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samedi, septembre 12 2009

livre et lectures

Plutôt corne ou marque ta page ?


Ni l'un, ni l'autre, et aussi, les deux. Si le but est de marquer l'endroit où je me suis arrêté de lire, je n'utilise rien: soit je me souviens du numéro de la page, soit je la retrouve par tâtonnement. En revanche, je corne où insère un marque page sur les pages où une phrase, un paragraphe, m'a plu. Marque page généralement constitué de morceau de billet de train déchiré.

As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?


Bien sûr!

Lis-tu dans ton bain ?


Je prends très peu de bain: d'une part, je n'ai pas de baignoire. D'autre part, je crois que je préfère la douche. Surtout avec un jet d'eau réglable et / ou très puissant.

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?


Oui. Mais je n'ai pas le talent, pas la patience, pas le courage.

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?


La question est mal posée: une série me semble nécessairement en plusieurs tomes, sinon, elle n'est pas une série.

Donc, qu'est ce que je pense des séries? Pas grand chose, si ce n'est que ça ressemble bien souvent à du livre commercial: un personnage plait, donc on lui fait vivre plein d'aventures différentes pour faire plaisir au lecteur qui le retrouve avec plaisir. Je conçois que l'on puisse aimer, mais je n'ai jamais tellement accroché à des séries, quelles soient écrites ou télévisées.

En revanche, qu'est ce que je pense des livres de plusieurs tomes? Pour moi, ce n'est qu'une histoire unique tellement longue qu'elle nécessite plusieurs livres. Il n'y a donc aucune raison de ne pas aimer. Au contraire, cela permet de suivre un personnage sur une longue période, d'approfondir, de complexifier l'intrigue éventuelle. L'imaginaire y gagne forcément.

As-tu un livre culte ?


J'en ai même plusieurs, que j'emmène partout. De chez mes parents à Belfort, de Belfort en Chine, de Chine à Colmar, de Colmar au Mans, certains ouvrages ne m'ont jamais quittés. Mais ils ne sont pas culte seulement pour leur propos. C'est l'objet et ce qu'il représente ou a représenté qui m'est cher. Au hasard, La part de l'autre, d'Eric Emmanuel Schmitt, Aucune étoile aussi lointaine, de Serge Lehman, Globalia, de Jean Christophe Ruffin, le Prince Immobile, de Waresquiel… Et les dames du faubourg, de Jean Diwo, qu'il faudra que j'achète, car l'exemplaire est chez mes parents.

Aimes-tu relire ?

Oui. Certains livres, je les ai lus au moins une dizaine de fois.

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimés ?


Ils m'impressionnent. Je serais heureux de les rencontrer, mais je ne ferrait pas 100 kilomètres pour ça.

Aimes-tu parler de tes lectures ?


Seulement avec les personnes qui aiment lire. Et seulement des livres que j'ai aimé, où qui m'ont vraiment déçus.

Comment choisis-tu tes livres ?

Sur conseil d'un proche, ou selon l'auteur, ou selon le thème. Mais je dois dire que je ne suis pas très éclectique. Quand j'apprécie un auteur, je le lis jusqu'à en être écoeuré.

Une lecture inavouable ?


Non.

Des endroits préférés pour lire ?


Un hamac sous un arbre. Un siège de train. Dans mon lit, ou vautré sur le canapé.

Un livre idéal pour toi serait ?


Très riche sur le plan lexical, doublé d'une histoire intéressante et / ou émouvante. Si en plus, il peut faire réfléchir et porter un message entre le ligne...

Lire par-dessus l’épaule ?


J'ai beaucoup de mal à m'en empêcher. C'est pas ma faute, c'est une maladie. Dès que je vois un écrit, je dois le lire...

Télé, jeux vidéos ou livre ?


Ouf, il n'y a pas "internet" dans la question. Sinon, j'aurai du avouer que l'usage de l'internet a fait beaucoup de mal à mes habitudes de lecture.

Lire et manger ?


Je ne sais pas comment on peut faire. Lorsque je lis, je suis monotache. Le monde s'écroulerait, je ne m'en rendrais pas compte.

Lecture en musique, en silence, peu importe ?


Aucune importance. Si le livre est bon, je n'entendrais rien de ce qu'il se passe autour.

Lire un livre électronique ?


Je conçois que le livre électronique puisse avoir un coté pratique: beaucoup d'oeuvres, dans un minimum d'espace. Mais, faute de livres, que mettrons dans nos étagères? Le livre en papier, par l'espace qu'il occupe, a une consistance, une réalité, une mémoire, que le numérique n'a pas. J'aime mes volumes entassés, mal rangés, dont la vision m'aide à me souvenir d'eux et me donner envie de les lire, les relire et en avoir d'autres. En vérité, je vois davantage le livre électronique comme un bon support pour la presse, les magazines, bref, des écrits qui n'ont pas vocation à durer.

Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?

Je m'accroche un moment, mais au final, je renonce.

Et toi ?

mardi, août 25 2009

Mazarin: du ministre au presque-souverain

Contre toute attente, la reine Anne d'Autriche (qui est Espagnole...) a confié la régence au jeune cardinal Mazarini, un Italien, au nez et à la barbe des nobles du royaume, qui se voyaient déjà dépecer le pouvoir fragile d'un Louis XIV encore enfant

Inutile de dire que Mazarini n’était pas le bienvenu. Dès son arrivé, il est confronté à une véritable cabale, qui abouti à une tentative d’assassinat. Puis, le parlement, normalement chargé des affaires judiciaires seulement, s’impose de plus en plus dans la vie politique du pays et grignote l’autorité royale à la fureur de plus en plus incontrôlable d'Anne d'Autriche. Alors que la situation interieure devient ingérable, Mazarin parvient quand même à maintenir la pression sur l’Espagne, grâce au génie militaire de grands capitaines tels que Turenne et Condé. Dès cette époque, il constate cependant que la puissance militaire royale est en fait assurée par des armées privées, entretenus par les grands princes, lesquels peuvent ensuite dicter leurs conditions au souverain. Une fois le calme rétabli, il en tire leçon en créant une véritable armée du roi. Dans cet épisode guerrier, Mazarin imprime sa marque en imposant à Turenne de la retenue après ses victoires militaires. En ménageant l’ennemi, il cherche à tuer la volonté de revanche et favoriser la paix en appliquant sa théorie de l’équilibre des forces. Stratégie gagnante puisqu’elle permet de conclure la guerre de 30 ans par le traité de Westphalie en 1648.

Hélas pour Mazarin, qui a négligé d’entretenir sa popularité en finançant des artistes, écrivains et journalistes comme le faisait Richelieu, ce succès extérieur est complètement masqué par la première fronde de 1648, causée par l’agitation et la virulence d’un parlement de plus en plus incontrôlable et aiguillonné par les dévots hostiles à la reine et à son ministre, lesquels maitrisent de plus très bien leur communication via les fameuses Mazarinades.

Mazarin conserve néanmoins un certain contrôle, puisque c’est lui qui préconise et organise la fuite du roi vers Saint Germain et qui défini ensuite les objectifs des armées de Condé contre les frondeurs. Pourtant, le parlement maté par les nobles fidèles au roi porte déjà le germe de la seconde fronde, en 1650, celle de ces mêmes nobles, et en premier lieu Condé qui s’estime mal récompensé. En tant que premier prince du sang, mégalomaniaque, il se considère carrément l’égal du roi. Inutile de dire que cette éventualité n’est pas du goût de Mazarin, et encore moins de la régente. Pour la régente, l’autorité de son fils est non négociable. Quant à Mazarin, l’ascension de Condé signifierait son affaiblissement. Hors, il n’a plus de point de chute. Son ralliement à la France l’a rendu impopulaire hors du pays, et il n’est pas non plus en odeur de sainteté à Rome : bien que nommé Cardinal, il a toujours négligé de prendre la tonsure et devenir un homme d’Eglise comme devrait l’y obliger les quelques abbayes dont il reçoit la recette, et il n’est même pas allé chercher auprès du Pape les marques de son Cardinalat. Un Cardinal étant révocable, perdre le soutien de la reine et sa puissance en France serait désastreux. Cette seconde fronde m’a également bien intéressé. Pour le Cardinal, c’est un désastre personnel. Ses biens sont saisis, dispersés, bradés, à commencé par sa bibliothèque qui était l’une des plus fournie d’Europe. Il ne la reconstituera jamais complètement. Surtout, il est contraint de partir en exil à deux reprises. Même si, en accord avec la reine, il s’agit surtout de retraits tactiques dans l’attente de la majorité du roi et de son rappel, il en est très meurtri. D’ailleurs, n’en pouvant plus d’être en retrait et de voir la reine prendre de plus en plus d’autonomie, il finit carrément par investir tout ce qui lui reste dans une petite armée, pour aller au secours du roi et justifier ainsi son retour.

L’agitation nobiliaire matée à son tour, Condé en exil, le roi devenu majeur à 13 ans, Mazarin conserve tout son crédit et surtout, a accompli sa mission : atteindre la majorité du roi en ayant raffermi l’autorité du monarque. Il poursuit alors l’éducation du jeune Louis, en méprisant les traditions : toujours en avance sur son temps, il décide d’en faire une tête bien faite plutôt que bien pleine. Il associe le roi aux décisions, les lui explique, le fait voyager pour lui faire découvrir son peuple, l’imprégner de son métier et de ses responsabilités de monarque.

Il s’ancre également de plus en plus en France, faisant venir sa famille et ses nièces et les mariant à la noblesse de France.

Surtout, il rencontre et embauche deux talents : Fouquet et Colbert. Dès le début, Mazarin, très désorganisé, confondait largement sa caisse et celle de l’état. Le trésor étant constamment à sec, cela lui permettait surtout de disposer de liquidités au besoin. Meurtris par la fronde ou il a bien vu sa vulnérabilité, il s’engage encore plus en avant dans le mécanisme et se met à collectionner charges, possessions et revenus : Colbert est chargé de veiller aux rentrées, Fouquet aux sorties. Se déchargeant complètement de la gestion de ses biens, il perd le contrôle des mécanismes de prévarication qu’il a initié tandis que le rigoureux et économe Colbert fait merveille, au point de faire passer le cardinal pour un radin. En moins de 10 ans, Mazarin amasse sans même s’en rendre compte une fortune considérable, qui restera inégalée pendant tout l’ancien régime et dépassait même largement l’encaisse de la plus grosse banque de l’époque ! Il ne réalise d’ailleurs l’énormité de la chose que peu de temps avant sa mort et cherche dès lors à se couvrir en léguant tout au roi. Celui-ci refuse, mais fait encore plus gros : sans même demander d’inventaire, il déclare que tous les biens de Mazarin ne sont que juste rétribution pour les services rendus. Il s’agit sans doute du plus gros et plus parfait blanchiment d’argent de l’histoire.

Entre temps, et au prix d’un accord contre nature avec le royaume uni de Cromwell, il finit par prendre le dessus sur l’Espagne. Mais là encore, il choisit d’utiliser l’avantage pour ouvrir des négociations qui aboutissent au traité des Pyrénées et au mariage du roi avec l’infante d’Espagne. L’épisode fut d’ailleurs de haute volée, le roi s’étant entiché d’une nièce de Mazarin et menaçant de tout faire annuler. Le Cardinal devra menacer en retour le roi de son retrait et le bousculer au nom de son devoir de monarque pour faire aboutir l’union. La guerre de 30 ans soldée, la paix avec l’Espagne solidement conclue, Mazarin avait acquis en Europe une renommée immense au point que l'on parlait de lui pour le prochain pontificat. Mais il était aussi complètement épuisé et malade. Sa relation de confiance avec Louis XIV, majeur depuis longtemps, lui permet néanmoins de rester en responsabilité jusqu’à sa mort. Par admiration pour son ministre qu’il considère comme un père, le jeune roi résistera aux pressions de ses jeunes et fougueux amis qui le pressent de prendre le contrôle du pays à la place d'un Italien toujours perçu comme un usurpateur. La mort de Mazarin est d’ailleurs emblématique. Alors que Louis-Philippe s’était déplacé pour faire ses adieux à Talleyrand, ce qui était complètement contraire à l’étiquette, Louis XIV ordonne, le 5 mars 1661, que des prières publiques de 40 heures soient dites pour le Cardinal, hommage normalement réservé aux rois. L’anecdote révèle qu’aux yeux du roi lui-même, Mazarin à sa mort était monarque de France.

Le jugeant irremplaçable et comptant davantage sur l’éducation reçue du cardinal que sur n’importe qui d’autre, Louis XIV ne le remplace pas et prend ses fonctions. Il hérite d’un pays pacifié, agrandi mais aux frontières stables, doté d’un début d’organisation administratif qui ne demande qu’à s’étendre et d’une armée désormais contrôlée directement par le roi.

L’Italien roturier avait mis un terme à l’agitation nobiliaire et ouvert les portes de l’absolutisme. Son succès était total et bien plus éclatant que celui de Richelieu. Pourtant, l’histoire française, peut être légèrement xénophobe, n’a jamais reconnu que ses défauts et faiblesses alors que le roi soleil, qui n’est que son bilan personnifié, demeure une fierté de l’imaginaire collectif.

Puisque j'aime bien avoir une biographie sur la table de chevet, même lue en parallèle à d'autres bouquins, je me demande cependant qui sera ma prochaine cible. Je penche pour le XIX° siècle, que je connais trop mal. Napoleon III, qui me semble lui aussi injustement mal aimé par l'histoire? Ou partir à l'étranger et étudier Bismark qui me semble être un monument de la culture Allemande?

dimanche, août 23 2009

Mazarin: du roturier au ministre principal

La biographie de Mazarin lut, il fallait bien que j'en laisse une trace au moins équivalente à Talleyrand, puisqu'il le vaut largement. C'est donc parti pour 2 billets dédiés à Mazarin et ce que j'ai appris à son sujet

Ma première surprise avec Mazarin, c’est sa naissance. Je le savais Italien, mais j’ignorais qu’il était roturier. Aujourd’hui, cela pourrait paraitre un détail, mais, à l’époque, imaginer une seule seconde qu’un homme issu du peuple, qui plus est Italien, pourrait être le ministre principal du Royaume de France et le parrain de l’héritier de la couronne est tout simplement invraisemblable.

Romain et ayant eu l’occasion de faire quelques études et de voyager, chanceux d’avoir un père intendant d’une famille proche du Pape, c’est tout naturellement qu’il s’engage au service de l’église. Son ambition et sans doute aussi sa compétence, le mènent à devenir un personnage clé lors de l’interposition de l’Eglise entre l’Espagne et la France, lors de la crise de succession de Mantoue. Son acte de bravoure de Casal, où il s’interpose personnellement entre les deux armées prêtes à en découdre, est l’acte fondateur de sa carrière. Il y dévoile sa capacité d’organisation et de négociation et y apprend surtout que la paix repose sur l’équilibre des forces, idée novatrice à l’époque. Il y gagne la reconnaissance du Pape pour son efficacité et se fait connaitre de Louis XIII et surtout du Cardinal de Richelieu. L’accord conclu est en effet plutôt favorable à la couronne de France, puisqu’il lui accorde la place forte de Pignerol. J’y ai moi appris quelques informations à propos de la Savoie, cet état interposé entre l’Italie et la France, criblé de places fortes, qui ne pouvait que tomber un jour dans l’escarcelle de l’un ou de l’autre. Pignerol, par exemple, semble avoir été un réel enjeu stratégique, et je brule de visiter un jour ce lieu.

Quoi qu’il en soit, c’est ce coup d’éclat qui révèle le jeune Julio Mazarini au véritable maitre de la France qu’est le Cardinal de Richelieu. Leur rencontre sera déterminante, bien plus que ne l’imaginait à l’époque Mazarini.

Il s’ensuit plusieurs années, entre 1631 et 1639, marquées par une sorte d’indécision de la part de Mazarini. Déjà, il vise la pourpre, mais louvoie beaucoup entre la France, l’Italie, le service du roi ou celui du pape. Il cherche surtout à ne se fermer aucune porte, et refuse par plusieurs fois des nominations qui lui imposeraient de devenir prêtre et l’enfermerait dans une voie. Ce faisant, il prend le risque de manquer une carrière qui, pour un homme de sa condition, serait déjà un grand succès. Ses maitres semblent conscient du potentiel de l’homme, mais pas pressés de l’élever au cardinalat qu’il vise. Ce n’est qu’en 1639 que Richelieu, sentant sa fin venir, fait revenir Mazarini à Paris. Après quelques missions réussies, il impose quasiment au pape la nomination de Mazarini. A sa mort en 1942, Louis XIII, irrémédiablement fidèle à Richelieu, suit son conseil et nomme Mazarini ministre principal. Plus que ça, il devient le parrain du dauphin et devient responsable de son éducation. Cela semble anecdotique, mais l’impact de l’enseignement de Mazarin sur Louis XIV explique en bonne partie le règne du souverain.

Louis XIII ne survit que de quelques mois à Richelieu. Pour Mazarini, la situation est extrêmement délicate : héritier d’un Richelieu à la politique honnie, son seul appui était le roi. Il est prévisible que la régence, logiquement dirigée par la reine ou Gaston d’Orléans, ferra table rase de la politique de Richelieu, et ferra la paix, même défavorablement, avec l’Espagne : La reine est d’origine Espagnole, d’Orléans est du parti dévot à la solde de l’Espagne. Mais il se produit un coup de théâtre historique : La reine obtient la régence et, à la surprise générale, maintient Mazarini comme ministre principal. Ce petit évènement révèle deux choses : la première, c’est l’influence de Mazarini sur la reine, la seconde, le courage de celle-ci.

Mazarin était déjà proche de la reine avant la mort du roi, et il l’a convaincu que son rôle de reine et régente était de préparer un règne glorieux pour son fils Louis. Pour cela, il fallait une France forte en Europe et donc poursuivre la politique guerrière de Richelieu contre l’Espagne et la maison des Habsbourg dont la l’habile politique matrimoniale laissait entrevoir une domination sur toute l’Europe. Cette vision est la première fondation du règne de Louis XIV, dont le succès illuminera toute l’Europe.

Mais pour la reine, cela demande beaucoup de courage : elle, qui est profondément croyante, doit poursuivre la guerre contre le très catholique roi d’Espagne, son propre frère, alors même qu’auparavant elle pressait le roi d’en finir avec les hostilités. Par cette décision, elle sait qu’elle déplaira au Pape, qui aimerait une alliance des puissances catholiques contre les protestants. Mais surtout, elle se met à dos l’opinion publique de son pays, lassé et épuisé par la guerre de Richelieu, mais aussi d’une bonne part de la noblesse et du clergé qui s’imaginaient déjà prendre les commandes du pays en profitant de la vulnérabilité du jeune roi. Hors, elle confie la France à Mazarini, un étranger roturier !

Cet épisode m’a véritablement passionné, car je ne le connaissais pas, qu’il est un véritable coup de force et qu’il porte les germes de la fronde en premier lieu et de l’absolutisme royal en second. En choisissant Mazarini, étranger au fort accent, héritier politique de Richelieu, la reine dévoile le programme politique qu’elle suivra avec opiniâtreté jusqu’à la majorité de son fils : maintenir une France forte et autonome à l’extérieur, asseoir et amplifier l’autorité royale à l’intérieur.

L’objectif donné, elle se reposera entièrement sur Mazarini, celui-ci l’initiant par la même occasion aux arcanes de la politique, mélange de dissimulation, de coup de force, de conciliations.

lundi, août 17 2009

Le maître du jeu

J'ai eu pas mal de difficultés à rentrer dans cet ouvrage et si l'épilogue de la vie de Mazarin ne m'avait pas autant intéressé, je crois que j'aurai abandonné.

Mon principal reproche tient à l'approche de la biographe sur son personnage. Spécialiste du cardinal de Retz, grand adversaire politique (vaincu) de Mazarin, je crois qu'avec ce livre, elle tentait quelque peu de réhabiliter un homme d'état mal aimé par l'histoire, sur lequel elle avait peut être un peu tapé dans le passé dans son étude de Retz.

De fait, le début de l'œuvre est alourdi par de nombreuses marques de partialité vis à vis de celui qui est encore Julio Mazarini, Italien au service du Pape. Ses succès sont incessamment présentés comme la preuve de son exceptionnelle intelligence et de son habileté, tandis que ses défauts ou échecs sont marginalisés, imputés à la malchance ou, au pire, au besoin de la cause.

Cela m'a évidement un peu choqué et m'a remémoré les paroles de Waresquiel à propos du Prince Immobile et du devoir du biographe de ne point aimer son sujet d'étude, même si lui même confesse peiner, surtout vers la fin, à conserver cette distance.

Dans le cas de Mazarin, encore plus détesté par l'histoire que Talleyrand, cette tendance à la réhabilitation est cependant parfois compréhensible, tant il me semble évident que le bilan du Cardinal Mazarin est dénigré vis à vis de celui de Richelieu. C'est d'ailleurs pour cela que je me suis lancé dans cette biographie.

Talleyrand m'a passionné car tout en représentant la fine fleur de l'aristocratie issue de la monarchie absolue, il est passé au travers des turbulences révolutionnaires et impériales avec une habileté étonnante.

Mazarin quant à lui est, 1,5 siècles auparavant, l'exact opposé: issus du peuple Italien, sans titres, il est celui qui légua à Louis XIV un pays en ordre de marche pour l'absolutisme. De ce point de vue, Mazarin est davantage le père du roi soleil que Louis XIII.

Dernier parallèle avec Talleyrand, il avait compris avant beaucoup de ses contemporains que la clé d'une paix solide réside dans l'équilibre des forces extérieures. Talleyrand, par son influence lors du congrès de Vienne, fournit à l'Europe presque 60 ans de paix. Mazarin de son coté mit un terme à la guerre de 30 ans, avec les accords de Westphalie puis à la guerre d’Espagne avec le traité des Pyrénées. Des traités qui auraient tenu sans le caractère belliciste du jeune Louis XIV.

Mazarin.jpeg

jeudi, avril 23 2009

Le cimetière des poupées

Eprouvante lecture. Eprouvant sur la première partie, où j’ai du me forcer à poursuivre la lecture. Le style est particulier, les phrases sont sur le papier telles qu’elles seraient dans la pensée du personnage. Les sujets sautent d’un verbe à l’autre, les associations sont parfois difficiles à faire. La forme est donc difficile. Normalement, je suis assez friand de ce genre d’innovations mais là, j’ai trouvé que c’était un peu too much. J’ai donc ressenti une certaine déception et, si je n’avais pas eu envie de lire ce bouquin depuis longtemps, j’aurais abandonné.

Le fond, quand à lui, est à désespérer, puisqu’il s’agit tout de même d’une femme au fond de la dépression dont la seule pensée fixe consiste à se rabaisser à ses propres yeux.

La seconde partie du bouquin est éprouvante sur le fond seulement. Parce que la forme, on s’y habitue et elle parait finalement en osmose avec la confusion de la pensée du personnage. Peu à peu, on commence à entrevoir l’acte d’infanticide et on réalise de plus en plus son coté inéluctable. La psychologie du personnage est en effet complexe. Elle n’est plus aimée de son mari, ne l’aime plus non plus mais est incapable de s’en détacher. Elle voudrait surprotéger ses enfants, qu’elle aime intensément, au point de les reclure pour leur épargner les souffrances potentielles du monde réel. Par vengeance pour son mari, qui, estime-t-elle, lui vole ses enfants, elle porte secrètement, exclusivement, un dernier nouveau né.

Dès lors, à partir de l’accouchement, il ne peut échapper à la mort, seul solution qu’elle trouve pour en conserver l’exclusivité définitive et pour lui épargner la dureté de la vie extra-utérine.

Simultanément, elle se méprise elle-même de plus en plus, assumant maladivement son acte qui la range dans l’abominable catégorie des infanticides. Son seul regret étant d’être séparée de ses enfants tout en s’en félicitant, puisqu’il est si dur d’assumer une mère criminelle.

Autant dire que ce n’est pas simple, ni à lire, ni à comprendre. Je reste un peu déçu par ce livre.

dimanche, mars 1 2009

Ensemble, c'est tout

Je suis actuellement en train de lire « ensemble, c’est tout ». Le bouquin dont fut tiré le film éponyme qui, à l’époque, m’avait laissé une impression mitigée.

Lolotte s’est émue de me voir lire un bouquin aussi cruche. C’est vrai, c’est cruche : une artiste anorexique qui fait des ménages pour survivre, un noble royaliste maladivement introverti, un cuisinier motard bourru coureur de jupons et sa grand-mère, une vieille dame placée en institution et qui en crève après s’être cassé la figure dans sa cuisine. Et tout ce monde se télescope, dans un appartement vermoulu de 350 mètres carrés à deux pas de la tour Eiffel. Il y a des filles qui minaudent et se font sauter, des portraits de famille, une queue de cheval alezan de la fin du 19° siècle, des Tupperware jaunes et une salle de bain des établissements Porcher. Alors évidement, c’est cruche.

Mais, après les délires du vocabulaire de l’élégance du hérisson ou les scandaleuses aventures des héros de Sagan, je découvre là un bouquin écrit à coup d’idées subites : Au milieu de la narration, des phrases sont jetées sur le papier comme des idées, sans tenir compte de la suite logique, simples retranscriptions des pensées des personnages. On est parfois dans la tête de l’un, tantôt dans les songes de l’autre. C’est très amusant et plaisant. Le résultat me fait penser à un blog, impudique et direct, plein de néologismes amusants, de constructions linguistiques bâclées dont l’objectif -raconter une histoire telle qu’elle est vécue- et largement atteint.

Je compte revoir ensuite le film, mais je sais ce que j’y trouverai : des personnages beaucoup plus consensuels qu’ils ne sont dans le bouquin. C’est toute la force d’un livre : au travers des mots, des phrases, des paragraphes, des adverbes et des adjectifs, on entre beaucoup plus profondément dans l’intimité d’un personnage. En durcissant ou atténuant le trait à volonté, l’imagination du lecteur fait le reste.

samedi, janvier 10 2009

L'élégance du Hérisson

Il m’est toujours difficile de parler d’un livre. Pourtant, je suis bien obligé de parler de l’Elégance du hérisson, ne serait-ce que pour me souvenir de ce bouquin dans quelques mois, lorsque je jetterai un œil amusé sur mes propres archives. Ce bouquin est un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre de tout. Le mélange improbablement réussi de tout ce que j’aime. J’aime le rythme, j’aime l’écriture, j’aime le thème, j’aime les personnages et, même si la fin me navre, je l’aime quand même : après tout, il fallait bien en finir!

C’est aussi une merveille d’orthographe. Je n’ai pu m’empêcher de noter quelques uns des mots que je ne connaissais pas ou mal. Lavallière, léonine, paradigme, incunable, suroit, rombière, superfétatoire, fate, ontologique, phtisique, syncrétisme, stuporeuse, étiologie, asthénique, aménité, duègne, congruence, feston, forclusion du nom du père… Plein de mots, qui me feront passer plein d’instants délicieusement extatiques, le nez dans le dictionnaire. C’est formidable, surtout lorsque l’on imagine que le livre traite de l’histoire d’une concierge dans un immeuble de riches où vit justement une jeune fille trop intelligente et donc, suicidaire. S’y ajoutent des chats plus ou moins obèses, des pimbèches, un réalisateur japonais, des plantes vertes, un jeune drogué, une femme de ménage évidement portugaise, des tasses de thé et une fourgonnette de pressing.

Ce fourre tout d’humanité accouche évidement de tirades splendidement cyniques, de descriptions délicieuses, parfois acerbes et cruelles, parfois simplement belle par la simplicité de ce qu’elles narrent. Un superbe moment de littérature.

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