Je ne résiste pas à l'envie d'allonger un peu mes prétentions de vulgarisation économiques... (1) et (2) Avant la dernière partie à venir, un intermédiaire sur les forces en présences et surtout, comment on en est arrivé là. Car l'histoire permet toujours de comprendre le présent. C'est un peu romancé et simplifié pour les besoins de la cause, mais fondamentalement, mes propos sont justes.
Quelle est la différence entre des faux-Monnayeurs et les Etats-Unis d'Amérique?
Aucune.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, le monde a fait le constat suivant: Hitler est arrivé au pouvoir en se présentant comme sauveur auprès d'une nation asphyxiée par la crise économique et l'inflation galopante. Pour garantir la paix mondiale, il fallait donc se prémunir contre de nouvelles situations similaires. Les accords de Breton Wood ont donc réalisé deux choses: Tout d'abord, entériner la victoire du dollar US comme monnaie de référence. Pour financer leurs deux guerres mondiales, les pays d'Europe se sont ruinés, ont vidé leurs coffres pour acheter de l'équipement au USA. En 1945, l'Amérique détient 80% du stock d’or mondial, et est le créancier du monde. Cela lui permet d'investir très massivement (le plan Marshal) pour la reconstruction. Indirectement, ces investissements impriment également la marque anglo-saxonne dans le monde de la finance, renforçant encore leur puissance hors USA. Deuxièmement, le dollar est indexé sur le cours de l'or. Monnaie de référence indexée sur le cours du métal jaune, le dollar devient ainsi une monnaie insubmersible, protégée contre l'inflation par l'inébranlable stabilité de la valeur de l'or.
Quelques décennies après, on se rend compte que cette indexation, si elle assure la stabilité, a aussi un inconvénient: hyper-stable, le dollar ne permet pas les jeux monétaires et défavorise les USA dans leur créativité financière: impossible pour la banque centrale d'émettre du dollar pour financer du déficit! Car depuis 1945, le monde a bougé et l'Amérique fait face à de nombreux défis très coûteux : Même pour un pays de 300 millions d’habitants, faire la guerre au Viêt-Nam tout en allant se promener sur la lune représente une dépense colossale. L’Amérique se rend compte que le dollar est bien implanté, qu'il est une référence, que tout le monde lui fait confiance. Pourquoi, dès lors, ne pas pousser un peu le bouchon, créer du billet vert ex nihilo pour payer les fournisseurs? De toute manière, le dollar est insubmersible ! L'indexation est abandonné en 1971.
La plus grande opération de fabrication d'argent commence. Avec ces dollars neufs, l'Amérique achète une pelle, qui lui servira plus tard à creuser sa tombe. Maurice Allais, seul français à jamais avoir obtenu un prix Nobel d'économie, l'a d'ailleurs bien noté: "Dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique… à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents."
A qui profite le crime, donc? Aux USA, qui achètent ainsi ce que bon leur semble avec le dollar. La confiance se maintient pourtant: tout le monde croit en la puissante Amérique, seule capable de se dresser contre l'URSS et protéger le monde capitaliste. Pour le bien du monde, le dollar doit donc rester roi. Le dollar puissant gouverne le monde libre. Sa profusion créa une nouvelle activité: la finance. Totalement libéralisé vers les années 80, c'est des perspectives rayonnantes qui s'ouvrent, un monde où le dollar omniprésent finance tout ce qu'on veut: il suffit d'être ami avec ceux qui le fabriquent: les USA.
1989. Coup de tonnerre: l'URSS, colosse à la mesure des USA, s'écroule. Son modèle, basé sur la gestion étatique, a mené au désastre économique, écologique et humain. Seul devant le champ de ruine, les USA n'ont plus de compétiteur. Pourtant, ils ne changent pas leurs pratiques monétaires. Ce faisant, ils commencent à creuser leur tombe avec la pelle achetée avec l'argent du crime. Bien mal acquis ne profite jamais. Comme ça ne va pas vite, que les USA voient grand et qu'ils sont invulnérables, ils accélèrent encore les imprimantes à richesse gratuite: le dollar est invulnérable et indispensable! A grands coups de création monétaire, les américains achètent donc des téléviseurs, des voitures, du carburant, et quelques pelles mécaniques...
Pendant ce temps, l'Europe a changée. Mélancolique de sa puissance perdue, effrayée par ses immenses cimetières militaires, elle s'est réunie. Discrètement d'abord, pour ne pas vexer son voisin URSS, et son protecteur américain. À partir des années 1980, tout accélère. L'Europe, qui n'était pas resté inactive pendant 40 ans, voit bien qu’elle n'a plus vraiment besoin de la protection Américaine : discrètement, la France a construit une force nucléaire civile et militaire, est devenu l'un des plus grand exportateur mondial d'armement, et agite son parapluie nucléaire au dessus de son amie industrielle Allemande. Touche pas à ma copine!
Allemagne qui a merveilleusement tiré parti du plan Marshal, a reconstruit une industrie civile puissante dans la machine outil et l'industrie, qui s'exporte tellement bien qu'elle finance a elle seule la réintégration de sa moitié Est. Pendant 10 ans, l’ex RFA injecte autant dans ses provinces de l'Est que les 16 autres dans les pays de l'Est. Le Made in Germany vaut de l'or. La France, aidée de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Espagne, a construit avec Arianespace une industrie spatiale hyper-fiable qui, après le drame de la fragile et dangereuse navette Challenger, lamine l'ami Américain sur le marché des lancements commerciaux de satellites. Mieux que ça, elle en a profité pour conquérir le ciel avec Airbus qui, à la fin des années 1990, grille la politesse à l'Américain Boeing. Pire, ceci a été accompli en finançant simultanément un système social coûteux mais efficace, qui a hissé les pays d'Europe au sommet des espérance de vie mondiale. À la fin des années 1990, l'Europe n'est pas le nain anémique que l'on se complait à présenter.
Dès le début des années 1990, l'Europe a encore autre chose des ses cartons. Sans menace de l'URSS, elle peut se permettre de faire un gosse dans le dos des USA. Le dollars est roi, d'accord. Mais la livre Sterling et le Deutsch Mark ne sont pas mal non plus, et la France contrôle un gros bout d'Afrique avec le Franc CFA. En additionnant ces forces, ne pourrait-on pas être calife à la place du calife?
L'Euro nait avec cette idée: Faire contrepoids au dollar, devenir à terme la monnaie de référence. Londres, pourtant, renâcle et enlève ses billes. L'Euro devra donc faire sans la Livre. Sa colonne vertébrale sera le Deutch Mark.
L’objectif est fixé : La politique monétaire de l’Euro devra aboutir à faire de cette monnaie supranationale la monnaie de référence mondiale. A ce petit jeu, les Allemands ont de l'expérience: partis de rien en 1945, ils ont en 50 ans créé une monnaie respectée. À ce succès, une recette bien germanique: précision, permanence et fiabilité. Précision et permanence, avec une monnaie bien calibrée stable dans le temps, c’est-à-dire avec une banque centrale indépendante d'un pouvoir politique trop enclin aux vues à court terme. La Bundesbank, indépendante, menait donc la monnaie sur la base de la lutte contre l'inflation (grande peur née en 1933), avec la fiabilité qui en découle: achetez du Mark, sa valeur est stable, les politiques ne joueront pas avec pour acheter des téléviseurs. Notons qu'à la même époque, la France menait la politique inverse, avec une monnaie au service du politique, ce qui mena à plusieurs dévaluations.
C'est la raison pour laquelle les Allemands, fiers de leur DM, ne l'abandonnèrent qu'après avoir vendu chèrement sa peau: en échange de leur participation à l'Euro, ils exigèrent une banque centrale indépendante, à l'objectif clairement anti-inflation, et la garantie de budgets d'états raisonnables avec moins de 3% de déficit. Ce qui avait porté le Mark très haut porterait l'Euro au sommet !
Le premier janvier 1999, l'Euro naît dans le scepticisme général: personne n'y croit: qui sont donc ces présomptueux et leur monnaie de singe, inventée à partir de rien? Introduit à 1 euro contre 1 dollar, l'euro s'écroule dès sa première cotation et ne cessera de baisser jusqu’en 2002 : Tout le monde est convaincu que l'aventure capotera, et que ces pays ambitieux abandonneront la partie avant d'introduire des billets "Euro" dans les porte monnaies de leurs habitants.
La BCE, toute neuve, s'accroche pourtant au bastingage et veille à la gestation. Le 1 janvier 2002, elle accouche d'un beau bébé, dans l'étonnement et la curiosité. Qui sont donc ces Européens qui, en une seule nuit, ont remplacé 15 monnaies par une seule? Et si leur utopie n'en était pas une? L'industrie Allemande en est, les armes Françaises aussi, l’Italie et le miracle Espagnol également, et Airbus, s'il vend en dollars, construit en Euros. Petit à petit, l'oiseau qui prétend défier l'Aigle fait son nid. Dès 2002, le succès de l’introduction de la monnaie unique auprès des Européens donne une formidable crédibilité à cette nouvelle monnaie, qui remonte la pente, revient à parité avec le dollars au milieu de 2003 et ne redescendra jamais en dessous !
Pourtant, dans le même temps, le reste de monde a bougé également. Un autre mastodonte émerge. La Chine communiste a viré sa cuti. La Chine et sa mentalité pragmatique a depuis longtemps abandonné le collectivisme. Au son du "Enrichissez vous" de Deng Xiaoping, les meilleurs commerçant du monde ont joué leur carte joker: 1 000 millions de chinois, et autant d'ouvriers potentiels corvéables à merci. L'autoritaire PCC a mis ce monde au travail, et a fait de l'oeil à l'Amérique, avec le deal suivant: votre argent contre notre travail. Peu avare de billets verts, l'Amérique a foncé, finançant la Chine dans la construction d'usines de téléviseurs, de T-shirt et de pelles. D'usines tellement grandes qu'elles produisent plus que n'en peut absorber l'Amérique. Qu'à cela ne tienne: la Chine a cassé les prix pour prendre les marchés, indexé sa monnaie sur le dollars pour la stabilité et refait un deal avec l'Amérique: Vos billets verts avec intérêt (ceux de la banque centrale américaine), contre nos montagnes de télés.
Nos dollars avec intérêts payables en dollars? s'interrogea l'Amérique? Easy, vu qu'on est les seuls à fabriquer du dollars! Le dollars est invulnérable et impossible à délocaliser! Les chinois sont bien naïfs! Let's go for it!
Irresponsable, l'Amérique court-termiste a topé avec la fourmi Chinoise. La planche à billet se mis à tourner à une cadence infernale, remplissant des coffres Chinois de plus en plus grands.
En 2007, l'Amérique, enfin, réalise qu'elle consomme à crédit, en fabriquant de la monnaie et en empruntant aux autres. Ses ménages, ruinés, se rendent compte que le dollar, s'il est indélocalisable, n'est pas si invulnérable que ça: d'un côté, l'Europe a fait un gosse en douce, de l'autre, les Chinois ont des coffres bourrés à craquer de papier vert avec intérêt, et ils comptent bien en faire autre chose qu'un feu de joie.
Le monde va devoir changer...
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