Rouge-cerise.net

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mardi, août 24 2010

Une table et des roues

Une visite décidée une petite dizaine de jours avant, et 2 jours de plaisir à recevoir Rod et Cri au Mans. Une certaine pression pour moi, car recevoir cooking-gaga quand on n'est pas très doué en cuisine c'est quand même prendre un risque conséquent. A vrai dire, je comptais un peu sur le siège arrière de la Kawette pour faire oublier les imperfections des assiettes. Astucieusement, j'avais d'ailleurs opté pour des menus participatifs: en allant au marché ensemble, nous allions trouver les vivres du weekend et ensuite, les cuisiner ensemble. Finalement, j'ai d'ailleurs surtout fait l'assistant puisque c'est Rod qui officia au brunch, à la tarte tatin et à la moitié des crèpes aux champignons (allez revient à la maisoonhonhon, j'te f'rai des...), et Cri qui se chargea du poulet dominical.

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Nous avons donc sorti les motos samedi et Cooking-gaga s'est installé derrière moi, comme une évidence, sous l'oeil consterné d'un Cri au poussin délaissé. Et nous voila partis pour 160 km de plaisir. L'allure fut parfois soutenue afin de profiter au mieux des quelques petits virages Sarthois. J'ai constaté que mes 2650km du #MotoTour2010, et surtout les virages du Tarn, avaient créé leur petit effet: je me suis engagé dans des virages un peu serrés avec une tranquilité et une facilité que je ne me connaissais pas. Cooking-gaga, après un briefing à l'entrée de la D6 pour lui rappeler que normalement, la moto n'est pas censée tourner toute seule à cause des mouvements du passager, était devenu très sage. Serré contre moi, je ne sentais plus son poid. Peut être un effet de l'apesanteur? En tout cas, que Cri se rassure, il ne m'a pas tripoté, moi...

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lundi, juillet 19 2010

Des laitues et du CO2

« La solution contre le CO2, c’est de planter des laitues en amazonie et ne pas les manger ».

C’est beau, c’est conceptuel, c’est ambitieux, ça a le sens de la formule et c’est parfaitement creux, bref, c’est du Vinzniv des grands jours. En l’occurrence, c’était un soir, mercredi soir pour être exact. Nous étions aux 7 plats, un restaurant très convenable du Mans, avec Lolotte et son homme, plus @vinzniv en guest star de dernière minute. Et le truc bien, c’est qu’en plus, il assurait le spectacle en défendant l’indéfendable : la supposée écolo-attitude de Lolotte. Là, normalement, tu commences déjà à ricaner. Dire que Lolotte est écolo, c’est un peu comme dire que son décolleté était décent : on aimerait bien mais c’est indéfendable. Il n’en fallait bien évidement pas plus pour motiver Vinzniv de partir à l’aventure. D’arguments en contre arguments, le débat a fatalement sombré dans une conceptualité à faire frémir un artiste contemporain maudit et, l’orateur se trouvant subitement en difficulté, décida que plus c’est gros, plus ça passe, et tira donc cet argument comme un joueur de l’équipe de France tire un but : à tout hasard. Stupéfaction, saisissement, il fit un effet bœuf comme celui qui garnissait nos assiettes (mes lecteurs peuvent noter mon talent pour la transition). Bœuf plutôt bon, comme son accompagnement, lequel fut spécial pour Lolotte (rien que des frites), mais un peu gâché pour @Vinzniv par la trop grande cordialité de la serveuse. Et oui, c’est là tout le drame de la province, qui associe à des tarifs décents un sourire assez prononcé pour être suspect, @Vinzniv a même estimé qu’elle se droguait, mais c’est son coté #psycho, lequel coté psycho dut être enchanté par les visions féériques des chimères (transition, transition !) du Mans. Dans les rues, sur la cathédrale, sur les remparts. Je suis d’ailleurs assez satisfait de mes photos, visibles sur Flickr.

vendredi, juillet 2 2010

La clef

Il y a la clé du cadenas d’une boite à secret d’enfant, cette petite boite à jouets en fer blanc, qui, à 8 ans, renferme les fortunes de cour de récréation. Quelques billes précieuses, un joli caillou, un bijou de pacotille, le pécule de la petite souris, une petite voiture et un trombone tordu.

Il y a la clé d’une voiture, repliable, technologique, dotée d’un système compliqué d’antivol, qui traine sur les tables et au fond des poches, clé tellement quotidienne qu’elle en est invisible, et qui sent un peu le gasoil pour avoir trop ouvert la trappe à carburant, clé au parfum d’effort quotidien pour aller travail mais aussi de liberté vacancière.

Il y a la clé du journal intime d’une adolescente, clé un peu ridicule, anodisée rose, gadget, qui se tord un peu à chaque fois qu’elle est utilisée, qui ne protège que fort mal des secrets pourtant capitaux. Phrases de haines jetées sur une page, incantations vaudous contre un prof, lamentations au sujet de l’indifférence du plus beau garçon du lycée, gribouillages illisibles.

Il y a la clé sophistiqué d’un coffre fort privé, dissimulé derrière une reproduction d’un tableau de Picasso dans un manoir Percheron. Clé ancienne, étrange, ouvragée, polie, glissant sans bruit ni effort dans sa serrure, précieuse, gardant sous son contrôle quelques titres de propriétés, des bijoux de famille, des vieux papiers de l’emprunt Russe, un lingot d’or à la provenance inconnue à coté d’une vieille bourse de cuir chargée de quelques Napoléons.

Il y a la clé d’un cadenas en laiton caché sous un lit conjugal, et qui verrouille un lien de poignet en cuir noir, usage nocturne, usage secret, à la fragrance d’alcôve et de stupre, de transgression et de fantasme, petite clé chargée d’émotion parfois forte, de confiance et d’amour.

Il y a la clé d’un tiroir de commode en chêne, héritage de famille, avec sa clé en fer un peu rouillée actionnant un mauvais mécanisme plein de jeu. Cette clé ne tient pas vraiment dans son logement, et tombe à chaque fois que la porte est manœuvrée. Elle protège quelques vieilles photos de mariage, un livret de famille, des stylos qui ne marchent plus, quelques pièces et un vieux billet libellé en Francs.

Il y a enfin cette clé de porte d’entrée, appartement 231 d’un immeuble nommée Molière. Cette clé qui est le triple d’un trousseau fourni à l’arrivée dans les murs. Cette clé qui est mienne, qui était sienne et qui, jusqu’à ce matin, était encore à son trousseau. Symbole absolu d’une vie de couple, symbole déchu qui n’était pas encore rendu. Clé détachée, clé restituée, dans un instant de gène un peu mutuelle. Cette clé d’amour gaspillé, je l’ai saisie en feignant l’indifférence alors qu’elle me brulait la main et me piquait les yeux. Incapable de le regarder, lui. Regard fuyant, envie de pleurer.

Vite, je l’ai reposée sur un meuble.

Clé célibataire qui peut être, un jour, retrouvera propriétaire.

jeudi, juin 10 2010

Le car et le fantôme

Quand j’étais à l’école primaire, je déjeunais à la cantine. Comme il y avait une seule cantine pour les 3 écoles du village, un car effectuait un ramassage des élèves. C’était une compagnie de car de la région qui effectuait cette prestation. Nous avions normalement toujours le même véhicule, de couleur noire, jaune et verte, dans mon souvenir. Il n’était par tout récent, mais restait quand même assez moderne et c’était un vrai car de voyage. Les sièges, montés en hauteur par rapport au couloir, étaient assez confortables, avec des accoudoirs, il y avait deux téléviseurs, hélas toujours éteints. Il y avait même de la moquette au sol. Nous avions aussi toujours le même chauffeur, un type à l’air jovial et au gros ventre proéminent. Mais je ne me souviens plus de son prénom. Il nous attendait, au volant, en écoutant la radio. Une fois où deux, même, il s’était assoupi et la dame qui nous accompagnait avait du taper au carreau pour le réveiller. Inutile de dire que les gônes que nous étions en rigolaient bien, et que les jours ou le chauffeur dormait, le scoop faisait le tour de la cour de récré. Je crois qu’il nous aimait bien, le chauffeur, et s’amusait aussi à maintenir l’ordre dans son bus. Quand l’un de nous était trop agité à la montée, il se levait, faisait la grosse voix et les yeux ronds, choppait le coupable et lui donnait un coup de ventre. Le gosse rebondissait et tout le car se marrait, même la victime, car c’était plutôt drôle. Une fois, au retour, le car était en retard. Pour tenter de nous éviter de manquer quelques précieuses minutes de classe (ce dont nous nous contrefichions éperdument), le chauffeur effectua le trajet en un temps record, engloutissant les virages à toute allure, alors que nous, jeunes inconscients, nous gueulions « chauffeur, si t’es champion, appuieeeheuu, appuieeheuuu, chauffeur, si t’es champion, appuie, sur l’champignon ». C’était n’importe quoi, mais j’en ai encore le souvenir !

Et puis un jour, à 11h45, le long du trottoir, ce n’était pas le car de la cantine qui attendait. Enfin, pas le bon. Au lieu de notre magnifique car de voyage, le gros chauffeur patientait dans une sorte d’antiquité toute en tôle cabossée, gris et jaune, affreux. Dans un bruit d’air comprimé et de grincement lugubre, la porte s’ouvrit lentement. L’engin était anémique. A l’intérieur, la stupeur se transforma en consternation : les sièges ressemblaient à des banquettes de deudeuche, avec des tubes directement arrimés au plancher plat, en tôle grise et lisse, et le tissu était tellement usé que parfois, on voyait une mousse jaunâtre pourrie qui sortait. Il y avait bien des porte-bagages, eux aussi en tubes avec des filets. Le chauffeur n’avait pas l’air très content et, lorsqu’il démarra le moteur, toute la carcasse se mit à vibrer dans un boucan effroyable. Au démarrage, nous laissâmes derrière nous une fumée bleue-noire puante. Inutile de dire que le trajet fut parfaitement inconfortable. Le véhicule craquait dans tous les sens et nous rebondissions sur les mauvais sièges au moindre passage surélevé. Les gamins que nous étions ne pipions pas un mot, nous contentant de nous regarder les uns les autres en se demandant qui allait se mettre à hurler de terreur le premier. Revenu d’outre-tombe, le car devint connu sous le nom de car fantôme. Pendant quelques temps, une ou deux fois par mois, nous avions droit à cette vieillerie. Jusqu’au jour où, au lieu du car habituel, au lieu du car fantôme, nous attendait un palace roulant à deux étages, tout neuf, tout arrondi de partout, avec des téléviseurs et même des toilettes à l’intérieur, et des ceintures de sécurités que nous n’attachions pas un l’escalier en colimaçon pour monter à l’étage. A l’étage, il y avait d’ailleurs une caméra qui permettait au chauffeur de voir ce qui se passait. Des concours de conneries devant l’objectifs furent organisés, pour le plaisir d’entendre le chauffeur rugir dans le micro en menaçant de monter faire la loi. Aucun risque, on savait bien qu’il ne passerait jamais dans l’escalier. N’empèche, ce jour là, inutile de dire que nous nous sommes précipités dans une joyeuse cohue et un fameux vacarme, sous l’œil amusé du gros chauffeur. Le car fantôme avait du rejoindre sa dernière demeure.

Quelques années après, j’ai appris qu’un jour, le chauffeur n’a pas ouvert la porte lorsque le troupeau d’écolier a rejoint le bus. Et n’a pas répondu non plus lorsque la dame a frappé au carreau. Au volant du car de la cantine, il s’était tellement endormi qu’il était mort. Une crise cardiaque, affirma le journal le lendemain. Le scoop fut énorme dans la cour de récré et assura la popularité de ceux qui mangeaient à la cantine pendant plusieurs jours. Ce qui est certain, cependant, c’est qu’il n’y avait plus de car fantôme, mais qu’il y avait un fantôme dans le car.

mercredi, juin 2 2010

Du papier, une plume et un timbre

Après deux weekends assez intenses, le calme était revenu samedi et dimanche dernier. Le temps, d'ailleurs, était au diapason: ni beau, ni mauvais, un mélange désagréable de crachin et de rayons de soleils froids. Assez beau pour culpabiliser de ne rien faire, pas assez pour donner envie de faire quelque chose. Du coup, j'en ai profité pour découvrir plus intensément Adobe Lightroom. Avec ce logiciel, j'ai réalisé deux chose: la première, c'est que la capacité à retraiter les photographies numériques est aussi prodigieuse qu'effrayante de simplicité. La seconde, c'est qu'en revanche, si la base est trop mauvaise, il n'y a rien à faire. J'ai compris ainsi ce que signifiait l'expression "bruler les tons clairs". Dimanche, cependant, presque affligé par mon inactivité du samedi, et après une longue hésitation, j'ai fini par me rendre à l'abbaye de l'Epau (oui, c'est la saison des abbayes en ce moment chez moi) ou se clôturait le festival de musique du même nom. En l'occurrence, il y avait une sorte de marathon de chorale, des troupes se produisant sans interruption tout l'après midi. Le cadre est adapté: L'abbatiale, désormais propriété de la région, dépouillée de toutes ses ostentations religieuses, est une salle de spectacle intéressante: respectant à la perfection l'architecture en croix des édifices chrétiens, les artistes sont positionnés dans le coeur et des tribunes sont installées dans la nef et le transept. J'étais parti avec mon appareil photo, et j'ai un peu regretté la trop grande organisation de l'évènement: j'aurai aimé pouvoir déambuler dans le bâtiment en écoutant d'une oreille distraite les chanteurs exercer leur tessiture.

Lot de consolation, j'avais découvert une lettre dans ma boite. C'est aggréable, une lettre, sur du papier, écrite. Tombé dans le tout électronique, j'avais totalement oublié la douce excitation ressentie à la réception d'un pli, l'impatience presque sensuelle à décacheter l'enveloppe, le bruit des feuillets que l'on déplie et l'intense personnalité d'un message manuscrit comparé aux caractères normalisés d'une dactylographie. J'ai d'ailleurs savouré le plaisir en attendant d'être sous les voutes de l'Epau pour ouvrir cette lettre, découvrant une écriture régulière, homogène, écrite à l'encre liquide bleue sans que je puisse savoir si c'est l'oeuvre d'une plume ou d'un stylo. Caché en haut d'une tribune, tandis que les choeurs résonnaient, mes yeux courraient sur les lignes de cette courrier à la fois attendue et inespérée. C'était plaisant, bien écrit, doucement ampoulé, presque ironique peut être, léger tout en conservant un certain retrait.

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Et puis, au delà du fond, il y avait le retrait lié à la simple forme. J'imaginais mon interlocuteur, face à sa table, la plume à la main, réfléchir à sa phrase, écrire, s'interrompre, chercher un mot, une conjugaison, laisser son regard s'échapper au travers d'une fenêtre, revenir à son texte, tracer quelques mots, une phrase, et la conclure d'un point. La lenteur du processus qui ne permet pas la correction comme le fait le clavier d'un ordinateur, l'implication à écrire manuellement, à fermer l'enveloppe, y apposer un timbre, le temps ensuite passé par la missive achevée sur la table du salon ou dans la poche intérieure d'un manteau dans le vestibule avant d'être déposé dans une boite jaune du service des postes, tout celà transforme la correspondance, la renforce en un échange plus grave que quelques mots distraitement envoyés par SMS, twitter et même email.

En revanche, jamais je n'aurai connu, rencontré, puis lu l'émetteur de cette lettre si, justement, les réseaux électroniques n'y avait apporté une petite contribution.

vendredi, mai 28 2010

L'amirale

L'avantage de l'open-space, c'est que je profite des conversations de mes chers collègues hétérosexuels mariés et pères, les partage et les compare à ma propre vie. Contrepartie logique, j'ai acquis assez rapidement une réputation d'hédoniste cynique légèrement snob et précieux, à cause de mes dénégations les plus fermes sur mon accession potentielle à la parentalité, mes citations de Talleyrand, mes réguliers voyages à Paris ou j'ai souvent fini à Beaubourg ou la Comédie Française, ma méconnaissance complète des promotions de norauto et mes questions bizarres sur la possibilité de bruncher au Mans un dimanche matin. Réputation qui fut confirmée lorsque, dans un instant d'égarement, j'ai raconté être allé à un concert d'orgue à l'abbaye de Solesmes avec Incipio. Ce jour là, je n'avais pas terminé la première phrase de mon récit que je voyais au petit sourire de mon collègue que mon cas venait de s'aggraver.

Ceci dit, j'ai acquis en quelques mois de véritables connaissances en matière de formule 1, d'automobile sportive et familiale et dernièrement, de tondeuse à gazon. Tous ces sujets étant cependant frappés d'un paramètre à gérer comme le lait sur le feu: Madame. Mes collègues masculins ont d'ailleurs trouvé un surnom évocateur: l'Amirale.

S'ils demeurent persuadés qu'un jour, je me marierai et ferai des petits, ils m'encouragent absolument à profiter de la vie tant que je n'ai pas d'Amirale sur le dos (ce qui ne correspond pas vraiment à aller dans une abbaye écouter de l'orgue d'après eux, mais passons, ils ne veulent pas voir que préfère un matelot à une Amirale). De fait, le marketeux-hétéro-père de province, s'il se lâche au boulot, renonce définitivement à toute forme de leadership dès qu'il a franchi le portail de l'amirauté sa maison. D'ailleurs, l'Amirale fait remarquer aimablement qu'il faudrait le repeindre, le portail. Il n'est pas contre, d'ailleurs, puisque ça lui permettrait d'avoir la paix pendant une demi journée, mais c'est sans compter sur le fait que l'Amirale n'a pas vu sa soeur (qui a accouché il y a 4 mois) depuis 3 semaines, et qu'il faut donc absolument s'entasser dans le scénic pour aller la voir pendant un weekend. Un scénic, bien sûr, parce que l'Amirale a décidé un jour que le coupé BMW c'était bien joli, mais pas pratique. La mort dans l'âme, le mâle a alors mis la série 3 à 6 cylindres en ligne essence sur leboncoin.fr et opté pour la bétaillère familiale diesel. Depuis, les enfants ont maculé le plafond en faisant exploser un pom'pote à l'intérieur et un stock de beaux cailloux trouvés chez la belle soeur se promène dans le coffre, mais il n'ose pas les virer de peur de provoquer une houleuse réunion de l'état major à propos du droit des enfants à construire leurs passions. Déjà que le problème de la tondeuse n'est pas encore soldé...

Car oui, l'Amirale a un droit de regard sur tout et rien ne saurait se faire son approbation, y compris l'achat d'une tondeuse à gazon, et ça ne rigole pas: Sans doute aussi compétente en mécanique qu'en couture, elle exige l'achat d'un modèle thermique, tracté, sur roulements et surtout avec un carter en aluminium sinon ça rouille. Le collègue, qui sait bien que la mécanique de l'engin vendu par castorama rendra l'âme bien avant que la rouille n'attaque sérieusement le carrossage, tente vainement de se débattre (et sauver quelques euros), provoquant d'intenses débats dans l'open-space qui aboutissent tous à la conclusion unanime que le carter en alu, c'est de la frime et que l'Amirale, elle craint. Cultivant à plaisir ma réputation de provocateur anti paix des ménages, j'ai pour ma part perfidement milité pour un modèle électrique. Si, du bout des lèvres, ils admettent que pour 500m² de terrain plat, la question peut se poser, ils reviennent vite à la position du thermique tracté. Déjà, parce que l'électricité c'est un truc de pédé (et non de gonzesse, puisque l'Amirauté veut du thermique), et ensuite, justement, parce que l'Amirauté a statué et que contester, c'est faire sédition et ça... Brrr, surtout pas. Mais par contre, confirmé dans ses convictions par ses collègues, il va se battre jusqu'à la mort pour éliminer cette couteuse exigence de l'aluminium. Enfin, jusqu'à la mort, façon de parler, bien sûr. D'ailleurs, on pourrait plutôt en parler, justement, négocier, plutôt que se battre. Ou au moins, essayer de négocier? Si la situation s'y prête... Bon, c'est vraiment beaucoup plus cher, le carter alu? Parce que c'est vrai, quoi, pourquoi risquer la guerre civile pour quelques euros, après tout?

jeudi, avril 29 2010

frôlements à 300 à l'heure

Après le mariage (où mon texte connut un grand succès, je fis pleurer la mariée), je me devais de rentrer au Mans, et j'avais pour cela opté pour le TGV, parce que Lyon - Le Mans en 3h, c'est quand même bien pratique. Pour être exact, c'était un TGV duplex (c'est important pour la suite), et ma place était réservé au numéro 42, étage inférieur. C'était aussi la voiture de queue, ce qui signifiait qu'elle était un cul de sac et n'avait qu'un seul accès. Oui, cette précision à son importance. Après avoir installé mes affaires, je me suis installé et plongé dans un épisode de 6 feet under. Le petit manège à commencé.

Place 47, un jeune homme dormait lorsque je suis arrivé (pour la suite, on le nommera 47). Ou en tout cas, faisait tout comme, avec en plus un casque pour la musique. Il devait sans doute venir de Marseille, ou Toulon, ou une autre ville du Sud. Un second garçon s'est installé à coté de lui à Lyon, après manifestement avoir hésité et regardé plusieurs fois son billet, comme si ce n'était pas vraiment sa place. Il est vrai que dans les TGV, même si les places sont numérotés, sa propre place est parfois occupée et pour ne pas faire d'histoire, on se met ailleurs. Quoi qu'il en soit, 42, 46 ou 47, le passager monté en gare de Lyon Part Dieu s'installa au 46. Ce qui le baptise ainsi pour la suite.

Mon épisode était déjà passablement entamé lorsque j'ai constaté que les choses évoluaient.

46 ne parvenait pas à s'installer pour regarder, lui aussi, une video sur un iphone ou ipod touch. La faute à son voisin, 47, qui monopolisait outrageusement l'accoudoir. N'importe quel passager un peu observateur put remarquer l'agacement de 46. Un moment, il se releva à demi pour jeter un oeil sur le reste du wagon, manifestement à la recherche d'un place plus confortable. Hélas, le train était complet. Le temps passait, nous roulions depuis presque une heure et 46, semblant faire contre mauvaise fortune bon coeur, était parvenu à se caler convenablement. 47, lui, dormait toujours, ou feignait de le faire. Son bras débordait toujours amplement de son siège. A la réflexion, il débordait tellement qu'il était même quasiment contre la cuisse gauche de 46 (oui, de là où j'étais, je voyais tout!). Les mouvements du train aidant, sa main touchait par instant le jean Freeman Porter de 46, qui ne bronchait pas. Plusieurs fois, il tourna cependant la tête vers le dormeur et le dévisagea. Je me trompe peut être, mais je crois qu'il ne regardait pas seulement son visage. La chemise à demi ouverte de 47 laissait entrevoir une pilosité moyenne et entretenue. Et donnait envie au regard d'aller voir, hum… disons, plus bas encore. Ne nous mentons pas, la situation semblait louche, et tous mes sens étaient en éveil. 46 bougea soudainement, posant ses pieds sur le repose-pieds, et s'écarta pour laisser de la place à la main importune. Presque comme par magie, une secousse propulsa à nouveau la main droite de 47 contre lui. Je crus voir comme un léger sourire amusé passer fugacement sur les lèvres de 46. Et aussi, un léger mouvement de la main de 47, comme s'il cherchait volontairement à entretenir le contact par frôlements successifs.

Arrivé à ce niveau, mon episode de 6 feet under s'achevait. Résolument passionné par la tournure des évènements, je fis semblant d'en attaquer un second. Il semblait en aller de même pour 46, qui ne prêtait plus aucune attention à son film et s'ingéniait à gesticuler depuis 15 minutes pour se mettre hors de porté de 47, avec un petit sourire amusé et les yeux quand même un peu trop brillants. De frôlements en esquives, 10 minutes encore après, 46 était penché vers l'avant, regardant son baladeur, les avants bras sur les genoux. Le coude de 47 touchait franchement le flanc de 46, son poignet, qui reposait désormais presque objectivement sur la cuisse de 46, en frôlait aussi l'avant bras. Les oscillations du train aidant, je voyais, à intervalle régulières, le petit doigt de 47 se porter sur le bras de 46, qui feignait l'ignorance. Franchement, la situation était torride. Soudain, un mouvement plus brutal du train encouragea 46 à reposer ses pieds par terre, déséquilibrant l'instable imbrication des deux hommes. En quelques secondes, la main de 47 se retrouva finalement sur le coté intérieur de l'avant bras de 46, qui reposa son poignet et sa main tenant l'ipod sur son propre genou gauche. Nous en étions donc là: le bras complet de 47 était entre le corps et l'avant bras de 46, et sa main ouverte reposais sur le haut de la cuisse de 46, qui ne bronchait pas mais dont la respiration s'accélérait manifestement. Les yeux écarquillés, tous les sens aux aguets, j'attendais avec une véritable impatience la suite, certain d'être en train de vivre un truc énorme. Nous en étions à 1h35 de voyage, et mes sens ne mentaient pas: ce n'est plus les mouvement du train qui faisait osciller la main de 47. Clairement, indubitablement, je voyais son index caresser très subtilement l'intérieur de l'avant bras de 46, lequel répondait très doucement en bougeant peut à peu son bras et avant bras pour resserrer l'étreinte de 47. La situation se maintint ainsi 5 ou 6 minutes. 46 prit finalement l'initiative. En bougeant à nouveau, sa main gauche lâcha l'ipod et vint résolument se poser contre celle de 47. Lequel n'en demandait pas tant pour la saisir carrément. 46 ne manifesta aucun rejet. Encouragé, 47 bougea d'un coup tout son corps en direction de 46. Il vint poser sa tête sur son épaule, tandis que les deux mains enchevêtrés glissaient vers le haut et l'intérieur de la cuisse gauche de 46. Par la fenêtre du TGV, il me sembla percevoir très distinctement un arc en ciel.

De mouvement en mouvements, et comme les 2 protagonistes étaient assez tranquilles, en bout de wagon de queue de train, le blouson de 47 tomba sur leurs genoux respectifs, masquant l'activité de leurs mains gauches et droites. On voyait seulement, parfois, le tissus bouger étrangement. L'accoudoir avait été rangé depuis longtemps et ils étaient tous les deux serrés sur le siège le plus proche de la vitre, quasi invisible pour les autres voyageurs. Détail aussi, la main gauche de 47 finit sous le t-shirt de 46 et semblait jouer avec son nombril. 46 se laissait faire visiblement de bonne grâce. Sa propre main droite caressait discrètement le bras gauche de 47. Moins masqué que ce dernier aux yeux des autres voyageurs, il lançait cependant des regards inquiets autour de lui, de temps à autre. Un moment, 47 souleva a chemise légèrement pour montrer son propre nombril à 46. Ses lèvres bougèrent comme pour dire "oh, toi aussi?", ce qui m'amène à penser qu'ils avaient tous les deux un piercing à cet endroit là, ce qui explique le jeu de 47.

Nous en étions à environ 2h de trajet. Il ne restait qu'une heure. 46, collé à 47, avait sa tête tout contre celle de 47 qui lui posait discrètement de petits bisous en dessous de l'oreille gauche. Au départ de la gare de Massy, dans un murmure, 46 tourna la tête et sa bouche rencontra celle de 47. Il y a longtemps que je ne regardais plus 6 feet under, l'ipod se contentant de débiter une musique que je n'écoutais plus. Les deux protagonistes de la mythique rencontre gay du TGV 5350 parlaient doucement, les bras se frôlaient, il me semblait assez clair que la main gauche de 47 jouait discrètement avec le téton gauche de 46. Je n'ose raconter ce que l'autre main semblait faire. Régulièrement, 46 et 47 s'embrassaient, tout en jetant un oeil méfiant aux alentours. Mais le wagon était parfaitement calme. Nous étions à 35 minutes du Mans. Soudain, après que 47 eu parlé quelques secondes à l'oreille de 46, les deux se levèrent et s'engagèrent dans le couloir. Arrivé sur la plate forme, 47 jeta un oeil sur le voyant rouge indiquant que les toilettes étaient occupés, alors que 46 était déjà dans l'escalier. Ils montèrent à l'étage.

15 minutes après, ils revinrent. 46 affichait un petit sourire en coin. 47 avait manifestement tenté de masquer qu'il était très décoiffé.

Encore 10 minutes, et le train arrivait au Mans et je devais quitter cet incroyable wagon numéro 07. Forcément, 46 en fit autant, après un dernier baiser à 47 qui lui tendit aussi un morceau de papier.

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