J’habite au dessus d’un restaurant libanais nommé Al Moudif. Enfin, j’habitais. Enfin, le restaurant était là. Il a fermé. Moi j’habite toujours. Lorsqu’il a fermé, je me suis dit que c’en était fini des parties de cartes endiablées jusqu’à pas d’heure en dessous de la chambre, et de la musique proche Orientale à base de vocalises interminables qui font que la nuit l’est aussi.

Pendant quelques semaines, nous nous sommes demandés avec #Chéri ce que deviendrait ce local. L’idéal aurait été un cabinet d’assurance, ou mieux, une banque. Quand on connait les horaires d’ouvertures de ces établissements, on ne peut que souhaiter être le voisin du dessus.

Et puis, des travaux ont commencé. On s’en est rendu compte quand des bruits de burin se sont manifestés le dimanche à 9h. La confirmation est venue des tombereaux de déchets variés allant d’un téléviseur à une literie complète en passant par les bidons de gravats se sont mis à encombrer la porte cochère. Le téléviseur est demeuré dans une flaque pendant 3 semaines. La literie, pareil. En revanche, je crois que le petit mot dans les communs expliquant pourquoi les travaux avaient lieu surtout le weekend et que le nouveau propriétaire en était vraiment navré et présentait ses plus plates excuses mais invitait tout le monde pour l’inauguration n’est pas resté très longtemps. J’en viens à croire qu’il n’a jamais été affiché. Un oubli, sans doute.

Rapidement, il est devenu évident que le restaurant libanais devenait un autre restaurant, genre turc. Ce fut d’autant plus évident qu’un énorme tuyau ayant vocation à évacuer des fumées de cuisine a été installé dans le fracas du perçage d’un mur principal. Les poussières qui ont envahi les communs n’ont, elles, pas été évacuées. Un oubli, sans doute.

Après les odeurs de plâtre, puis de peinture, puis après que les détritus dans l’entrée fussent partis pour être remplacés par d’autres, est venu le jour où la vocation du lieu s’est précisée par une carte disponible devant l’entrée. Restaurant oriental à 9.5 euros le plat principal, une vague allure de snack qui fait espérer que la clientèle sera surtout celle des employés des tours, à midi. Le petit mot indiquant l’ouverture n’a pas été oublié, sur la porte d’entrée. Pas d’oubli, bien sûr.

Le petit mot indiquait une ouverture lundi 21 mai 2012. Aujourd’hui.

Hier soir à 22h, après un weekend complet où il ne se passa absolument rien, le nouveau tenancier n’avait rien de mieux à faire que des trous à la perceuse dans les murs.

Son sens des priorités me laisse bon espoir que son affaire sera gérée en dépit du bon sens et qu’une faillite est inévitable. Je ne peux qu’espérer que le nouveau gouvernement socialiste, dont je me réjouis de la composition, revienne rapidement sur la TVA réduite pour la restauration afin de hâter la déconfiture.

Et qu’une banque ou une assurance le remplace.