Retour au travail aujourd'hui, après 10 jours inhabituels. J'ai assisté à mon premier mariage. Celui de mon frère en l'occurrence. Etant ce qu'il est, l'organisation était impeccable, ni trop stricte, ni trop désordonnée. C'était, il faut bien le dire, un mariage de bonne qualité. Et même, un beau mariage, le temps ayant été particulièrement généreux. Pour ma part, j'ai joué avec un certain plaisir le rôle qui m'était dévolu: n'étant pas très porté sur le cérémonial, et opportunément célibataire pour mon frère, j'ai été chargé d'une part de l'organisation et de conduire les mariés, de la mairie à l'église, de l'église à la salle des fêtes. J'avoue avoir été un peu choqué par la cérémonie à la mairie, et la lecture des articles relatifs au mariage. Pour la République, le mariage reste le coeur indispensable de la vie familiale et le cadre nécessaire à l'éducation des enfants, avec des époux se devant, comme pour l'église, fidélité et amour éternel. En entendant ça, j'ai eu le sentiment d'une effroyable intrusion de la Loi dans la vie privée et intime des mariés. J'ai donc été terriblement choqué par le caractère terriblement normatif de cette cérémonie. L'église, en revanche, ne m'a pas choquée le moins du monde, pour la simple et bonne raison que je n'ai rien écouté du tout. J'ai en effet annexé l'appareil photo avant même la cérémonie, ce qui était un excellent alibi pour se promener dans l'édifice et s'amuser à mitrailler dans tous les sens, tout le monde. Pendant plus d'une heure de bondieuseries, je ne me suis pas assis un seul instant sur les bancs des fidèles (enfin, fidèles, je rigole doucement...) et n'ai prêté une oreille distraite que pendant la prière universelle (là, j'ai eu du mal à ne pas rigoler fortement...). Si je n'avais été accaparé par les photos, je me serai bien marré aussi pendant l'instant fatidique où, au son de l'orgue, la plus jeune petite fille de l'assistance (5 ans, je crois) apporta sur un cousin blanc brodé les alliances aux mariés, face au curé, entourés de pétales de roses blanches.
La sortie de l'église fut aussi un grand moment d'émotion kitsh, avec les coeurs de papier voletant autour des mariés qui s'embrassaient pour la photo. J'ai mitraillé comme un malade.

C'était presque mignon, et en vérité, j'étais assez heureux pour mon frère et son épouse, qui rayonnaient de plaisir. Je passe ensuite sur le vin d'honneur, le diner, la fête. Débarrassé des impératifs de l'organisation, je dois dire que j'ai eu quelques moments de grande solitude. J'avais tellement anticipé d'être en couple pour ce mariage, que les inévitables questions du genre "et ton tour, c'est pour quand?" m'ont particulièrement meurtri. J'ai eu un accès de haine féroce en entendant une de mes cousines demander à mes parents "Alors, on se revoit quand pour le mariage de Rouge-Cerise?". Et mes parents, d'esquiver la réponse en regardant ailleurs. Et moi, d'avoir envie de pleurer qu'ils ne puissent assumer l'homosexualité de leur second fils. Je n'en veux à personne pour cela. Tout le monde pense poser une question innocente et plutôt sympathique. J'en veux seulement à la société hétéronormée dont nous faisons partie. Et encore, même pas tant pour les interdictions qui nous frappent que pour le sens commun général qui fait qu'alors que je répétais inlassablement à tout le monde que non, je ne me marierai pas, jamais, personne n'a su imaginer une autre réponse que "tu changeras d'avis en rencontrant une belle jeune fille" en me regardant comme un jeune con qui se la joue rebelle.
Dans ces moments là, je suis content de l'invention du téléphone portable qui permet d'échanger quelques SMS avec un autre garçon sensible.
Oh, d'ailleurs, en parlant de SMS...
N'est il pas magnifique, mon Palm Pré?

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