Et pour vous ? Que représente le mariage pour tous ? Comment vivez vous ce débat ? Quel sera son épilogue ? C'est Orpheus qui pose cette question. Voila ma petite réponse
Ce jour viendra. J'en ai l'absolue certitude. Un jour, en france, deux hommes pourront s'allier aussi fortement qu'un homme et une femme, face à la loi, face à la société, indifféremment. Deux femmes, aussi. Allez savoir.
Un jour aussi, un enfant seul, seul dans une chambre impersonnelle d'une DDASS, laissé dans le noir triste et humide d'une soirée d'automne par son éducatrice préférée qui a terminé sa journée de travail, un jour, cet enfant sourira en franchissant le seuil d'un nouveau chez lui, et sera accueilli par deux hommes. Ou deux femmes. Ou un homme et une femme. Allez savoir.
Un jour, un homme pleurera en tenant la main de son compagnon, emporté en quelques semaines par une maladie foudroyante, en quelques heures par un accident de la circulation, ou simplement à 88 ans parce que son temps était venu. La société pourtant ne l'oubliera pas. Son niveau de vie se maintiendra, personne ne lui demandera de quitter un logement dont le bail n'est pas son nom, l'enfant du défunt ne sera pas arraché à son foyer pour rejoindre la chambre impersonnelle d'une DDASS. Parce que la société reconnaitra l'engagement de ces deux hommes. Ou de ces deux femmes. Ou de cette femme et de cet homme. Allez savoir.
Un jour, sur les pages d'un tabloïd, installé chez le coiffeur, dans la salle d'attente du médecin, s'étaleront les photos volées du mariage d'une star de la télé avec un footballeur. Deux hommes. Ou deux femmes. Allez savoir.
Ces jours là approchent. Je ne peux pas croire qu'ils reculent. J'y crois, vraiment. Pour l'instant, on est dans le débat. Dans ce débat, on aurait pu parler de cet enfant, seul à la DDASS, de ces veufs et de ces veuves, de ces couples qui se soutiennent, de ces adolescents qui se sentiraient moins seul s'ils pouvaient se rêver footballeur ou star de la télé sans s'imposer le célibat.
Mais non. Dans ce débat, les caricaturistes ont parlé les premiers, et ont préféré parler d'inceste. De zoophilie. De risque majeur pour la fertilité française. De polygamie. Dieu a été convoqué pour s'exprimer sur le code civil. Dans ce débat, on en a même vu dire que les pédés voulaient forcer les hétéros à adopter leur mode de vie. On sentait bien poindre ici les angoisses d'en dessous de la ceinture, sourdes, honteuses, pudipondes. Et sans rapport avec le sujet : Le maire explique-t-il comment s'y prendre au lit ?
Non. On ne veut forcer personne à adopter notre mode de vie. Au contraire. On veut avoir le leur. Parce qu'on en a marre de dire à nos collègues que ce weekend, on est allé au théâtre seul. Alors qu'on tenait la main de notre compagnon. Parce qu'on en a assez de dire à nos grands pères qu'on n'a pas trop envie de se marier, qu'on est célibataire. Alors qu'on a juste peur de le perdre en lui présentant l'élu de son cœur. Parce qu'on n'en peut plus d'être les seuls à avoir peur du sort que réservera la société à nos enfants, à nos conjoints, si un malheur survenait.
Moi, simple homme de 28 ans, anonyme et moyen, je n'en peux plus d'entendre dire qu'on n'a rien contre l'amour que je porte à un autre homme, vraiment rien du tout, "mais" que non, cet amour ne mérite pas d'être traduit en engagement de solidarité devant l'Etat, à la mairie. Parce que quand même. Deux hommes, ensemble ? Où va le monde ? On aurait pu en parler, du monde, pourtant. Plutôt que convoquer dieu pour avoir son avis sur le mariage civil, on aurait pu inviter les Espagnols, qui sont si croyants, ou les Belges, qui parlent même Français, et qui tous marient hommes et femmes indifféremment. On aurait pu parler du mariage si sacré qu'il finit si souvent en divorce. Des quolibets qui s'abattront sur les enfants élevés par un couple homosexuel, comme ils s'abattirent ils y a 40 ans sur les enfants de divorcés et il y a 80 sur les enfants métissés. De la santé mentale d'un adolescent qui doit se construire sans un homme et une femme à qui se comparer, en méprisant par la même occasion les millions d'enfants monoparentaux. On aurait pu examiner les effets du PaCS: On nous promettait la ruine de la société, la perte des valeurs, la polygamie, l'inceste, la pédophilie, la zoophilie. Qu'en est il, 15 ans après ? On aurait pu s'interroger sur tant de choses, faire le bilan de tant d'autres. Face à l'incroyable diversité de la société et l'étonnante plasticité des hommes, on aurait pu faire preuve d'humilité et de retenue. Hélas, on a eu l'humiliation et l'outrance.
Je ne comprends pas pourquoi. N'avons-nous rien appris en 3 siècles ? Après avoir interdit aux nobles d'épouser des gueux, après avoir prohibé aux blancs de marier des noirs, après avoir proscrit aux catholiques l'union avec des protestants, après avoir défendu aux divorcés le remariage, après avoir fait sauter toutes ces barrières sans que le monde ne s'en porte plus mal, n'aurions nous pas pu parler sereinement de la reconnaissance des droits et devoirs auxquels souhaitent se soumettre deux humains informés et lucides ?
J'ai peur de comprendre que derrière les outrances et les caricatures ne se cache cette vieille xénophobie, cette peur de l'altérité qui a tant fait souffrir tant de monde. Cette xénophobie qui pousse à refuser à son prochain un droit alors même que l'octroyer ne coutera ni ne changera rien pour soi même. Cette xénophobie qui pousse les uns à se croire mieux placés pour savoir ce qui est bon pour les autres. Cette xénophobie, si dure, si violente, si injuste à subir. Depuis quelques semaines, je m'en sens la victime, j'en souffre. Je ne souhaite pas aux bourreaux d'en être un jour la cible, tant il est douloureux d'être attaqué pour ce que l'on est et non pour ce que l'on a fait.
Pourtant, je reste optimiste. En janvier, la peur perdra dans l'hémicycle, je ne peux imaginer l'inverse. Ce jour là, en serrant dans mes bras mon compagnon, je repenserai à ce jour où, jeune adolescent, je pensais n'être jamais heureux. Comme tous les xénophobes, je me trompais.
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