, il n’y a pas que le rideau qui est tiré. Si tu vois ce que je veux dire. Hin-hin-hin. Bénichou. Et puis il y a la vieille pute. Pas vraiment dans le quartier rouge, plutôt dans des rues annexes. Tout proche de notre appartement, il y en avait une. Sa vitrine était presque cachée, à demi enterrée. La première fois que je l’ai vu, j’ai presque eu peur. Vieille. Et heu... vieille, quoi. La vieille belle qui tente de se maintenir. Et passé un certain âge, les vêtements ne sont pas seulement un argument thermique*. Au premier coup d’œil, ça fait étrange. Madonna sans photoshop. Déjà, une femme qui racole en vitrine, ce n’est pas complètement naturel pour moi, mais une femme qui pourrait être ta mère (pas la mienne, ok ?) qui racole en vitrine, tu vois, nan. Ta gueule, Bénichou.

Comme je vois que mon collègue commence à penser à sa mère et que ça le gène, je zappe. « Et aussi, c’est dingue le nombre de drapeaux gays, partout. C’est vraiment ultra-open, tu vois. Bon, par contre, je n’ai pas vu de mec en vitrine ». Je sens que je perds mon Bénichou. Y’a un truc qui coince, là. Je n’insiste pas. Je zappe encore. Je parle du Gezellig. Du thé à la mente dans les petits bars. Des sandwichs chauds au gouda. Je parle des canaux bordés d’arbres. Du grelot des vélos qui remplace le klaxon des voitures. Des boutiques improbables, spécialisés en nœud papillon ou chaussettes multicolores. Je parle des ponts de pierre, de fer, mobiles, fixes. Des façades aux grandes fenêtres. Des péniches et des maisons flottantes.
En fait, c’est une ville où il doit faire bon vivre.

* Cette précision n’a évidement aucun rapport avec l’anniversaire de Ditom.