Après le mariage (où mon texte connut un grand succès, je fis pleurer la mariée), je me devais de rentrer au Mans, et j'avais pour cela opté pour le TGV, parce que Lyon - Le Mans en 3h, c'est quand même bien pratique. Pour être exact, c'était un TGV duplex (c'est important pour la suite), et ma place était réservé au numéro 42, étage inférieur. C'était aussi la voiture de queue, ce qui signifiait qu'elle était un cul de sac et n'avait qu'un seul accès. Oui, cette précision à son importance. Après avoir installé mes affaires, je me suis installé et plongé dans un épisode de 6 feet under. Le petit manège à commencé.
Place 47, un jeune homme dormait lorsque je suis arrivé (pour la suite, on le nommera 47). Ou en tout cas, faisait tout comme, avec en plus un casque pour la musique. Il devait sans doute venir de Marseille, ou Toulon, ou une autre ville du Sud. Un second garçon s'est installé à coté de lui à Lyon, après manifestement avoir hésité et regardé plusieurs fois son billet, comme si ce n'était pas vraiment sa place. Il est vrai que dans les TGV, même si les places sont numérotés, sa propre place est parfois occupée et pour ne pas faire d'histoire, on se met ailleurs. Quoi qu'il en soit, 42, 46 ou 47, le passager monté en gare de Lyon Part Dieu s'installa au 46. Ce qui le baptise ainsi pour la suite.
Mon épisode était déjà passablement entamé lorsque j'ai constaté que les choses évoluaient.
46 ne parvenait pas à s'installer pour regarder, lui aussi, une video sur un iphone ou ipod touch. La faute à son voisin, 47, qui monopolisait outrageusement l'accoudoir. N'importe quel passager un peu observateur put remarquer l'agacement de 46. Un moment, il se releva à demi pour jeter un oeil sur le reste du wagon, manifestement à la recherche d'un place plus confortable. Hélas, le train était complet. Le temps passait, nous roulions depuis presque une heure et 46, semblant faire contre mauvaise fortune bon coeur, était parvenu à se caler convenablement. 47, lui, dormait toujours, ou feignait de le faire. Son bras débordait toujours amplement de son siège. A la réflexion, il débordait tellement qu'il était même quasiment contre la cuisse gauche de 46 (oui, de là où j'étais, je voyais tout!). Les mouvements du train aidant, sa main touchait par instant le jean Freeman Porter de 46, qui ne bronchait pas. Plusieurs fois, il tourna cependant la tête vers le dormeur et le dévisagea. Je me trompe peut être, mais je crois qu'il ne regardait pas seulement son visage. La chemise à demi ouverte de 47 laissait entrevoir une pilosité moyenne et entretenue. Et donnait envie au regard d'aller voir, hum… disons, plus bas encore. Ne nous mentons pas, la situation semblait louche, et tous mes sens étaient en éveil. 46 bougea soudainement, posant ses pieds sur le repose-pieds, et s'écarta pour laisser de la place à la main importune. Presque comme par magie, une secousse propulsa à nouveau la main droite de 47 contre lui. Je crus voir comme un léger sourire amusé passer fugacement sur les lèvres de 46. Et aussi, un léger mouvement de la main de 47, comme s'il cherchait volontairement à entretenir le contact par frôlements successifs.
Arrivé à ce niveau, mon episode de 6 feet under s'achevait. Résolument passionné par la tournure des évènements, je fis semblant d'en attaquer un second. Il semblait en aller de même pour 46, qui ne prêtait plus aucune attention à son film et s'ingéniait à gesticuler depuis 15 minutes pour se mettre hors de porté de 47, avec un petit sourire amusé et les yeux quand même un peu trop brillants. De frôlements en esquives, 10 minutes encore après, 46 était penché vers l'avant, regardant son baladeur, les avants bras sur les genoux. Le coude de 47 touchait franchement le flanc de 46, son poignet, qui reposait désormais presque objectivement sur la cuisse de 46, en frôlait aussi l'avant bras. Les oscillations du train aidant, je voyais, à intervalle régulières, le petit doigt de 47 se porter sur le bras de 46, qui feignait l'ignorance. Franchement, la situation était torride. Soudain, un mouvement plus brutal du train encouragea 46 à reposer ses pieds par terre, déséquilibrant l'instable imbrication des deux hommes. En quelques secondes, la main de 47 se retrouva finalement sur le coté intérieur de l'avant bras de 46, qui reposa son poignet et sa main tenant l'ipod sur son propre genou gauche. Nous en étions donc là: le bras complet de 47 était entre le corps et l'avant bras de 46, et sa main ouverte reposais sur le haut de la cuisse de 46, qui ne bronchait pas mais dont la respiration s'accélérait manifestement. Les yeux écarquillés, tous les sens aux aguets, j'attendais avec une véritable impatience la suite, certain d'être en train de vivre un truc énorme. Nous en étions à 1h35 de voyage, et mes sens ne mentaient pas: ce n'est plus les mouvement du train qui faisait osciller la main de 47. Clairement, indubitablement, je voyais son index caresser très subtilement l'intérieur de l'avant bras de 46, lequel répondait très doucement en bougeant peut à peu son bras et avant bras pour resserrer l'étreinte de 47. La situation se maintint ainsi 5 ou 6 minutes. 46 prit finalement l'initiative. En bougeant à nouveau, sa main gauche lâcha l'ipod et vint résolument se poser contre celle de 47. Lequel n'en demandait pas tant pour la saisir carrément. 46 ne manifesta aucun rejet. Encouragé, 47 bougea d'un coup tout son corps en direction de 46. Il vint poser sa tête sur son épaule, tandis que les deux mains enchevêtrés glissaient vers le haut et l'intérieur de la cuisse gauche de 46. Par la fenêtre du TGV, il me sembla percevoir très distinctement un arc en ciel.
De mouvement en mouvements, et comme les 2 protagonistes étaient assez tranquilles, en bout de wagon de queue de train, le blouson de 47 tomba sur leurs genoux respectifs, masquant l'activité de leurs mains gauches et droites. On voyait seulement, parfois, le tissus bouger étrangement. L'accoudoir avait été rangé depuis longtemps et ils étaient tous les deux serrés sur le siège le plus proche de la vitre, quasi invisible pour les autres voyageurs. Détail aussi, la main gauche de 47 finit sous le t-shirt de 46 et semblait jouer avec son nombril. 46 se laissait faire visiblement de bonne grâce. Sa propre main droite caressait discrètement le bras gauche de 47. Moins masqué que ce dernier aux yeux des autres voyageurs, il lançait cependant des regards inquiets autour de lui, de temps à autre. Un moment, 47 souleva a chemise légèrement pour montrer son propre nombril à 46. Ses lèvres bougèrent comme pour dire "oh, toi aussi?", ce qui m'amène à penser qu'ils avaient tous les deux un piercing à cet endroit là, ce qui explique le jeu de 47.
Nous en étions à environ 2h de trajet. Il ne restait qu'une heure. 46, collé à 47, avait sa tête tout contre celle de 47 qui lui posait discrètement de petits bisous en dessous de l'oreille gauche. Au départ de la gare de Massy, dans un murmure, 46 tourna la tête et sa bouche rencontra celle de 47. Il y a longtemps que je ne regardais plus 6 feet under, l'ipod se contentant de débiter une musique que je n'écoutais plus. Les deux protagonistes de la mythique rencontre gay du TGV 5350 parlaient doucement, les bras se frôlaient, il me semblait assez clair que la main gauche de 47 jouait discrètement avec le téton gauche de 46. Je n'ose raconter ce que l'autre main semblait faire. Régulièrement, 46 et 47 s'embrassaient, tout en jetant un oeil méfiant aux alentours. Mais le wagon était parfaitement calme. Nous étions à 35 minutes du Mans. Soudain, après que 47 eu parlé quelques secondes à l'oreille de 46, les deux se levèrent et s'engagèrent dans le couloir. Arrivé sur la plate forme, 47 jeta un oeil sur le voyant rouge indiquant que les toilettes étaient occupés, alors que 46 était déjà dans l'escalier. Ils montèrent à l'étage.
15 minutes après, ils revinrent. 46 affichait un petit sourire en coin. 47 avait manifestement tenté de masquer qu'il était très décoiffé.
Encore 10 minutes, et le train arrivait au Mans et je devais quitter cet incroyable wagon numéro 07. Forcément, 46 en fit autant, après un dernier baiser à 47 qui lui tendit aussi un morceau de papier.
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