Mercredi soir, sur Skype, Lolotte avait eu la bonne idée de m'encourager: "tu n'es toujours pas tombé, d'accord, mais tu verras, sur le lent, tu tomberas forcément. Tout le monde tombe."
Moi même, assez content de bien progresser, je commençais à angoisser à l'idée du premier vrai foirage et donc, de la chute.
C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai rejoint la moto-école vendredi soir pour mes cours 7 et 8. J'y ai retrouvé mes collègues habituels. Finalement, JC le moniteur est arrivé avec les motos, on s'est préparé, radio, blouson, gilet, casque, gants, et hop, sur la moto. J'ai constaté immédiatement que j'avais une Honda dont le cale pied gauche pilote n'avait plus de ressort, et celui passager avait disparu. Signe d'une gamelle. Parfait pour me rassurer.
Nous sommes donc parti et en vérité, je n'étais pas à mon aise. L'absence de ressort du cale pied le rendait trop mobile et je m'embrouillais en reculant le pied après les passages de rapports, du coup j'embrayais comme une merde et le moniteur a fini par constater depuis la voiture que je faisais de la grande improvisation. Plus je foirais, plus j'angoissais, et moins j'y arrivais. A force de ne penser qu'au pied gauche, j'en oubliai le droit qui restait sur la pédale de frein. Ca m'a pourrit la séquence sur route, qui est pourtant le meilleur moment. J'ai à peine savouré les virages de départementale. Chié.
Nous sommes finalement arrivés sur le plateau. Nous avons commencé par un tour de vérification de moto, puisque c'est l'une des épreuves du permis: niveaux des liquides, pneumatiques, amortisseurs, tension de la chaîne, fonctionnement et état des éclairages... Retour ensuite sur les motos. Mes collègues ont attaqué directement sur le lent, tandis que je refaisais quelques 8 et quelques exercices de lacets en jouant sur l'embrayage et le frein arrière. Ca fait comme ca: teuf teuf (ralenti semi embrayé), tourner à mort, vroum-vroum (un peu de gaz, embrayage por relever la moto), frein, teuf-teuf, tourner, vroum-vroum, etc... Ca allait à peu près.
Au bout de quelques minutes, satisfait de voir ma maitrise, JC fit passer les deux autres sur un autre parcours lent afin de libérer le premier pour moi. Le grand moment était arrivé et Lolote, sans doute par télépathie depuis Londres, me susurrait "tu vas tomber, tu vas tomber, tu vas tombeeeeeeeeer!"
JC me fit une démonstration. En vérité, il suffisait d'enchaîner les lacets comme avant, sauf en plus court et plus serré. Ca semblait bête comme chou. Finalement, je me lance. Vroum-vroum, teuf, oula c'est vraiment serré, hein, heu? teuf-vroum, oulala, vrouuuuum, flûte l'embrayage, teuf, mais qu'est ce qu'il fout là ce cône de merde? teuf-teuf-teuf, vroum, merde, manqué, vrouum-teuteuf, bigre, alleeeez, on sort du parcours, c'est un désastre. Sur 7 portes, j'avais zappé les deux dernières et posé 3 fois le pied par terre. Je retourne vers JC pour le commentaire.
"Ouais, la position est bonne et le regard aussi, ca va. Comme dit (JC est alsacien) je pense que d'ici la fin, tu devrais réussir à le passer presque correctement."
Alors là, il me semblait d'un optimisme béat, le JC. J'avais rien maîtrisé, tout improvisé et constamment retenu la moto avec les pieds. Par télépathie, Lolote murmurait "la chute! la chute! la chute!".
J'ai continué à essayer, et finalement la situation s'améliorait peu à peu. Enfin, elle s'est surtout améliorée quand j'ai compris qu'il fallait oublier les cône à éviter, et n'être que dans la préparation de la porte suivante: de toute manière, au moment d'en passer une, il est trop tard pour s'y positionner. Si on l'a mal anticipée, on la rate, c'est tout. Et JC avait raison: au bout d'une bonne demi heure, ca faisait teuf-teuf, suivante, position, regard, vroum, "ok", teuf-teuf, suivaaaante vroum, teuf-teuf, alleeez, coup de hanche pour aider à redresser, teuf, teuf, c'est bon, ca passe, suivante, pas regarder le cône, pas regardeeeer!, vroum-vroum, teuf, teuf, allez, le dernier, le dernier, on se bat pour l'avoir, teuf, vroum-vrouuum et c'est gaaaagnééé! Un passage complet, réussi sans poser le pied ni toucher un cône. Grosso-modo, je réussissais une fois sur deux.
JC semblait content et par télépathie, Lolotte s'étranglait de rage. Finalement, le temps passait vite. JC me dit d'en refaire un ou deux pour finir, puis de revenir à la voiture afin de s'équiper pour le retour. Je me relance sur le circuit, en pérorant par télépathie avec une Lolotte qui fulminait. Du coup, je n'étais plus très attentif à ce que je faisais. teuf, teuuuf, vroum-vroum-vroum, et je suis même pas tombé, teuf, teuf, en fait, le lent, c'est trop facile, vroum, on en fait une histoire mais il n'y a vraiment pas de quoi, teuf, teuf, teuf, d'ailleurs j'y arrive déjà bien, vroum-vrouuum, c'est pourtant simple, suffit de bien transférer les masses, teuf-teuf-teeeeuf-teuteuteu? heu? oula, attend, elle est ou la porte, là?, teuteufvrrruuuûûû, merde-merde-merdeuu, teuteteteteuuuûûû-PLOC-ouuuups?-CHBROOUUUUM!!
Et ben voila. Je me suis éjecté à temps de la moto, après l'avoir calée en plein virage, en étant mal positionné, inattentif, et donc bien incapable de réagir en débrayant pour éviter l'arrêt brutal, le déséquilibre... et la chute. Cette truie de Lolotte hurlait de rire pendant que je regardais la moto gisant par terre. Et merdeuuuu!
Un collègue est venu m'aider à la relever, pendant que l'autre me disait "et voilà, c'est ta première, mais c'est normal, moi aussi je l'ai fait tomber la semaine dernière". JC, magnanime, prenait un air blasé pour ne pas en rajouter à mon dépit. Il se contenta de vérifier l'état de la moto, suivit d'un "comme dit, si tu es bien positionné, même en calant, tu devrais pouvoir la rattraper. Ouéouéoué...
C'était l'heure de partir, on s'est équipé et on est rentré.
Prochain cours, lundi.
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