Rouge-cerise.net

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, février 24 2010

Sanctuarisation, Grenelle, diffamation

Je suis de plus en plus consterné par la vie politique de notre pays. L’indécence et l’irrespect dominent tellement que c’en est effrayant. Les coups de communications se succèdent à un rythme effréné en laminant toute possibilité de traiter de sujet de fond, tout espoir de faire preuve de réelle pédagogie. A ces coups de communication, les représentants politiques se répondent mutuellement par avocats interposés. Tout le monde attaque tout le monde en diffamation, dans la droite ligne d’une époque devenue procédurière et revancharde. Et tandis que les protagonistes débattent dans les tribunaux de l’irrespect de tel ou tel mot lancé à dessein pour faire parler, plus personne parmi nos dirigeants ni nos journalistes ne trouve le temps de demander si l’irrespect, ce n’est pas d’envoyer dans un collège de ZEP des professeurs débutants et contrôler 10 fois par jour l’identité de ses étudiants. Ni personne pour dire que l’indécence, c’est qu’un homme puisse être rémunéré plusieurs centaines de fois plus qu’un autre alors que rien ne peut justifier pareille différence.

Mais de temps en temps, pour faire croire qu’un changement va se produire, un Grenelle est annoncé. De l’environnement, de l’emploi, des jeunes, de la banlieue, des retraites et même de l’île-de-France. On use jusqu’à la corde un mot qui fut synonyme de bouleversement, de consensus, et qui ne promet plus aujourd’hui que paroles et désillusions. Des paroles qui, parfois, se transforment en déclaration de sanctuarisation des établissements scolaires, annonce faite avec un air grave et un ton martial. Je ne sais pas ce que signifie sanctuarisation pour vous, mais pour moi, ça sent la mort, la pierre poussiéreuse, l’immobilité, l’encens, l’obscurantisme et le mur d’enceinte. Le contraire de ce que devrait être l’école publique, lieu de jeunesse, d’activité, d’élévation intellectuelle, d’échange. Sanctuariser, c’est isoler, jeter un voile pudique sur les problèmes, les renvoyer hors du mur d’enceinte et se mentir en croyant qu’ils n’existent plus.

Ce n’est pas de sanctuaire dont l’école, et la société dans son ensemble, a besoin. C’est d’espoir, de décence, de sérénité. A l’évidence, ce ne sont pas des choses que l’on peut obtenir en travaillant plus pour gagner plus.

dimanche, octobre 18 2009

Le fiston

Ma participation à un google bombing qui se justifie. En plus, il parait que c'est proposé par un roux. Rien que par solidarité, je suis forcé de participer!

Jean Sarkozy? Un fils à papa, c'est sûr! Et les amis politiques de Jean Sarkozy, qui soutiennent que sa probable arrivée à la tête de l'EPAD n'est que le fruit de son talent? Pas des fils à papa, mais de sacrés menteurs.

Comment peuvent ils dire ça avec autant d'aplomb? Se rendent ils compte qu'il décrédibilisent autant leur mouvement politique que la politique en général? N'ont ils donc pas, eux, un fils, une fille, un neveu ou un cousin du même âge qui galère rien que pour obtenir un entretien pour un stage? Des jeunes de 23 ans, il y en a plein qui ne trouvent pas de travail, et qui sont diplômés d'un master en économie, en langue, en gestion, qui sont ingénieurs, physiciens, chimistes. La légitimité de leur diplôme, pourtant vanté par le président Sarkozy il n'y a pas une semaine, ne semble pas ouvrir les même portes que la légitimité d'être élu conseiller municipal UMP d'une ville politiquement à droite depuis la libération. D'ailleurs, rien que cette légitimité est risible. Un type de cet âge avec ce CV, s'il s'était nommé Mathieu Dupont, n'aurait jamais été conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine. Facteur, peut être. Et encore, même pas: le facteur de Neuilly, sa licence, il l'a obtenue.

Alors, ces responsables politiques amis de Jean Sarkozy, objectivement, sincèrement, peuvent ils jurer, la main sur le coeur, qu'un jeune homme de 23 ans et 2 mois, sans diplôme, sans aucune expérience professionnelle, en serait là où il en est s'il ne s'était pas appelé Jean Sarkozy? N'ont ils donc aucune fierté pour se mentir à eux-même de la sorte? Pensent ils sincèrement qu'il est l'homme qu'il faut pour ce poste? Sont ils certains que le fils à papa de Neuilly, sur le terne éclat d'une légitimité contestable et sans rapport avec la gestion d'une zone économique, est l'homme dont a besoin le plus gros quartier d'affaire d'Europe continentale?

Ils arguent de son talent. Mais lequel? On peut avoir du talent en droit, en langue, en gestion humaine, en cuisine, en mathématiques, en course à pied. Que l'on nous dise donc quel est le talent si époustouflant qu'il justifie que l'on retienne la candidature de Jean Sarkozy au poste de président de l'EPAD!

La mauvaise foi, lorsqu'elle atteint un tel niveau, n'est plus seulement énervante. Elle est scandaleuse. Elle est méprisable. Elle est pitoyable. Je n'avais pas aimé le mot de Kohn Bendit lors des élections européennes, mais là, il se justifie: Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD, c'est minable.

vendredi, juin 5 2009

A vous de choisir...

Avez vous regardé la télévision jeudi soir? C'était émission de débat européen. Et c'était pitoyable. Et il faut hélas convenir que, niveau comportement, le plus contenu a été le révolutionnaire Besancenot. Talonné par Bertrand, puis Aubry, puis Bayrou.

Bayrou, dont je me demande de plus en plus si sa stratégie sera payante. Bayrou, qui doit quand même être sacrément résistant pour encaisser le mépris qu’il récolte à longueur de journée. Bayrou, qui aurait du conserver sa hauteur vis-à-vis des provocations de Cohn-Bendit, même s'il est vrai que celui ci a fait des attaques personnelles pendant sa campagne, attaquant Bayrou l'homme et non le politique et, plus grave, sa foi catholique, ce qui est inadmissible dans le cadre d'une élection en pays laïc. Je n’aime pas Cohn-Bendit, je n’aime pas son coté donneur de leçons, faussement humble et modeste, amis de tous dans la jovialité, drapé dans son Européanisme. Il peut critiquer Bayrou et son ambition, servir du « tu » à tous le monde, jouer à l’ami qui vous veut du bien… Il n’est pas moins imbu de sa personne que ceux qu’il attaque. Durant toute l’émission, d’ailleurs, il a été l’un des plus remuants, mettant toujours de l’huile sur le feu tout en attisant les braises, s'esclaffant, riant des dissensions, amusé par le pugilat. Sans savoir se tenir, tutoyant tout le monde et surtout ceux qui le vouvoyaient, sans avoir ce minimum de retenue que se doit d’avoir un candidat à une élection. On ne peut pas crier sur la perte des repères, sur l’abaissement général, en se comportant ainsi face aux Français. Ce n’est pas un jeu, la politique, ce n'est pas une soirée entre potes ou l'on peut s'amuser à refaire le monde en faisant exprès d'animer le débat.

Je ne l’aime pas et même si je doute de la stratégie et du programme de Bayrou, je ne serais pas de ceux qui lui apporteront mon suffrage, même si le programme d’Europe ecologie est loin d’être mauvais.

Je ne porterai pas non plus mon suffrage, évidement, ni à Mélenchon le noniste, ni à Besancenot le révolutionnaire suranné, ni à De Villier le nationaliste, ni à Le Pen l’agitatrice.

Reste, comme d’habitude, Bertrand le Sarkoziste, Aubry la chef du parti chaotique et Bayrou qui joue au populiste.

Prenons Bertrand le Sarkoziste. Lui, c’est non. Je ne peux pas. Même sans regarder son programme, je bloque. Ca m’ennuie de le dire, mais c’est viscéral. Ce type sent la fourberie à plein nez. Son petit sourire méprisant, son calme voulant montrer une infinie patience… Je ne peux pas. Il suinte la méthode Sarkoziste à plein nez, cette méthode qui a toujours contre-exemple à tout, mélange de fausse compassion et de vrai mépris. Il exsude la suffisance. Dès qu’il parle, je sens le mensonge et l’absence absolue de sincérité. Même si le programme de son camp était bon, rien qu'à cause de lui, je ne voterai jamais UMP. Et de toute manière, son programme est mauvais. La présidence (réussie) Sarkozy de l’Union ne doit pas faire oublier qu’il nous aurait entrainé en Irak, nous a fait réintégrer le commandement de l’Otan (ce qui nous prive de plusieurs centaines de nos meilleurs officiers), et n’a cessé de promouvoir l’ultra libéralisme. C’est quand même lui qui disait que les français devaient s’endetter plus pour consommer plus ! C’est son parti qui a poussé les lois inapplicables à propos d’internet, heureusement retoquées par le parlement européen grâce à des socialistes ! C’est lui, qui crachait sur la BCE dont le comportement a pourtant été irréprochable. C’est eux qui nous ressortent le chiffon rouge des 35h, alors que les 35h dans le privé sont un vrai succès qui a apporté de la flexibilité, et que la moyenne Européenne est en dessous de 35h ! Si les français bossent moins, c’est parce que les jeunes ne trouvent pas de travail et qu’à 60 ans, tout le monde est à la retraite, contrairement à tous les autres pays. Mais de cela, pas un mot. Donc non. L’UMP de Bertrand, c’est impossible.

Bayrou, j’ai l’habitude de voter pour son projet. Jusqu’à récemment, il me semblait le plus digne des fonctions de représentation. Mais cette campagne européenne est un fiasco. Le MoDem, qui avait la plus grande légitimité pour parler projet européen, ne l’a pas fait. Il y a eu quelques éclats de Jean François Kahn, que je n’aime pas beaucoup plus que Cohn Bendit. Il y a eu la proposition de remplacer Barrosso, mais c’est une proposition solitaire, plus symbolique qu’autre chose vu l’isolement du MoDem à Strasbourg, lâché par son seul allié valable, La Marguerite Italienne. Il y a ses candidats, trop peu mis en valeurs alors que contrairement au PS et à l’UMP, ce sont de vrais Européens, pas des récompenses tactiques. Une campagne ratée, par la faute de Bayrou, il faut bien le dire. Trop axé sur le débat français, et un programme finalement assez terne et qui reste dans les grandes intentions nobles... Et un isolement Européen grandissant, pas si grave dans la mesure ou les députés européens ne sont pas vraiment disciplinés vis-à-vis de leurs groupes, mais tout de même… Mais est-ce suffisant pour détourner mon vote ?

Et puis, il y a Martine Aubry. Martine, je l’aime bien. Quand elle s’est déclarée dans la course au PS, j’ai su que Delanoë échouerait. Martine, elle a la carrure, elle a le statut, elle a le bagage culturel, elle a la retenue qui sied à un grand leader. Elle me fait penser à Mme Merkel. Je n’aime pas toutes ses idées, mais elle les assume avec constance. Même si le parti socialiste est dans un sale état, je suis convaincu que si les médias cessaient de répéter qu’il est à l’agonie, les egos internes s’assoupliraient et on verrait que des idées, il y en a. Martine, j’ai envie d’y croire, parce que j’ai comme une nostalgie de l’époque Jospin. Tout ne fut pas parfait, mais avec le recul, on est forcé de constater que de 97 à 2002, le chômage baissait (et ce n’était pas encore lié à la démographie), la croissance était meilleure que nos voisins, il y a eu le pacs, la couverture maladie universelle et les comptes de la sécu à l’équilibre, les 35h (belle avancée malgré l’échec pour certains secteurs), même la dette semblait sous contrôle, comme les banlieues avec la police de proximité. Alors, j’ai envie d’y croire et j’ai envie de soutenir Martine. Parce qu’elle incarne une certaine idée de la politique, et peut nous débarrasser de Ségolène Royale dont la stratégie basée sur la compassion, l’évènementiel et le poids du fait divers n’est pas du tout à la hauteur des fonctions auxquelles elle prétend. Et aussi parce que Jeudi soir sur France 2, elle était parmi les plus dignes.

Du coup, je ne sais pas pour qui voter dimanche.

dimanche, mars 2 2008

La vie à crédit (3 et fin)

On poursuit et on termine, enfin. Pour ceux qui n'ont pas suivit, tout ce qui suit n'a aucun sens s'il n'est pas rapporté à ce que j'ai dit à propos du crédit (1), de la politique monétaire (2), des faux monnayeurs et de l'histoire de l'Euro (3) et enfin de la Chine (4). Mais ne tardons pas...

Trèves de plaisanterie. J'ai raconté mon histoire sur l'économie Chinoise pour démystifier un peu ce pays qui ne sera pas la plus grande puissance du XXI° siècle. Car au XXI°, il n'y aura pas de grande puissance. La Chine, les pays Arabes, les fonds souverains, achèteront quelques entreprises américaines, profitant de l'aubaine d'un pays bourré d'entreprises en vente pour pas cher. Mais jamais, jamais les USA ne laisseront des fleurons leur échapper. Ils préféreront se traîner et entraîner le monde dans une longue crise. Voilà, à court terme, ce qu'il risque de se produire:

Le gros des subprimes n'est pas encore arrivé. Des dizaines de milliards sont encore portés disparus. Des banques, et surtout des assureurs (monolines) vont devoir éponger. Des faillites ne sont pas à exclure parmi ces assureurs et parmi les fonds spéculatifs privés, à la gestion aussi opaque que court-termiste. Surtout, l'incendie est à l'heure actuelle sur les crédits immobiliers. Avec la récession américaine, de nouveaux crédits vont être impayées: les crédits à la consommation des particuliers, les crédits servant à des rachats par effet de levier pour les entreprises. Il est évident que le monde de la finance, qui a beaucoup rigolé avec la titrisation, avec les produits financiers complexes excluant tout risque, les fusions à crédit, ce monde là va exploser. Pas de révolution pour autant: juste un retour à la réalité, avec des banques qui prêteront pour des projets viables, et non pour de l'auto-fabrication d'argent à risque soi-disant nul. Il n'empêche que pour des USA trop désindustrialisés, dont l'économie entière tournait sur ces mécanismes, le coup sera très rude. La crise sera soit très violente, soit très longue, car il y a des années de vie à crédit, des centaines de milliards de dollars à éponger. Selon certains économistes (à commencer par Martin Wolf, du financial Times), c'est 1000 milliards de dollars que le système financier devra liquider. Bien loin des 400 millions prévus pour les seuls subprimes.

Le contrôle des risques, la réalité reprendront le dessus sur l'euphorie, ce qui changera de nombreuses choses à moyen terme, car cette crise fait réaliser que la déréglementation n'a pas tenu ses promesses. Même aux USA, j'ai le sentiment que les citoyens en ont assez des financiers jouant, perdant des milliards, détruisant des industries entières pour faire gagner à court terme des indices boursiers. Il y a, je crois, de cela dans le rêve proposé par Barak Obama: le retour de l'humain dans l'économie, et donc le retour d'une régulation politique. Politique, le mot est lancé.

Car en vérité, c'est Chirac qui avait raison: le monde sera multipolaire. Il y aura 3 pôles, peut être 4, ceux qui existent actuellement d'un point de vue économique: USA, Europe, Asie + Chine. Il n'y aura que rééquilibrage en défaveur des USA, et l'Europe a le potentiel de ne pas y perdre trop de plumes. D'ailleurs, c'est déjà en route. Et c'est le scénario optimiste auquel je souscris, car l'Europe n'as pas tous ses oeufs dans le même panier, n'est pas complètement désindustrialisé et son marché intérieur est solvable. Le dollar va donc continuer à s'affaiblir, les banques centrales de tous les pays vont continuer leur mouvement de diversification, et le commerce international va abandonner les dollars pour devenir multidevise. Ça sera plus compliqué, ça sera désastreux pour l'Amérique, mais plus sain pour tout le monde. Et comme je l'ai dit, c'est déjà en route: Depuis décembre 2006, l'Arabie Saoudite, grand pote des USA, achète de l'Euro pour diversifier ses coffres. Depuis mars 2007, l'Iran vend partiellement son pétrole en Euros. En Juillet, ce même Iran demande au Japon de payer en Yen. Entre temps, La Syrie et le Kuwait ont abandonné l'indexation de leur monnaie sur le dollar. En Septembre, Hugo Chavez fit transférer les comptes d'investissement en dollars de la société pétrolière vers de l'Euro et des monnaies asiatiques. Partout ailleurs, il devient de plus en plus facile d'acheter en Euro, les vendeurs se méfiant d’un dollar se dévaluant. Ces vendeurs, riches en Euro, finiront par les dépenser. Les exportations se feront alors de plus en plus en Euro. Si la banque centrale Européenne reste sur ses positions en faveur d'un euro stable et fort, l'Euro peut devenir une monnaie de référence à court ou moyen terme. Son indépendance vis-à-vis d'un pouvoir politique lui donne une force immense. Et c'est bon pour nous, puisque les problèmes de compétitivité liés aux risques de change seront réduits. Il conviendra ensuite de rester vertueux, et ne pas jouer avec notre monnaie comme l'on fait les USA.

Avec un monde multipolaire, la mondialisation va en prendre un coup. L'OMC, enlisé depuis des années dans le cycle de Doha pour la suppression de barrières douanière, va mourir doucement. Avec lui, le FMI et autres héritages de Breton Woods. Nous assisterons à la naissance de groupes économiques. Ils seront basés sur des communautés d'objectifs et de culture. Car ceux qui affirment qu'avec la mondialisation, un Chinois agit, pense et cherche le bonheur de la même manière qu'un Européen, qu'un Africain noir, qu'un Brésilien, ceux-là ferraient bien de sortir des salles de marché boursier, du monde des élites cosmopolites, et d'aller faire un tour dans les rues populaires, hors les salles de conférence des Hiltons et Méridiens.

Avec ces groupes économiques, un protectionnisme raisonné, c’est-à-dire politique et non lié au marché, se mettra en place, apportant une nécessaire régulation basée sur la réflexion politique et sur le long terme. Car si le marché libre fonctionne pour gérer les problèmes instantanés et à court terme, il est incapable d'agir en suivant une stratégie à long terme. Le marché est tacticien, pas stratège. Face aux défis écologiques, aux défis de l'après-pétrole et surtout au défi alimentaire (qui mériterait bien un billet à lui seul), nous avons besoin d'une stratégie. Surtout, faces aux problèmes à venir (alimentation et énergie), les peuples exigeront de leurs gouvernements un contrôle politique. Pensez vous vraiment que les populations de pays fortement producteurs accepteront de payer le blé les yeux de la tête, sous prétexte de "cours mondiaux"? Sûrement pas. Certains crèveront de faim et mendieront un sac de grain, sac que d'autres donneront plutôt à leurs vaches pour pouvoir continuer à déguster de la viande tous les jours. C'est triste, mais c'est comme ça. Amis égoïstes (je ne m'exclus pas, j'aime bien l'entrecôte!), soyez rassurés: nous sommes du côté de ceux qui donnent le blé aux poules, aux vaches et aux cochons. De fait, il y aura des heurts entre ces entités, mais la situation sera plus saine, car les forces seront équilibrées: Ainsi que l'a toujours dit Charles Maurice (de Talleyrand) (youhouuuuu, j'ai réussi à caser mon Charles-Mauricechou dans la crise des subprimes!!), seul l’équilibre des forces assure la paix et la prospérité à long terme. Avec l'effondrement de l'URSS, il n'y avait plus d'équilibre mondial. Avec l'effondrement de l'ultralibéralisme, né de la chute de l'URSS, l'hégémonie des USA va disparaître.

Son capitalisme vainqueur de la planification de l'URSS restera en place, mais l'ultralibéralisme devra connaître son grand soir. Il n'y aura pas de grand bouleversement, soudain et immense, pas de grande utopie.

Voilà pour ce que pourrait devenir le monde. C'est vague, c'est de la prévision gratuite (donc qui ne vaut rien), et je suis curieux de savoir ce que vous, vous en pensez. Il y a dans mon propos une part d'utopie et d'idéalisme, sans doute, mais dans les grandes lignes (paix et bonheur pour tous exclu, donc), voila ce vers quoi nous nous dirigeons, à mon sens. D'une part, parce que ce scénario me semble le plus réaliste au regard de ce que je sais. D'autre part, parce que le scénario le plus pessimiste, j'aimerai autant qu'on l'évite: Un durcissement des positions trop violent, un effondrement des USA trop fort et trop précoce entraînant l'explosion de la société Chinoise trop dépendante des exportations, un vent de protectionnisme trop excessif, voilà qui pourrait nous entraîner dans une crise très forte provoquant un effondrement brutal du dollar. Une dévaluation monstrueuse, ruinant les créanciers de l'Amérique.

Évidemment, si vous vous imaginez que les créanciers de l'Amérique accepteront d'être les seuls dindons de la farce, vous êtes optimistes. N'oublions pas que si le traité de Versailles, 1919, portait en lui des désirs de revanches militaires, le reste, 1933 et l'incendie du Reichstag, sont nés d'une crise économique violente débutée en 1929 à Wall Street, New-York, USA.

Fin.

dimanche, février 3 2008

La vie à crédit (2.5)

Je ne résiste pas à l'envie d'allonger un peu mes prétentions de vulgarisation économiques... (1) et (2) Avant la dernière partie à venir, un intermédiaire sur les forces en présences et surtout, comment on en est arrivé là. Car l'histoire permet toujours de comprendre le présent. C'est un peu romancé et simplifié pour les besoins de la cause, mais fondamentalement, mes propos sont justes.

Quelle est la différence entre des faux-Monnayeurs et les Etats-Unis d'Amérique?

Aucune.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, le monde a fait le constat suivant: Hitler est arrivé au pouvoir en se présentant comme sauveur auprès d'une nation asphyxiée par la crise économique et l'inflation galopante. Pour garantir la paix mondiale, il fallait donc se prémunir contre de nouvelles situations similaires. Les accords de Breton Wood ont donc réalisé deux choses: Tout d'abord, entériner la victoire du dollar US comme monnaie de référence. Pour financer leurs deux guerres mondiales, les pays d'Europe se sont ruinés, ont vidé leurs coffres pour acheter de l'équipement au USA. En 1945, l'Amérique détient 80% du stock d’or mondial, et est le créancier du monde. Cela lui permet d'investir très massivement (le plan Marshal) pour la reconstruction. Indirectement, ces investissements impriment également la marque anglo-saxonne dans le monde de la finance, renforçant encore leur puissance hors USA. Deuxièmement, le dollar est indexé sur le cours de l'or. Monnaie de référence indexée sur le cours du métal jaune, le dollar devient ainsi une monnaie insubmersible, protégée contre l'inflation par l'inébranlable stabilité de la valeur de l'or. Quelques décennies après, on se rend compte que cette indexation, si elle assure la stabilité, a aussi un inconvénient: hyper-stable, le dollar ne permet pas les jeux monétaires et défavorise les USA dans leur créativité financière: impossible pour la banque centrale d'émettre du dollar pour financer du déficit! Car depuis 1945, le monde a bougé et l'Amérique fait face à de nombreux défis très coûteux : Même pour un pays de 300 millions d’habitants, faire la guerre au Viêt-Nam tout en allant se promener sur la lune représente une dépense colossale. L’Amérique se rend compte que le dollar est bien implanté, qu'il est une référence, que tout le monde lui fait confiance. Pourquoi, dès lors, ne pas pousser un peu le bouchon, créer du billet vert ex nihilo pour payer les fournisseurs? De toute manière, le dollar est insubmersible ! L'indexation est abandonné en 1971.

La plus grande opération de fabrication d'argent commence. Avec ces dollars neufs, l'Amérique achète une pelle, qui lui servira plus tard à creuser sa tombe. Maurice Allais, seul français à jamais avoir obtenu un prix Nobel d'économie, l'a d'ailleurs bien noté: "Dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique… à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents." A qui profite le crime, donc? Aux USA, qui achètent ainsi ce que bon leur semble avec le dollar. La confiance se maintient pourtant: tout le monde croit en la puissante Amérique, seule capable de se dresser contre l'URSS et protéger le monde capitaliste. Pour le bien du monde, le dollar doit donc rester roi. Le dollar puissant gouverne le monde libre. Sa profusion créa une nouvelle activité: la finance. Totalement libéralisé vers les années 80, c'est des perspectives rayonnantes qui s'ouvrent, un monde où le dollar omniprésent finance tout ce qu'on veut: il suffit d'être ami avec ceux qui le fabriquent: les USA.

1989. Coup de tonnerre: l'URSS, colosse à la mesure des USA, s'écroule. Son modèle, basé sur la gestion étatique, a mené au désastre économique, écologique et humain. Seul devant le champ de ruine, les USA n'ont plus de compétiteur. Pourtant, ils ne changent pas leurs pratiques monétaires. Ce faisant, ils commencent à creuser leur tombe avec la pelle achetée avec l'argent du crime. Bien mal acquis ne profite jamais. Comme ça ne va pas vite, que les USA voient grand et qu'ils sont invulnérables, ils accélèrent encore les imprimantes à richesse gratuite: le dollar est invulnérable et indispensable! A grands coups de création monétaire, les américains achètent donc des téléviseurs, des voitures, du carburant, et quelques pelles mécaniques...

Pendant ce temps, l'Europe a changée. Mélancolique de sa puissance perdue, effrayée par ses immenses cimetières militaires, elle s'est réunie. Discrètement d'abord, pour ne pas vexer son voisin URSS, et son protecteur américain. À partir des années 1980, tout accélère. L'Europe, qui n'était pas resté inactive pendant 40 ans, voit bien qu’elle n'a plus vraiment besoin de la protection Américaine : discrètement, la France a construit une force nucléaire civile et militaire, est devenu l'un des plus grand exportateur mondial d'armement, et agite son parapluie nucléaire au dessus de son amie industrielle Allemande. Touche pas à ma copine! Allemagne qui a merveilleusement tiré parti du plan Marshal, a reconstruit une industrie civile puissante dans la machine outil et l'industrie, qui s'exporte tellement bien qu'elle finance a elle seule la réintégration de sa moitié Est. Pendant 10 ans, l’ex RFA injecte autant dans ses provinces de l'Est que les 16 autres dans les pays de l'Est. Le Made in Germany vaut de l'or. La France, aidée de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Espagne, a construit avec Arianespace une industrie spatiale hyper-fiable qui, après le drame de la fragile et dangereuse navette Challenger, lamine l'ami Américain sur le marché des lancements commerciaux de satellites. Mieux que ça, elle en a profité pour conquérir le ciel avec Airbus qui, à la fin des années 1990, grille la politesse à l'Américain Boeing. Pire, ceci a été accompli en finançant simultanément un système social coûteux mais efficace, qui a hissé les pays d'Europe au sommet des espérance de vie mondiale. À la fin des années 1990, l'Europe n'est pas le nain anémique que l'on se complait à présenter.

Dès le début des années 1990, l'Europe a encore autre chose des ses cartons. Sans menace de l'URSS, elle peut se permettre de faire un gosse dans le dos des USA. Le dollars est roi, d'accord. Mais la livre Sterling et le Deutsch Mark ne sont pas mal non plus, et la France contrôle un gros bout d'Afrique avec le Franc CFA. En additionnant ces forces, ne pourrait-on pas être calife à la place du calife?

L'Euro nait avec cette idée: Faire contrepoids au dollar, devenir à terme la monnaie de référence. Londres, pourtant, renâcle et enlève ses billes. L'Euro devra donc faire sans la Livre. Sa colonne vertébrale sera le Deutch Mark.

L’objectif est fixé : La politique monétaire de l’Euro devra aboutir à faire de cette monnaie supranationale la monnaie de référence mondiale. A ce petit jeu, les Allemands ont de l'expérience: partis de rien en 1945, ils ont en 50 ans créé une monnaie respectée. À ce succès, une recette bien germanique: précision, permanence et fiabilité. Précision et permanence, avec une monnaie bien calibrée stable dans le temps, c’est-à-dire avec une banque centrale indépendante d'un pouvoir politique trop enclin aux vues à court terme. La Bundesbank, indépendante, menait donc la monnaie sur la base de la lutte contre l'inflation (grande peur née en 1933), avec la fiabilité qui en découle: achetez du Mark, sa valeur est stable, les politiques ne joueront pas avec pour acheter des téléviseurs. Notons qu'à la même époque, la France menait la politique inverse, avec une monnaie au service du politique, ce qui mena à plusieurs dévaluations. C'est la raison pour laquelle les Allemands, fiers de leur DM, ne l'abandonnèrent qu'après avoir vendu chèrement sa peau: en échange de leur participation à l'Euro, ils exigèrent une banque centrale indépendante, à l'objectif clairement anti-inflation, et la garantie de budgets d'états raisonnables avec moins de 3% de déficit. Ce qui avait porté le Mark très haut porterait l'Euro au sommet !

Le premier janvier 1999, l'Euro naît dans le scepticisme général: personne n'y croit: qui sont donc ces présomptueux et leur monnaie de singe, inventée à partir de rien? Introduit à 1 euro contre 1 dollar, l'euro s'écroule dès sa première cotation et ne cessera de baisser jusqu’en 2002 : Tout le monde est convaincu que l'aventure capotera, et que ces pays ambitieux abandonneront la partie avant d'introduire des billets "Euro" dans les porte monnaies de leurs habitants.

La BCE, toute neuve, s'accroche pourtant au bastingage et veille à la gestation. Le 1 janvier 2002, elle accouche d'un beau bébé, dans l'étonnement et la curiosité. Qui sont donc ces Européens qui, en une seule nuit, ont remplacé 15 monnaies par une seule? Et si leur utopie n'en était pas une? L'industrie Allemande en est, les armes Françaises aussi, l’Italie et le miracle Espagnol également, et Airbus, s'il vend en dollars, construit en Euros. Petit à petit, l'oiseau qui prétend défier l'Aigle fait son nid. Dès 2002, le succès de l’introduction de la monnaie unique auprès des Européens donne une formidable crédibilité à cette nouvelle monnaie, qui remonte la pente, revient à parité avec le dollars au milieu de 2003 et ne redescendra jamais en dessous !

Pourtant, dans le même temps, le reste de monde a bougé également. Un autre mastodonte émerge. La Chine communiste a viré sa cuti. La Chine et sa mentalité pragmatique a depuis longtemps abandonné le collectivisme. Au son du "Enrichissez vous" de Deng Xiaoping, les meilleurs commerçant du monde ont joué leur carte joker: 1 000 millions de chinois, et autant d'ouvriers potentiels corvéables à merci. L'autoritaire PCC a mis ce monde au travail, et a fait de l'oeil à l'Amérique, avec le deal suivant: votre argent contre notre travail. Peu avare de billets verts, l'Amérique a foncé, finançant la Chine dans la construction d'usines de téléviseurs, de T-shirt et de pelles. D'usines tellement grandes qu'elles produisent plus que n'en peut absorber l'Amérique. Qu'à cela ne tienne: la Chine a cassé les prix pour prendre les marchés, indexé sa monnaie sur le dollars pour la stabilité et refait un deal avec l'Amérique: Vos billets verts avec intérêt (ceux de la banque centrale américaine), contre nos montagnes de télés.

Nos dollars avec intérêts payables en dollars? s'interrogea l'Amérique? Easy, vu qu'on est les seuls à fabriquer du dollars! Le dollars est invulnérable et impossible à délocaliser! Les chinois sont bien naïfs! Let's go for it!

Irresponsable, l'Amérique court-termiste a topé avec la fourmi Chinoise. La planche à billet se mis à tourner à une cadence infernale, remplissant des coffres Chinois de plus en plus grands.

En 2007, l'Amérique, enfin, réalise qu'elle consomme à crédit, en fabriquant de la monnaie et en empruntant aux autres. Ses ménages, ruinés, se rendent compte que le dollar, s'il est indélocalisable, n'est pas si invulnérable que ça: d'un côté, l'Europe a fait un gosse en douce, de l'autre, les Chinois ont des coffres bourrés à craquer de papier vert avec intérêt, et ils comptent bien en faire autre chose qu'un feu de joie.

Le monde va devoir changer...

mercredi, janvier 30 2008

Connerie Royale

(décidément, l'économie et la finance m'inspirent, actuellement)

J'ai toujours trouvé que Ségolène Royal était au mieux incompétente, au pire conne, surtout pour les questions économiques. Elle doit en plus avoir de bien piètres conseillers financiers. Extraits de son site désirdavenir.

Quand les Français ont un compte bancaire excédentaire en début de mois et le terminent à découvert, les pénalités tombent. Les banques s'enrichissent sur le dos des plus modestes. Je demande à ce que les 7 milliards d'euros soient remboursées aux familles qui sont plongées dans l'endettement.

1. Les pénalités sont normales, elles correspondent au loyer du capital. Qui dit emprunt dit intéret. Si le taux des agios est discutable, leur principe ne l'est pas.

2. Les banques d'affaires telles que la Société Générale ne s'enrichissent pas sur le dos des ménages qui finissent les mois dans le rouge. Elles s'enrichissent sur les opérations professionnelles (conseil, fusion, acquisitions de sociétés) ou boursières. La Société Générale est d'ailleurs la banque l'une des plus performante du monde pour les produits dérivés tels que ceux que gérait Jérome Kerviel.

3. Les 7 milliards ne sont pas remboursables. Ils ont été perdus sur des placements malheureux, soldés par la Société Générale en urgence face aux risques énormes qu'ils présentaient. Kerviel n'a d'ailleurs pas fait perdre un centime à sa banque, il a juste engagé celle ci pour des montants tellement faramineux qu'ils auraient précipités la banque dans la faillite en cas d'échec. Face à ce risque, la banque a soldé ces engagement dans un contexte défavorable, entraînant les 5 milliards de perte. Imaginons que la banque ait attendu dans l'espoir de revendre ces engagement avec bénéfice (ce qu'escomptait Kerviel), mais que le marché ait été encore plus défavorable qu'il y a quelques jours: la Société Générale aurait pu perdre 10, 15, 20 milliards. Ne pouvant couvrir pareil perte, elle aurait été contraint de se déclarer en faillite, ruinant actionnaires et clients.

4. Les familles sur-endettés n'ont strictement rien à voir dans cette affaire. Pure récupération politique de la part de Ségolène, qui joue comme toujours sur la corde "je protège les pauvres malheureux contre les riches voleurs".

Ces 5 milliards d'euros, plus les 2 millions perdus dans les subprimes représentent un tiers du déficit de la sécurité sociale", a-t-elle aussi déclaré.

5. Et? Bonne comparaison, mais les impôts versés au titre de ses bénéfices par cette même Société Générale durant les 6 dernière années représentent également environ 5 milliards. Si on additionne les impots sur les bénéfices des banques Françaises, on doit aussi tombé sur environ 4 ou 5 milliards l'année passée. Ségolène Royal ne remercie pas les traders pour ces contributions passées?

Rappelant qu'elle avait proposé durant la campagne présidentielle une réforme du système bancaire, Ségolène Royal s'est dite choquée que la démission du PDG de la société générale n'ait pas été acceptée par le conseil d'administration réuni en urgence.
"Est-ce parce que Daniel Bouton est l'ancien directeur de cabinet d'Alain Juppé?", s'est-elle interrogée.

6. La Société Générale est une banque privatisée en 1987 (sous Mitterrand - Chirac), son conseil d'administration fait ce qu'il veut. Il me semble d'ailleurs censé d'éviter d'ajouter à la crise financière subie par cette banque une crise de management. La Société Générale n'a pas de dauphin a mettre en avant, mais à bien besoin d'un capitaine. De plus, je trouve justement que Bouton a été extrèmement compétent dans la gestion de la crise. Il a évité la faillite de justesse, agit avec une rare transparence en informant la Banque de France et l'Autorité des Marché Financier de ses difficultés et des manoeuvres engagées pour sortir la banque du bourbier, et ré-agit efficacement en assurant une recapitalisation garantie par deux banques américaines, évitant le risque d'un rachat immédiat. Virez Bouton, et la banque sera victime d'un raid encore plus rapidement ou facilement.

7. Ridicule insinuation de complot politique. Franchement, que Bouton ait été directeur de cabinet de Juppé... Sarko voudrait que Bouton dégage (Sarko surfe lui aussi sur le populisme, il n'est pas meilleur ou plus compétent à ce sujet que Royal), le pouvoir UMP en place déteste la chiraquie dont Juppé fut l'enfant chéri. Alors, franchement, les insinuations politiques pour surfer sur l'éternelle théorie du complot, moi je dis stop.

Ca paraît invraisemblable. Voilà des patrons qui sont grassement payés pour contrôler où va l'argent des petits épargnants. Et ils découvrent que l'on peut détourner cinq milliards. C'est dire leur désinvolture à l'égard des autres

8. Il n'y a jamais eu de détournement de 5 Milliards. Il y a eu fraude des procédures internes d'une banque, aboutissant à des prises de positions sur le marché boursier sans couverture à hauteur de 50 milliards. En découvrant ces positions, les dirigeant de la banque ont suivi les règles habituelles: une position non couverte est très dangereuse, et doit donc être soldée au plus vite. Ce qui a été fait, entraînant 5 milliards de perte.

9. Leur désinvolture? Le PDG n'est absolument pas désinvolte. Il a été victime d'une malversation. Aussi longtemps que l'homme sera humain, certains hommes chercherons à contourner les règles. Le système de contrôle de la Société Générale a failli, certes. Devant cet échec, le PDG a sauvé sa banque d'un risque majeur de faillite, informé les autorités compétentes en suivant scrupuleusement ses devoirs (la Banque de France et l'AMF) et assuré une couverture des pertes par une recapitalisation garantie par deux autres banques. Une fois le danger immédiat passé, il a présenté sa démission et symboliquement renoncé à son salaire. Objectivement, je crois que personne n'aurait pu faire mieux. Il est responsable, il a pris ses responsabilités. Quand au montant de son salaire, je ne le connais pas. Si la rémunération des dirigeants est effectivement parfois outrageusement élevé, il ne faut cependant pas tout mélanger.

20 lignes, 9 conneries, dont certaines sont de véritables inepties. Sarkozy est un président pitoyable, qui nous ridiculise comme Bush a massacré l'image des USA à l'étranger, mais Royal n'aurait pas été meilleure.

samedi, janvier 26 2008

La vie à crédit (2)

(suite de ceci)

Première étape: l'amérique dans le désastre économique, et les américains, à la porte.

Les particuliers ont acheté à des prix déraisonnables des maisons, en signant des crédits à taux variables. Pour améliorer leur niveau de vie, ils ont ensuite hypothéqué ce bien (encore à taux variable) durable pour acheter de l'éphémère (une télé). 5 ans après, comme "l'immobilier, ça monte tout le temps", la valeur de la maison a augmenté de 20%. Heureux, le particulier a hypothéqué ces 20% de plus pour changer la télé, car l'écran plasma, c'est mieux. Et puis un jour, les créanciers ont réalisé que prêter à un sur-endeté, ça mérite une prime de risque. Pour couvrir le risque, les créanciers ont augmenté le taux d'intérêt. Et comme le particulier avait signé à taux variable, ses mensualités ont explosé: il ne peut plus payer. La vie à crédit, ça ne marche qu'à court terme. Ne payant plus ses traites, le créancier a donc exercé son droit: il a saisi la maison.

Aujourd'hui, des centaines de milliers d'américains sont en train de perdre leur toit. Dans quelques mois, ils seront des millions.

Et nous? Nous européens, nous avons nos frontières pour nous protéger: il est bien connu qu'elles sont à l'épreuve de tout, surtout des mauvaises nouvelles et des nuages radioactifs. En vérité, les pays européens vont aussi morfler, mais chacun à degré différent.

Grand vainqueur, le Royaume Uni. Lui, il va souffrir. Les Anglais ont fait aussi fort que les américains dans le genre du crédit à la consommation. Le monde de la finance a recréé la puissance de la city, et je peux vous assurer que ca va licencier sévèrement là bas dans les mois à venir, et qu'il y aura des ferrari à racheter à très bon prix. Le miracle économique anglais risque fort de tomber en flammes. Tony est parti juste à temps. Et des centaines de milliers de britanniques vont devoir quitter leur maison.

Second, l'Espagne, le pays de la bulle immobilière personnifiée. L'Espagne a construit à tour de bras des logements vendus à des prix indécents: certains foyers se sont endettés sur plus de 60 ans, et les banques ont distribué les crédits sans aucune garantie. Retour au réalisme prévisible, effondrement des prix et sans doute d'un beau morceau de l'économie Hispanique, basée sur le BTP. Meilleur exemple? En Juin dernier, voyant le vent tourner à toute vitesse, BBVA, la deuxième banque espagnole, a vendu à Multigestión Iberia la valeur de 74 000 millions d'euros de prêts sans garantie pour 25 millions d'euros. Je répète: 74 milliards de créance fourgués à 25 millions. A ce niveau, c'est du sauve qui peut.

L'Allemagne, quand à elle, va souffrir, avec un taux d'endettement assez fort. L'économie Allemande, forte d'une industrie puissante, a les reins solides. L'Allemagne va souffrir, mais résistera tant que les pays émergents achèteront ses machines outils. En revanche, son système bancaire risque l'hécatombe: les banques indépendantes des länders ont massivement investi dans les fonds de subprime.

Et la France? La France détient le record d'Europe des ménages les moins endettés. Il y a un an, Sarkozy s'en désespérait, et voulait faciliter le crédit à la consommation pour relancer l'économie suivant le modèle américain. Aujourd'hui, il se gargarise de l'orthodoxie des ménages Français qui n'aiment pas tellement Cetelem et Médiatis, et qui n'ont pas trop signé à taux variable. De fait, notre économie va souffrir d'un ralentissement global, d'autant plus que si les ménages sont en bonne santé financière, l'Etat est au bord de la banqueroute et n'a aucune capacité financière pour soutenir l'activité. 2008 sera une année atroce pour Sarkozy. S'il va vraiment chercher la croissance avec ses dents, il y perdra ses dents. En revanche, les ménages ne devraient pas être expulsés. D'une manière générale, dans toute l'Europe, il y a fort à parier que les prix de l'immobilier vont baisser ou au moins, ne plus augmenter pour un bon moment.

Mais revenons à l'Amérique. Le particulier américain, qui doit faire face à ses crédits, va réduire sa consommation. Acheter moins pour rembourser plus. Le premier moteur de l'économie américaine va tousser. Les banques, paniqués par leur irresponsabilité passée, ne prêtent plus d'argent, ni aux particuliers, ni aux entreprises. Les entreprises, ne pouvant investir à moindre coût, vont ralentir leur croissance, embaucher moins et licencier plus car les américains n'achètent plus leurs produits. Le second moteur va tousser. La banque centrale américaine le sait. En urgence, elle baissé mercredi 23 janvier ses taux d'intérêts, pour tenter de refaire partir le crédit aux entreprises, et poursuivre la fuite en avant: En baissant ses taux, la banque centrale rend l'emprunt rentable mais fabrique de l'inflation. Aujourd'hui, les prix augmentent de 4% par an aux USA, alors que la banque centrale ne rémunère le capital à qu'à 3.5%. Il vaut donc mieux acheter des biens. Récapitulons:

Objectif: relancer l'économie par la baisse des taux d'intérêts.

Effet indésirable: l'inflation va encore augmenter aux USA.

Conséquence: Si l'inflation reste maîtrisée, on assiste à une dévaluation en douceur qui rendra les crédits faciles à rembourser. Si l'inflation s'emballe sans être compensée par la reprise économique, il y a fragilisation des plus faibles, et ceux qui peinent à rembourser leurs crédits ne pourront plus rien rembourser du tout, et on assiste à un crash monumental...

A mon avis, cette décision d'urgence prise par la banque centrale américaine montre bien la fébrilité des financiers américains qui appellent la banque centrale à la rescousse de leur inconséquence.

Le risque est majeur que les USA sombrent dans la récession (c'est à dire une croissance négative: le pays créé moins de richesse que l'année précédente). Nombreux sont ceux qui pensent que le pays y est déjà. La banque centrale tente de relancer une machine à l'agonie, et c'est sans doute la dernière chance: elle ne pourra plus baisser aussi massivement les taux, et les caisses du trésor sont vides: l'administration américaine tourne à crédit en empruntant à la Chine. Si l'économie américaine ne réagit pas au booster de la baisse des taux d'intérêts, si l'administration ne met pas en oeuvre une politique de rigueur sévère, le risque d'un effondrement de l'économie américaine est réel, et la récession qui en résultera sera du niveau de la crise de 1930. Personne, parmi les pays développés, n'en sortira indemne.

En ce qui me concerne, je doute que l'économie américaine s'en sorte. Donc, je ne mise pas un centime sur l'hypothèse "l'immobilier, ça monte toujours". Je ne mise pas non plus un centime en bourse, et surtout pas dans des produits financiers: à court terme, les risques de baisse générale sont forts. Il est trop tard pour vendre, et trop tôt pour acheter. Et donc, je garde mes petites économies sur mon livret A, et j'applaudis chaleureusement M. Trichet, directeur de la banque centrale européenne, qui doit persister dans son idée de contrôler l'inflation en zone Euro et de lutter pour que nos pays votent des budgets rigoureux, même s'il faut pour cela ruiner les spéculateurs et tailler dans les dépenses de confort. A long terme, l'orthodoxie financière gagne toujours.

- page 1 de 5