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jeudi, juin 10 2010

Le car et le fantôme

Quand j’étais à l’école primaire, je déjeunais à la cantine. Comme il y avait une seule cantine pour les 3 écoles du village, un car effectuait un ramassage des élèves. C’était une compagnie de car de la région qui effectuait cette prestation. Nous avions normalement toujours le même véhicule, de couleur noire, jaune et verte, dans mon souvenir. Il n’était par tout récent, mais restait quand même assez moderne et c’était un vrai car de voyage. Les sièges, montés en hauteur par rapport au couloir, étaient assez confortables, avec des accoudoirs, il y avait deux téléviseurs, hélas toujours éteints. Il y avait même de la moquette au sol. Nous avions aussi toujours le même chauffeur, un type à l’air jovial et au gros ventre proéminent. Mais je ne me souviens plus de son prénom. Il nous attendait, au volant, en écoutant la radio. Une fois où deux, même, il s’était assoupi et la dame qui nous accompagnait avait du taper au carreau pour le réveiller. Inutile de dire que les gônes que nous étions en rigolaient bien, et que les jours ou le chauffeur dormait, le scoop faisait le tour de la cour de récré. Je crois qu’il nous aimait bien, le chauffeur, et s’amusait aussi à maintenir l’ordre dans son bus. Quand l’un de nous était trop agité à la montée, il se levait, faisait la grosse voix et les yeux ronds, choppait le coupable et lui donnait un coup de ventre. Le gosse rebondissait et tout le car se marrait, même la victime, car c’était plutôt drôle. Une fois, au retour, le car était en retard. Pour tenter de nous éviter de manquer quelques précieuses minutes de classe (ce dont nous nous contrefichions éperdument), le chauffeur effectua le trajet en un temps record, engloutissant les virages à toute allure, alors que nous, jeunes inconscients, nous gueulions « chauffeur, si t’es champion, appuieeeheuu, appuieeheuuu, chauffeur, si t’es champion, appuie, sur l’champignon ». C’était n’importe quoi, mais j’en ai encore le souvenir !

Et puis un jour, à 11h45, le long du trottoir, ce n’était pas le car de la cantine qui attendait. Enfin, pas le bon. Au lieu de notre magnifique car de voyage, le gros chauffeur patientait dans une sorte d’antiquité toute en tôle cabossée, gris et jaune, affreux. Dans un bruit d’air comprimé et de grincement lugubre, la porte s’ouvrit lentement. L’engin était anémique. A l’intérieur, la stupeur se transforma en consternation : les sièges ressemblaient à des banquettes de deudeuche, avec des tubes directement arrimés au plancher plat, en tôle grise et lisse, et le tissu était tellement usé que parfois, on voyait une mousse jaunâtre pourrie qui sortait. Il y avait bien des porte-bagages, eux aussi en tubes avec des filets. Le chauffeur n’avait pas l’air très content et, lorsqu’il démarra le moteur, toute la carcasse se mit à vibrer dans un boucan effroyable. Au démarrage, nous laissâmes derrière nous une fumée bleue-noire puante. Inutile de dire que le trajet fut parfaitement inconfortable. Le véhicule craquait dans tous les sens et nous rebondissions sur les mauvais sièges au moindre passage surélevé. Les gamins que nous étions ne pipions pas un mot, nous contentant de nous regarder les uns les autres en se demandant qui allait se mettre à hurler de terreur le premier. Revenu d’outre-tombe, le car devint connu sous le nom de car fantôme. Pendant quelques temps, une ou deux fois par mois, nous avions droit à cette vieillerie. Jusqu’au jour où, au lieu du car habituel, au lieu du car fantôme, nous attendait un palace roulant à deux étages, tout neuf, tout arrondi de partout, avec des téléviseurs et même des toilettes à l’intérieur, et des ceintures de sécurités que nous n’attachions pas un l’escalier en colimaçon pour monter à l’étage. A l’étage, il y avait d’ailleurs une caméra qui permettait au chauffeur de voir ce qui se passait. Des concours de conneries devant l’objectifs furent organisés, pour le plaisir d’entendre le chauffeur rugir dans le micro en menaçant de monter faire la loi. Aucun risque, on savait bien qu’il ne passerait jamais dans l’escalier. N’empèche, ce jour là, inutile de dire que nous nous sommes précipités dans une joyeuse cohue et un fameux vacarme, sous l’œil amusé du gros chauffeur. Le car fantôme avait du rejoindre sa dernière demeure.

Quelques années après, j’ai appris qu’un jour, le chauffeur n’a pas ouvert la porte lorsque le troupeau d’écolier a rejoint le bus. Et n’a pas répondu non plus lorsque la dame a frappé au carreau. Au volant du car de la cantine, il s’était tellement endormi qu’il était mort. Une crise cardiaque, affirma le journal le lendemain. Le scoop fut énorme dans la cour de récré et assura la popularité de ceux qui mangeaient à la cantine pendant plusieurs jours. Ce qui est certain, cependant, c’est qu’il n’y avait plus de car fantôme, mais qu’il y avait un fantôme dans le car.

samedi, mars 27 2010

La rafle

Bien sûr, ce film a le mérite d'exister, bien sûr, il faut témoigner, bien sûr, le devoir de mémoire, tout ça, tout ça…

Il demeure que j'ai été déçu, car il y a sur cet évènement une trop grosse couche de cinéma, de plans fait exprès pour attendrir… Tout est trop propre et lisse, dans ce film, au point qu'il ressemble surtout à un film, mais pas à un témoignage de fait historique. Et je ne parle même pas des gros plans tellement attendrissant sur les enfants qui zozottent, ni de la fin-qui-fini-bien digne d'hollywood.

Donc oui, c'est pas mal joué (bravo Mélanie Laurent), pas mal filmé, pas mal reconstitué, pas mal tout, mais non, je ne trouve pas que ça soit convainquant. Donc, déçu, un peu, quand même.

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mardi, septembre 1 2009

Et pourtant, ils volent...

De la fumée bleue qui sent l'essence, des mécaniques haletantes qui suintent l'huile, des coucous historiques d'avant guerre qui vibrent de partout... Je ne pouvais manquer dimanche d'être à l'aéroport d'Angers pour ce meeting aérien!

Je n'y ai pas rencontré que de l'essence d'aviation et de l'huile minérale. Un après midi complet en plein soleil ne pardonne pas, j'y ai aussi pris un bon coup de soleil sur le nez, qui m'a valu les félicitations unanimes des collègues. N'empêche, je ne regrette pas.

Au regard du programme, je venais d'abord pour lui:

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N'est il pas superbe? C'est un Caudron C460 de 1936. Moins d'une tonne pour 300ch de puissance, et surtout, une recherche d'aérodynamisme très poussée pour l'époque. De fait, le bel appareil de course remporta plusieurs victoires et eu raison de gros américains sur-motorisés, mais trop balourds.

Du même constructeur, je voulais aussi voir l'Aiglon. J'espérais surtout le voir en vol mais hélas, il était cantonné au musée. J'aime beaucoup ce petit avion, que j'estime être la quintessence du petit avion de tourisme sympathique: un fuselage fin tirant parti d'un petit moteur Renault Bengali en ligne étroit délivrant une petite centaine de chevaux, une voilure basse avec un léger dièdre, deux places en tandem et à l'air libre. J'aimerai beaucoup voler sur un appareil de ce genre.

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Enfin, j'ai passé tellement de temps sur la dérive de l'Arc en ciel, unique vestige de l'appareil, que je ne l'ai même pas photographié. Contrairement à sa maquette que j'ai largement mitraillé.

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J'adore tout dans cet avion. Son histoire: un concepteur très jeune (moins de 30 ans), un concept très en avance pour l'avant guerre (un multimoteur terrestre pour traverser les océans, c'était vu comme une hérésie, en 1930!), puis dépassé ensuite (construction en bois), une carrière sacrifiée par les officiels arrière gardistes... Sa technique: une technologie de pointe (aile basse sans haubans, multimoteurs accessibles en vol, vitesse de croisière exceptionnelle pour l'époque) qui a permis à Mermoz, enthousiaste, de traverser plusieurs fois l'atlantique sud. Et puis, ce profil unique, avec la dérive progressivement noyée dans le fuselage. C'est un appareil magnifique. Quel dommage qu'il ne subsiste de lui que la dérive arrière...

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Parmi les autres attractions, il y avait ce très beau Ryan PT22. Le moteur en étoile à 5 cylindres est une merveille, le carénage en est une autre. Il est d'une construction postérieure au Caudron de quelques années. Et, pour l’avoir entendu voler... Quelle merveille, ces moteurs en étoile ! Finalement, faute de Caudron Aiglon, je prendrais bien un Ryan!

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Enfin, autre pièce historique qui suinte l'huile et l'essence, un moteur Anzani à trois cylindre, identique à celui de Blériot pour la traversée de la Manche. L'engin consomme énormément d'huile pour ne pas gripper, claque et vibre épouvantablement pour ne produire que 25 petits chevaux, mais il fonctionne!

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Historique, mais plus banal, le fameux DC3 Dakota, ici aux couleurs d'air France et KLM, rendu célèbre par son succès commercial et son implication dans le débarquement du 6 juin 1944.

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Enfin, plus spectaculaire, le saut des parachutistes de l'armée, depuis le DC3, justement. Belle performance d'atterrissage de précision, avec des voiles aux couleurs de la France et des pédés...

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Lesquels pédés se laisseraient surement facilement émoustiller... parachutiste.JPG

Last but not least, juste en partant du meeting, je ne pouvais passer à coté de cet engin sans en prendre une petite photo, amicalement dédicacée à notre marinpédéblogueur qui prétend devenir motopédéblogueur

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mardi, août 25 2009

Mazarin: du ministre au presque-souverain

Contre toute attente, la reine Anne d'Autriche (qui est Espagnole...) a confié la régence au jeune cardinal Mazarini, un Italien, au nez et à la barbe des nobles du royaume, qui se voyaient déjà dépecer le pouvoir fragile d'un Louis XIV encore enfant

Inutile de dire que Mazarini n’était pas le bienvenu. Dès son arrivé, il est confronté à une véritable cabale, qui abouti à une tentative d’assassinat. Puis, le parlement, normalement chargé des affaires judiciaires seulement, s’impose de plus en plus dans la vie politique du pays et grignote l’autorité royale à la fureur de plus en plus incontrôlable d'Anne d'Autriche. Alors que la situation interieure devient ingérable, Mazarin parvient quand même à maintenir la pression sur l’Espagne, grâce au génie militaire de grands capitaines tels que Turenne et Condé. Dès cette époque, il constate cependant que la puissance militaire royale est en fait assurée par des armées privées, entretenus par les grands princes, lesquels peuvent ensuite dicter leurs conditions au souverain. Une fois le calme rétabli, il en tire leçon en créant une véritable armée du roi. Dans cet épisode guerrier, Mazarin imprime sa marque en imposant à Turenne de la retenue après ses victoires militaires. En ménageant l’ennemi, il cherche à tuer la volonté de revanche et favoriser la paix en appliquant sa théorie de l’équilibre des forces. Stratégie gagnante puisqu’elle permet de conclure la guerre de 30 ans par le traité de Westphalie en 1648.

Hélas pour Mazarin, qui a négligé d’entretenir sa popularité en finançant des artistes, écrivains et journalistes comme le faisait Richelieu, ce succès extérieur est complètement masqué par la première fronde de 1648, causée par l’agitation et la virulence d’un parlement de plus en plus incontrôlable et aiguillonné par les dévots hostiles à la reine et à son ministre, lesquels maitrisent de plus très bien leur communication via les fameuses Mazarinades.

Mazarin conserve néanmoins un certain contrôle, puisque c’est lui qui préconise et organise la fuite du roi vers Saint Germain et qui défini ensuite les objectifs des armées de Condé contre les frondeurs. Pourtant, le parlement maté par les nobles fidèles au roi porte déjà le germe de la seconde fronde, en 1650, celle de ces mêmes nobles, et en premier lieu Condé qui s’estime mal récompensé. En tant que premier prince du sang, mégalomaniaque, il se considère carrément l’égal du roi. Inutile de dire que cette éventualité n’est pas du goût de Mazarin, et encore moins de la régente. Pour la régente, l’autorité de son fils est non négociable. Quant à Mazarin, l’ascension de Condé signifierait son affaiblissement. Hors, il n’a plus de point de chute. Son ralliement à la France l’a rendu impopulaire hors du pays, et il n’est pas non plus en odeur de sainteté à Rome : bien que nommé Cardinal, il a toujours négligé de prendre la tonsure et devenir un homme d’Eglise comme devrait l’y obliger les quelques abbayes dont il reçoit la recette, et il n’est même pas allé chercher auprès du Pape les marques de son Cardinalat. Un Cardinal étant révocable, perdre le soutien de la reine et sa puissance en France serait désastreux. Cette seconde fronde m’a également bien intéressé. Pour le Cardinal, c’est un désastre personnel. Ses biens sont saisis, dispersés, bradés, à commencé par sa bibliothèque qui était l’une des plus fournie d’Europe. Il ne la reconstituera jamais complètement. Surtout, il est contraint de partir en exil à deux reprises. Même si, en accord avec la reine, il s’agit surtout de retraits tactiques dans l’attente de la majorité du roi et de son rappel, il en est très meurtri. D’ailleurs, n’en pouvant plus d’être en retrait et de voir la reine prendre de plus en plus d’autonomie, il finit carrément par investir tout ce qui lui reste dans une petite armée, pour aller au secours du roi et justifier ainsi son retour.

L’agitation nobiliaire matée à son tour, Condé en exil, le roi devenu majeur à 13 ans, Mazarin conserve tout son crédit et surtout, a accompli sa mission : atteindre la majorité du roi en ayant raffermi l’autorité du monarque. Il poursuit alors l’éducation du jeune Louis, en méprisant les traditions : toujours en avance sur son temps, il décide d’en faire une tête bien faite plutôt que bien pleine. Il associe le roi aux décisions, les lui explique, le fait voyager pour lui faire découvrir son peuple, l’imprégner de son métier et de ses responsabilités de monarque.

Il s’ancre également de plus en plus en France, faisant venir sa famille et ses nièces et les mariant à la noblesse de France.

Surtout, il rencontre et embauche deux talents : Fouquet et Colbert. Dès le début, Mazarin, très désorganisé, confondait largement sa caisse et celle de l’état. Le trésor étant constamment à sec, cela lui permettait surtout de disposer de liquidités au besoin. Meurtris par la fronde ou il a bien vu sa vulnérabilité, il s’engage encore plus en avant dans le mécanisme et se met à collectionner charges, possessions et revenus : Colbert est chargé de veiller aux rentrées, Fouquet aux sorties. Se déchargeant complètement de la gestion de ses biens, il perd le contrôle des mécanismes de prévarication qu’il a initié tandis que le rigoureux et économe Colbert fait merveille, au point de faire passer le cardinal pour un radin. En moins de 10 ans, Mazarin amasse sans même s’en rendre compte une fortune considérable, qui restera inégalée pendant tout l’ancien régime et dépassait même largement l’encaisse de la plus grosse banque de l’époque ! Il ne réalise d’ailleurs l’énormité de la chose que peu de temps avant sa mort et cherche dès lors à se couvrir en léguant tout au roi. Celui-ci refuse, mais fait encore plus gros : sans même demander d’inventaire, il déclare que tous les biens de Mazarin ne sont que juste rétribution pour les services rendus. Il s’agit sans doute du plus gros et plus parfait blanchiment d’argent de l’histoire.

Entre temps, et au prix d’un accord contre nature avec le royaume uni de Cromwell, il finit par prendre le dessus sur l’Espagne. Mais là encore, il choisit d’utiliser l’avantage pour ouvrir des négociations qui aboutissent au traité des Pyrénées et au mariage du roi avec l’infante d’Espagne. L’épisode fut d’ailleurs de haute volée, le roi s’étant entiché d’une nièce de Mazarin et menaçant de tout faire annuler. Le Cardinal devra menacer en retour le roi de son retrait et le bousculer au nom de son devoir de monarque pour faire aboutir l’union. La guerre de 30 ans soldée, la paix avec l’Espagne solidement conclue, Mazarin avait acquis en Europe une renommée immense au point que l'on parlait de lui pour le prochain pontificat. Mais il était aussi complètement épuisé et malade. Sa relation de confiance avec Louis XIV, majeur depuis longtemps, lui permet néanmoins de rester en responsabilité jusqu’à sa mort. Par admiration pour son ministre qu’il considère comme un père, le jeune roi résistera aux pressions de ses jeunes et fougueux amis qui le pressent de prendre le contrôle du pays à la place d'un Italien toujours perçu comme un usurpateur. La mort de Mazarin est d’ailleurs emblématique. Alors que Louis-Philippe s’était déplacé pour faire ses adieux à Talleyrand, ce qui était complètement contraire à l’étiquette, Louis XIV ordonne, le 5 mars 1661, que des prières publiques de 40 heures soient dites pour le Cardinal, hommage normalement réservé aux rois. L’anecdote révèle qu’aux yeux du roi lui-même, Mazarin à sa mort était monarque de France.

Le jugeant irremplaçable et comptant davantage sur l’éducation reçue du cardinal que sur n’importe qui d’autre, Louis XIV ne le remplace pas et prend ses fonctions. Il hérite d’un pays pacifié, agrandi mais aux frontières stables, doté d’un début d’organisation administratif qui ne demande qu’à s’étendre et d’une armée désormais contrôlée directement par le roi.

L’Italien roturier avait mis un terme à l’agitation nobiliaire et ouvert les portes de l’absolutisme. Son succès était total et bien plus éclatant que celui de Richelieu. Pourtant, l’histoire française, peut être légèrement xénophobe, n’a jamais reconnu que ses défauts et faiblesses alors que le roi soleil, qui n’est que son bilan personnifié, demeure une fierté de l’imaginaire collectif.

Puisque j'aime bien avoir une biographie sur la table de chevet, même lue en parallèle à d'autres bouquins, je me demande cependant qui sera ma prochaine cible. Je penche pour le XIX° siècle, que je connais trop mal. Napoleon III, qui me semble lui aussi injustement mal aimé par l'histoire? Ou partir à l'étranger et étudier Bismark qui me semble être un monument de la culture Allemande?

dimanche, août 23 2009

Mazarin: du roturier au ministre principal

La biographie de Mazarin lut, il fallait bien que j'en laisse une trace au moins équivalente à Talleyrand, puisqu'il le vaut largement. C'est donc parti pour 2 billets dédiés à Mazarin et ce que j'ai appris à son sujet

Ma première surprise avec Mazarin, c’est sa naissance. Je le savais Italien, mais j’ignorais qu’il était roturier. Aujourd’hui, cela pourrait paraitre un détail, mais, à l’époque, imaginer une seule seconde qu’un homme issu du peuple, qui plus est Italien, pourrait être le ministre principal du Royaume de France et le parrain de l’héritier de la couronne est tout simplement invraisemblable.

Romain et ayant eu l’occasion de faire quelques études et de voyager, chanceux d’avoir un père intendant d’une famille proche du Pape, c’est tout naturellement qu’il s’engage au service de l’église. Son ambition et sans doute aussi sa compétence, le mènent à devenir un personnage clé lors de l’interposition de l’Eglise entre l’Espagne et la France, lors de la crise de succession de Mantoue. Son acte de bravoure de Casal, où il s’interpose personnellement entre les deux armées prêtes à en découdre, est l’acte fondateur de sa carrière. Il y dévoile sa capacité d’organisation et de négociation et y apprend surtout que la paix repose sur l’équilibre des forces, idée novatrice à l’époque. Il y gagne la reconnaissance du Pape pour son efficacité et se fait connaitre de Louis XIII et surtout du Cardinal de Richelieu. L’accord conclu est en effet plutôt favorable à la couronne de France, puisqu’il lui accorde la place forte de Pignerol. J’y ai moi appris quelques informations à propos de la Savoie, cet état interposé entre l’Italie et la France, criblé de places fortes, qui ne pouvait que tomber un jour dans l’escarcelle de l’un ou de l’autre. Pignerol, par exemple, semble avoir été un réel enjeu stratégique, et je brule de visiter un jour ce lieu.

Quoi qu’il en soit, c’est ce coup d’éclat qui révèle le jeune Julio Mazarini au véritable maitre de la France qu’est le Cardinal de Richelieu. Leur rencontre sera déterminante, bien plus que ne l’imaginait à l’époque Mazarini.

Il s’ensuit plusieurs années, entre 1631 et 1639, marquées par une sorte d’indécision de la part de Mazarini. Déjà, il vise la pourpre, mais louvoie beaucoup entre la France, l’Italie, le service du roi ou celui du pape. Il cherche surtout à ne se fermer aucune porte, et refuse par plusieurs fois des nominations qui lui imposeraient de devenir prêtre et l’enfermerait dans une voie. Ce faisant, il prend le risque de manquer une carrière qui, pour un homme de sa condition, serait déjà un grand succès. Ses maitres semblent conscient du potentiel de l’homme, mais pas pressés de l’élever au cardinalat qu’il vise. Ce n’est qu’en 1639 que Richelieu, sentant sa fin venir, fait revenir Mazarini à Paris. Après quelques missions réussies, il impose quasiment au pape la nomination de Mazarini. A sa mort en 1942, Louis XIII, irrémédiablement fidèle à Richelieu, suit son conseil et nomme Mazarini ministre principal. Plus que ça, il devient le parrain du dauphin et devient responsable de son éducation. Cela semble anecdotique, mais l’impact de l’enseignement de Mazarin sur Louis XIV explique en bonne partie le règne du souverain.

Louis XIII ne survit que de quelques mois à Richelieu. Pour Mazarini, la situation est extrêmement délicate : héritier d’un Richelieu à la politique honnie, son seul appui était le roi. Il est prévisible que la régence, logiquement dirigée par la reine ou Gaston d’Orléans, ferra table rase de la politique de Richelieu, et ferra la paix, même défavorablement, avec l’Espagne : La reine est d’origine Espagnole, d’Orléans est du parti dévot à la solde de l’Espagne. Mais il se produit un coup de théâtre historique : La reine obtient la régence et, à la surprise générale, maintient Mazarini comme ministre principal. Ce petit évènement révèle deux choses : la première, c’est l’influence de Mazarini sur la reine, la seconde, le courage de celle-ci.

Mazarin était déjà proche de la reine avant la mort du roi, et il l’a convaincu que son rôle de reine et régente était de préparer un règne glorieux pour son fils Louis. Pour cela, il fallait une France forte en Europe et donc poursuivre la politique guerrière de Richelieu contre l’Espagne et la maison des Habsbourg dont la l’habile politique matrimoniale laissait entrevoir une domination sur toute l’Europe. Cette vision est la première fondation du règne de Louis XIV, dont le succès illuminera toute l’Europe.

Mais pour la reine, cela demande beaucoup de courage : elle, qui est profondément croyante, doit poursuivre la guerre contre le très catholique roi d’Espagne, son propre frère, alors même qu’auparavant elle pressait le roi d’en finir avec les hostilités. Par cette décision, elle sait qu’elle déplaira au Pape, qui aimerait une alliance des puissances catholiques contre les protestants. Mais surtout, elle se met à dos l’opinion publique de son pays, lassé et épuisé par la guerre de Richelieu, mais aussi d’une bonne part de la noblesse et du clergé qui s’imaginaient déjà prendre les commandes du pays en profitant de la vulnérabilité du jeune roi. Hors, elle confie la France à Mazarini, un étranger roturier !

Cet épisode m’a véritablement passionné, car je ne le connaissais pas, qu’il est un véritable coup de force et qu’il porte les germes de la fronde en premier lieu et de l’absolutisme royal en second. En choisissant Mazarini, étranger au fort accent, héritier politique de Richelieu, la reine dévoile le programme politique qu’elle suivra avec opiniâtreté jusqu’à la majorité de son fils : maintenir une France forte et autonome à l’extérieur, asseoir et amplifier l’autorité royale à l’intérieur.

L’objectif donné, elle se reposera entièrement sur Mazarini, celui-ci l’initiant par la même occasion aux arcanes de la politique, mélange de dissimulation, de coup de force, de conciliations.

lundi, août 17 2009

Le maître du jeu

J'ai eu pas mal de difficultés à rentrer dans cet ouvrage et si l'épilogue de la vie de Mazarin ne m'avait pas autant intéressé, je crois que j'aurai abandonné.

Mon principal reproche tient à l'approche de la biographe sur son personnage. Spécialiste du cardinal de Retz, grand adversaire politique (vaincu) de Mazarin, je crois qu'avec ce livre, elle tentait quelque peu de réhabiliter un homme d'état mal aimé par l'histoire, sur lequel elle avait peut être un peu tapé dans le passé dans son étude de Retz.

De fait, le début de l'œuvre est alourdi par de nombreuses marques de partialité vis à vis de celui qui est encore Julio Mazarini, Italien au service du Pape. Ses succès sont incessamment présentés comme la preuve de son exceptionnelle intelligence et de son habileté, tandis que ses défauts ou échecs sont marginalisés, imputés à la malchance ou, au pire, au besoin de la cause.

Cela m'a évidement un peu choqué et m'a remémoré les paroles de Waresquiel à propos du Prince Immobile et du devoir du biographe de ne point aimer son sujet d'étude, même si lui même confesse peiner, surtout vers la fin, à conserver cette distance.

Dans le cas de Mazarin, encore plus détesté par l'histoire que Talleyrand, cette tendance à la réhabilitation est cependant parfois compréhensible, tant il me semble évident que le bilan du Cardinal Mazarin est dénigré vis à vis de celui de Richelieu. C'est d'ailleurs pour cela que je me suis lancé dans cette biographie.

Talleyrand m'a passionné car tout en représentant la fine fleur de l'aristocratie issue de la monarchie absolue, il est passé au travers des turbulences révolutionnaires et impériales avec une habileté étonnante.

Mazarin quant à lui est, 1,5 siècles auparavant, l'exact opposé: issus du peuple Italien, sans titres, il est celui qui légua à Louis XIV un pays en ordre de marche pour l'absolutisme. De ce point de vue, Mazarin est davantage le père du roi soleil que Louis XIII.

Dernier parallèle avec Talleyrand, il avait compris avant beaucoup de ses contemporains que la clé d'une paix solide réside dans l'équilibre des forces extérieures. Talleyrand, par son influence lors du congrès de Vienne, fournit à l'Europe presque 60 ans de paix. Mazarin de son coté mit un terme à la guerre de 30 ans, avec les accords de Westphalie puis à la guerre d’Espagne avec le traité des Pyrénées. Des traités qui auraient tenu sans le caractère belliciste du jeune Louis XIV.

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lundi, juillet 20 2009

40 ans

40 ans, déjà, et pourtant, l'exploit reste inégalé. Il reste, finalement, un rêve, celui de l'homme supérieur à sa condition de terrien, de la technique triomphante. Et des photos, des photos émouvantes, irréelles, qui semblent tirées d'un film de science fiction. A ceci près qu'on dirait que le film est mauvais. Les vaisseaux spatiaux sont trop moches (encore que), les scaphandres trop balourds, le ciel trop noir, le sol trop gris, trop désespérant.

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Cette photo, notament, me laisse penser qu'un homme ne tiendrait pas 2 semaines sur la lune sans tomber dans la neurasthénie la plus noire.

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En tout cas, je me régale des documentaires diffusés dans tous les sens ces temps ci, même je n'y apprend rien car il y a longtemps que j'ai lu en long, en large et en travers les articles relatifs à cette aventure dans toutes les encyclopédies que j'ai pu trouver. J'aime l'histoire, j'aime les défis technologiques, j'aime les grosses machines très puissantes. Et j'aime aussi beaucoup lorsqu'elles se mettent à déconner et qu'il faut faire dans l'originalité pour les réparer. C'est pour ça que j'adore le film Apollo 13, par exemple, ou la séquence de Titanic, entre le moment où l'iceberg apparait et l'instant où l'ingénieur Andrews annonce "Une heure; deux, tout au plus".

Le trio Mercuri-Gemini-Apollo a marqué l'histoire, il est le plus gros défi technique du 20° siècle (j'hésite avec le Manhattan project, pour la bombe atomique) et le lanceur Saturn V demeure le lanceur spatial le plus gros et le plus puissant jamais construit. Quand à Apollo 13, il est le plus gros échec réussi dans la mesure ou la moitié du vaisseau explosa et que l'autre moitié, conçue pour atterrir sur la lune, servit finalement de canot de sauvetage, de remorqueur puis de dépanneuse. Autant dire que je frétille d'excitation à la première évocation de cette aventure.

L'histoire de ce programme spatial est en effet totalement extraordinaire. Lorsque Kennedy décide en 1961 que l'Amérique enverra un homme sur la lune avant 1971, les compétences spatiales américaines sont ridicules et largement surpassées par les soviétiques. Les fusées explosent plus régulièrement qu'elles ne décollent, un seul astronaute américain a approché l'espace et encore, ce fut pendant les 15 minutes d'un vol suborbital qui s'apparentait plus à un missile balistique habité qu'à un lancement spatial. Autant dire que ce n'était pas gagné.

Les américains ont dont appliqué leur méthodologie habituelle dans pareil cas: faire efficace, à fond, sans tenir compte de rien et surtout sans plan B. C'est ainsi que le concepteur de Saturn V et directeur des programmes fini par être un Allemand, Werner Von Braun. L'histoire est aussi cruelle qu'amusante: le succès spatial américain repose largement sur l'expérience des anciennes équipes nazis qui, en construisant les missiles balistiques V2, avaient donné 20 ans d'avance à l'Allemagne de 1944.

Il est d'ailleurs intéressant de faire le parallèle entre l'histoire spatiale Soviétique et celle des USA. En 1945, les USA récupèrent surtout les cerveaux et le top management du programme nazi: ayant le choix, les concepteurs du V2 préfèrent suivre Von Braun qui opta pour la reddition aux américains. L'avancée militaire des Soviétiques leur permit de mettre la main sur les bases d'essais, les prototypes, les techniciens. Par copie, il en tirent un bénéfice rapide et dominent largement pendant les 15 premières années. Mais leur programme lunaire, faute d'une bonne compréhension des enjeux et d'une dispersion des moyens, est un désastre monumental. En fait, trop assis sur les succès des vieilles technologies, ils furent incapables de réaliser le bond technologique du moteur cryotechnique. Or, c'est en maîtrisant cette technique avec le moteur F1 que les américains gagnèrent la Lune.

Il est bien dommage qu'aujourd'hui, il n'y ait plus de grand défi du genre de la course à la Lune. Il y aurait pourtant matière à le faire (l'espace, toujours, le transport, l'énergie, le tout mâtiné d'écologie). Je suis affligé, lorsque je repense aux pinaillages budgétaires qui ont tant retardé le projet ITER. Encore plus lorsque je compare le coût final de ce défi technique (10 milliards) au déficit de la sécurité sociale chaque année bouché par l'emprunt (19 milliards en 2009).

J'aimerai tellement voir vulgarisé, popularisé des belles réalisations d'aujourd'hui (Jules Verne, l'AGV, l'A380...) et expliqués les grands défis de demain (la fusion nucléaire dont tout le monde se fout désormais, le remplaçant de l'A320, les technologies de transport électriques, la fin du pétrole, l'emballement climatique, les matériaux nouveaux...).

Mais les médias ne s'intéressent plus depuis longtemps aux challenges à moyens terme où l'intelligence prime sur l'émotion, préférant sans doute les frasques de célébrités douteuses.

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