Rouge-cerise.net

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lundi, mai 3 2010

Jeune, con et rebelle

Retour au travail aujourd'hui, après 10 jours inhabituels. J'ai assisté à mon premier mariage. Celui de mon frère en l'occurrence. Etant ce qu'il est, l'organisation était impeccable, ni trop stricte, ni trop désordonnée. C'était, il faut bien le dire, un mariage de bonne qualité. Et même, un beau mariage, le temps ayant été particulièrement généreux. Pour ma part, j'ai joué avec un certain plaisir le rôle qui m'était dévolu: n'étant pas très porté sur le cérémonial, et opportunément célibataire pour mon frère, j'ai été chargé d'une part de l'organisation et de conduire les mariés, de la mairie à l'église, de l'église à la salle des fêtes. J'avoue avoir été un peu choqué par la cérémonie à la mairie, et la lecture des articles relatifs au mariage. Pour la République, le mariage reste le coeur indispensable de la vie familiale et le cadre nécessaire à l'éducation des enfants, avec des époux se devant, comme pour l'église, fidélité et amour éternel. En entendant ça, j'ai eu le sentiment d'une effroyable intrusion de la Loi dans la vie privée et intime des mariés. J'ai donc été terriblement choqué par le caractère terriblement normatif de cette cérémonie. L'église, en revanche, ne m'a pas choquée le moins du monde, pour la simple et bonne raison que je n'ai rien écouté du tout. J'ai en effet annexé l'appareil photo avant même la cérémonie, ce qui était un excellent alibi pour se promener dans l'édifice et s'amuser à mitrailler dans tous les sens, tout le monde. Pendant plus d'une heure de bondieuseries, je ne me suis pas assis un seul instant sur les bancs des fidèles (enfin, fidèles, je rigole doucement...) et n'ai prêté une oreille distraite que pendant la prière universelle (là, j'ai eu du mal à ne pas rigoler fortement...). Si je n'avais été accaparé par les photos, je me serai bien marré aussi pendant l'instant fatidique où, au son de l'orgue, la plus jeune petite fille de l'assistance (5 ans, je crois) apporta sur un cousin blanc brodé les alliances aux mariés, face au curé, entourés de pétales de roses blanches.

La sortie de l'église fut aussi un grand moment d'émotion kitsh, avec les coeurs de papier voletant autour des mariés qui s'embrassaient pour la photo. J'ai mitraillé comme un malade.

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C'était presque mignon, et en vérité, j'étais assez heureux pour mon frère et son épouse, qui rayonnaient de plaisir. Je passe ensuite sur le vin d'honneur, le diner, la fête. Débarrassé des impératifs de l'organisation, je dois dire que j'ai eu quelques moments de grande solitude. J'avais tellement anticipé d'être en couple pour ce mariage, que les inévitables questions du genre "et ton tour, c'est pour quand?" m'ont particulièrement meurtri. J'ai eu un accès de haine féroce en entendant une de mes cousines demander à mes parents "Alors, on se revoit quand pour le mariage de Rouge-Cerise?". Et mes parents, d'esquiver la réponse en regardant ailleurs. Et moi, d'avoir envie de pleurer qu'ils ne puissent assumer l'homosexualité de leur second fils. Je n'en veux à personne pour cela. Tout le monde pense poser une question innocente et plutôt sympathique. J'en veux seulement à la société hétéronormée dont nous faisons partie. Et encore, même pas tant pour les interdictions qui nous frappent que pour le sens commun général qui fait qu'alors que je répétais inlassablement à tout le monde que non, je ne me marierai pas, jamais, personne n'a su imaginer une autre réponse que "tu changeras d'avis en rencontrant une belle jeune fille" en me regardant comme un jeune con qui se la joue rebelle.

Dans ces moments là, je suis content de l'invention du téléphone portable qui permet d'échanger quelques SMS avec un autre garçon sensible.

Oh, d'ailleurs, en parlant de SMS...

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N'est il pas magnifique, mon Palm Pré?

mercredi, février 24 2010

Sanctuarisation, Grenelle, diffamation

Je suis de plus en plus consterné par la vie politique de notre pays. L’indécence et l’irrespect dominent tellement que c’en est effrayant. Les coups de communications se succèdent à un rythme effréné en laminant toute possibilité de traiter de sujet de fond, tout espoir de faire preuve de réelle pédagogie. A ces coups de communication, les représentants politiques se répondent mutuellement par avocats interposés. Tout le monde attaque tout le monde en diffamation, dans la droite ligne d’une époque devenue procédurière et revancharde. Et tandis que les protagonistes débattent dans les tribunaux de l’irrespect de tel ou tel mot lancé à dessein pour faire parler, plus personne parmi nos dirigeants ni nos journalistes ne trouve le temps de demander si l’irrespect, ce n’est pas d’envoyer dans un collège de ZEP des professeurs débutants et contrôler 10 fois par jour l’identité de ses étudiants. Ni personne pour dire que l’indécence, c’est qu’un homme puisse être rémunéré plusieurs centaines de fois plus qu’un autre alors que rien ne peut justifier pareille différence.

Mais de temps en temps, pour faire croire qu’un changement va se produire, un Grenelle est annoncé. De l’environnement, de l’emploi, des jeunes, de la banlieue, des retraites et même de l’île-de-France. On use jusqu’à la corde un mot qui fut synonyme de bouleversement, de consensus, et qui ne promet plus aujourd’hui que paroles et désillusions. Des paroles qui, parfois, se transforment en déclaration de sanctuarisation des établissements scolaires, annonce faite avec un air grave et un ton martial. Je ne sais pas ce que signifie sanctuarisation pour vous, mais pour moi, ça sent la mort, la pierre poussiéreuse, l’immobilité, l’encens, l’obscurantisme et le mur d’enceinte. Le contraire de ce que devrait être l’école publique, lieu de jeunesse, d’activité, d’élévation intellectuelle, d’échange. Sanctuariser, c’est isoler, jeter un voile pudique sur les problèmes, les renvoyer hors du mur d’enceinte et se mentir en croyant qu’ils n’existent plus.

Ce n’est pas de sanctuaire dont l’école, et la société dans son ensemble, a besoin. C’est d’espoir, de décence, de sérénité. A l’évidence, ce ne sont pas des choses que l’on peut obtenir en travaillant plus pour gagner plus.

jeudi, février 18 2010

Citoyen!

J’ai reçu début janvier une lettre de la mairie de ma ville mon village m'informant que j'avais été choisi aléatoirement pour participer au recensement. Et que donc, j'allais recevoir la visite d'un agent du recensement, qu'il aurait une carte officielle, et que je devais être aimable avec lui. Evidement, j'étais totalement disposé à être sympathique, surtout s'il était jeune et beau, et participer ainsi au comptage du nombre d'habitants Français.

Puis, plus rien. J'avais d'ailleurs parfaitement oublié cette lettre. Jusqu'au début de la semaine, soit le 15 février.

J'ai cette fois reçu une lettre fort désagréable, toujours de la mairie de ma ville mon village. La missive m'indiquait qu'un agent du recensement s'était présenté chez moi, que je n'étais pas là, que c'était inadmissible, que le recensement était obligatoire et que les bon citoyens devaient s'y soumettre et que si je refusais de m'y plier, j'étais passible d'une amende pénale (rien que ça!), et que donc, je devais me rendre à la mairie pour récupérer les papiers. Et que l'ultimatum expirait le 17. Soit, deux jours après.

Franchement, je crois bien que je n'ai jamais été aussi énervé tout seul au milieu de mon salon.

Pour n'avoir pas été présent à mon domicile un jour qui ne m'avait pas été communiqué, je recevais une lettre encore plus menaçante que celle reçue d'une société de recouvrement pour un minuscule arriéré de paiement GDF de seulement 8 petits mois, doublé d'un ultimatum ridiculement court, m'invitant à me déplacer dans une mairie ouverte de 9h à 12h et de 13h à 17h. Est il passé seulement à l'esprit du fonctionnaire ayant fait expédier ces lettres qu'il arrive que des gens travaillent de 8h à 18h, à 20km de leur lieu d'habitation, où ils habitent seul? Et que pour ce cas de figure, la société avait inventé un outil formidable, appelé "la poste"? Que je sache, l'Etat n'a jamais eu le moindre problème pour m'adresser par simple courrier mes avis de paiement pour l'impôt et les relevés de la sécurité sociale! Alors pourquoi, pour le recensement, faut-il absolument qu'un type se déplace pour donner en main propre un document à remplir? Il y a là un grand mystère qui m'échappe.

Ce qui m'agace également au plus au point, c'est le ton comminatoire de ce courrier m'assimilant à un médiocre citoyen et assorti d'une menace totalement disproportionnée. Je ne peux pas accepter d'être ainsi désigné. Je ne prétends pas être exemplaire, mais j'ai toujours payé avec ponctualité mes impôts et les quelques contraventions que j'ai eu à subir, j'ai participé à tous les scrutins depuis ma majorité, n'ai jamais rien demandé indûment ni même tenté de profiter des failles du système sur quelque sujet que ce soit. Je crois même me souvenir qu’une fois, j’ai même aidé une vieille dame à traverser la route, c’est dire !

Par fierté, j'ai donc quitté mon travail 2h plus tôt que d'habitude pour me soumettre au recensement, en bon citoyen. Mais je n'ai pas hésité à user de ma liberté d'expression pour dire à l'innocente secrétaire de mairie tout le mal que je pensais de ce lamentable courrier.

Et ensuite, je suis allé établir ma procuration pour le scrutin régional. En bon citoyen. Et j'ai échoué, car maintenant, il faut la carte d'identité de celui a qui on donne procuration pour établir le document. Va savoir pourquoi...

dimanche, octobre 18 2009

Le fiston

Ma participation à un google bombing qui se justifie. En plus, il parait que c'est proposé par un roux. Rien que par solidarité, je suis forcé de participer!

Jean Sarkozy? Un fils à papa, c'est sûr! Et les amis politiques de Jean Sarkozy, qui soutiennent que sa probable arrivée à la tête de l'EPAD n'est que le fruit de son talent? Pas des fils à papa, mais de sacrés menteurs.

Comment peuvent ils dire ça avec autant d'aplomb? Se rendent ils compte qu'il décrédibilisent autant leur mouvement politique que la politique en général? N'ont ils donc pas, eux, un fils, une fille, un neveu ou un cousin du même âge qui galère rien que pour obtenir un entretien pour un stage? Des jeunes de 23 ans, il y en a plein qui ne trouvent pas de travail, et qui sont diplômés d'un master en économie, en langue, en gestion, qui sont ingénieurs, physiciens, chimistes. La légitimité de leur diplôme, pourtant vanté par le président Sarkozy il n'y a pas une semaine, ne semble pas ouvrir les même portes que la légitimité d'être élu conseiller municipal UMP d'une ville politiquement à droite depuis la libération. D'ailleurs, rien que cette légitimité est risible. Un type de cet âge avec ce CV, s'il s'était nommé Mathieu Dupont, n'aurait jamais été conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine. Facteur, peut être. Et encore, même pas: le facteur de Neuilly, sa licence, il l'a obtenue.

Alors, ces responsables politiques amis de Jean Sarkozy, objectivement, sincèrement, peuvent ils jurer, la main sur le coeur, qu'un jeune homme de 23 ans et 2 mois, sans diplôme, sans aucune expérience professionnelle, en serait là où il en est s'il ne s'était pas appelé Jean Sarkozy? N'ont ils donc aucune fierté pour se mentir à eux-même de la sorte? Pensent ils sincèrement qu'il est l'homme qu'il faut pour ce poste? Sont ils certains que le fils à papa de Neuilly, sur le terne éclat d'une légitimité contestable et sans rapport avec la gestion d'une zone économique, est l'homme dont a besoin le plus gros quartier d'affaire d'Europe continentale?

Ils arguent de son talent. Mais lequel? On peut avoir du talent en droit, en langue, en gestion humaine, en cuisine, en mathématiques, en course à pied. Que l'on nous dise donc quel est le talent si époustouflant qu'il justifie que l'on retienne la candidature de Jean Sarkozy au poste de président de l'EPAD!

La mauvaise foi, lorsqu'elle atteint un tel niveau, n'est plus seulement énervante. Elle est scandaleuse. Elle est méprisable. Elle est pitoyable. Je n'avais pas aimé le mot de Kohn Bendit lors des élections européennes, mais là, il se justifie: Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD, c'est minable.

vendredi, juin 5 2009

A vous de choisir...

Avez vous regardé la télévision jeudi soir? C'était émission de débat européen. Et c'était pitoyable. Et il faut hélas convenir que, niveau comportement, le plus contenu a été le révolutionnaire Besancenot. Talonné par Bertrand, puis Aubry, puis Bayrou.

Bayrou, dont je me demande de plus en plus si sa stratégie sera payante. Bayrou, qui doit quand même être sacrément résistant pour encaisser le mépris qu’il récolte à longueur de journée. Bayrou, qui aurait du conserver sa hauteur vis-à-vis des provocations de Cohn-Bendit, même s'il est vrai que celui ci a fait des attaques personnelles pendant sa campagne, attaquant Bayrou l'homme et non le politique et, plus grave, sa foi catholique, ce qui est inadmissible dans le cadre d'une élection en pays laïc. Je n’aime pas Cohn-Bendit, je n’aime pas son coté donneur de leçons, faussement humble et modeste, amis de tous dans la jovialité, drapé dans son Européanisme. Il peut critiquer Bayrou et son ambition, servir du « tu » à tous le monde, jouer à l’ami qui vous veut du bien… Il n’est pas moins imbu de sa personne que ceux qu’il attaque. Durant toute l’émission, d’ailleurs, il a été l’un des plus remuants, mettant toujours de l’huile sur le feu tout en attisant les braises, s'esclaffant, riant des dissensions, amusé par le pugilat. Sans savoir se tenir, tutoyant tout le monde et surtout ceux qui le vouvoyaient, sans avoir ce minimum de retenue que se doit d’avoir un candidat à une élection. On ne peut pas crier sur la perte des repères, sur l’abaissement général, en se comportant ainsi face aux Français. Ce n’est pas un jeu, la politique, ce n'est pas une soirée entre potes ou l'on peut s'amuser à refaire le monde en faisant exprès d'animer le débat.

Je ne l’aime pas et même si je doute de la stratégie et du programme de Bayrou, je ne serais pas de ceux qui lui apporteront mon suffrage, même si le programme d’Europe ecologie est loin d’être mauvais.

Je ne porterai pas non plus mon suffrage, évidement, ni à Mélenchon le noniste, ni à Besancenot le révolutionnaire suranné, ni à De Villier le nationaliste, ni à Le Pen l’agitatrice.

Reste, comme d’habitude, Bertrand le Sarkoziste, Aubry la chef du parti chaotique et Bayrou qui joue au populiste.

Prenons Bertrand le Sarkoziste. Lui, c’est non. Je ne peux pas. Même sans regarder son programme, je bloque. Ca m’ennuie de le dire, mais c’est viscéral. Ce type sent la fourberie à plein nez. Son petit sourire méprisant, son calme voulant montrer une infinie patience… Je ne peux pas. Il suinte la méthode Sarkoziste à plein nez, cette méthode qui a toujours contre-exemple à tout, mélange de fausse compassion et de vrai mépris. Il exsude la suffisance. Dès qu’il parle, je sens le mensonge et l’absence absolue de sincérité. Même si le programme de son camp était bon, rien qu'à cause de lui, je ne voterai jamais UMP. Et de toute manière, son programme est mauvais. La présidence (réussie) Sarkozy de l’Union ne doit pas faire oublier qu’il nous aurait entrainé en Irak, nous a fait réintégrer le commandement de l’Otan (ce qui nous prive de plusieurs centaines de nos meilleurs officiers), et n’a cessé de promouvoir l’ultra libéralisme. C’est quand même lui qui disait que les français devaient s’endetter plus pour consommer plus ! C’est son parti qui a poussé les lois inapplicables à propos d’internet, heureusement retoquées par le parlement européen grâce à des socialistes ! C’est lui, qui crachait sur la BCE dont le comportement a pourtant été irréprochable. C’est eux qui nous ressortent le chiffon rouge des 35h, alors que les 35h dans le privé sont un vrai succès qui a apporté de la flexibilité, et que la moyenne Européenne est en dessous de 35h ! Si les français bossent moins, c’est parce que les jeunes ne trouvent pas de travail et qu’à 60 ans, tout le monde est à la retraite, contrairement à tous les autres pays. Mais de cela, pas un mot. Donc non. L’UMP de Bertrand, c’est impossible.

Bayrou, j’ai l’habitude de voter pour son projet. Jusqu’à récemment, il me semblait le plus digne des fonctions de représentation. Mais cette campagne européenne est un fiasco. Le MoDem, qui avait la plus grande légitimité pour parler projet européen, ne l’a pas fait. Il y a eu quelques éclats de Jean François Kahn, que je n’aime pas beaucoup plus que Cohn Bendit. Il y a eu la proposition de remplacer Barrosso, mais c’est une proposition solitaire, plus symbolique qu’autre chose vu l’isolement du MoDem à Strasbourg, lâché par son seul allié valable, La Marguerite Italienne. Il y a ses candidats, trop peu mis en valeurs alors que contrairement au PS et à l’UMP, ce sont de vrais Européens, pas des récompenses tactiques. Une campagne ratée, par la faute de Bayrou, il faut bien le dire. Trop axé sur le débat français, et un programme finalement assez terne et qui reste dans les grandes intentions nobles... Et un isolement Européen grandissant, pas si grave dans la mesure ou les députés européens ne sont pas vraiment disciplinés vis-à-vis de leurs groupes, mais tout de même… Mais est-ce suffisant pour détourner mon vote ?

Et puis, il y a Martine Aubry. Martine, je l’aime bien. Quand elle s’est déclarée dans la course au PS, j’ai su que Delanoë échouerait. Martine, elle a la carrure, elle a le statut, elle a le bagage culturel, elle a la retenue qui sied à un grand leader. Elle me fait penser à Mme Merkel. Je n’aime pas toutes ses idées, mais elle les assume avec constance. Même si le parti socialiste est dans un sale état, je suis convaincu que si les médias cessaient de répéter qu’il est à l’agonie, les egos internes s’assoupliraient et on verrait que des idées, il y en a. Martine, j’ai envie d’y croire, parce que j’ai comme une nostalgie de l’époque Jospin. Tout ne fut pas parfait, mais avec le recul, on est forcé de constater que de 97 à 2002, le chômage baissait (et ce n’était pas encore lié à la démographie), la croissance était meilleure que nos voisins, il y a eu le pacs, la couverture maladie universelle et les comptes de la sécu à l’équilibre, les 35h (belle avancée malgré l’échec pour certains secteurs), même la dette semblait sous contrôle, comme les banlieues avec la police de proximité. Alors, j’ai envie d’y croire et j’ai envie de soutenir Martine. Parce qu’elle incarne une certaine idée de la politique, et peut nous débarrasser de Ségolène Royale dont la stratégie basée sur la compassion, l’évènementiel et le poids du fait divers n’est pas du tout à la hauteur des fonctions auxquelles elle prétend. Et aussi parce que Jeudi soir sur France 2, elle était parmi les plus dignes.

Du coup, je ne sais pas pour qui voter dimanche.

mardi, février 10 2009

« Bon, allez, on va continuer à se promener »…

Il faut dire que la gamine tirait sur la manche de la mère et que son mari commençait à en avoir assez des ragots sur la santé d’une voisine. Il était temps de rompre la conversation. Et de continuer la promenade… Dans le supermarché Leclerc. Car c’est bien au milieu d’une allée, entre du coca cola en promotion et du jus d’ananas premier prix, que j’ai entendu cette fin de conversation.

Se promener à Leclerc. A chaque fois que j’entends ça, je bloque. Pouf. Marche plus. Se promener, ok. Allez à Leclerc, ok. Se promener à Leclerc, pouf. Comprend pas. Encore un de ces matins, à propos de l’école le mercredi matin : à la radio, ils expliquaient que quand ils n’ont pas école, les enfants regardent la télévision ou vont au centre commercial. Deux alternatives désolantes. Comment peut-on se promener dans un supermarché ? Ou même dans un centre commercial ? Je peine à concevoir le plaisir que l’on peut éprouver à déambuler au milieu de commerces et n’y parvient pas du tout s’il s’agit en fait d’étagères croulant sous des produits de consommation courante. Y’a-t-il un plaisir qui m’échappe, caché entre les allées de pack de couches pour nourrissons et les yaourts aux fruits mixés ? Le baratin du vendeur et ses ventes flash de 10 minutes seulement (profitez en vite !) sur les moules de Quimper ont elles un effet relaxant ou reposant ? La lumière clignotante des tubes néon de médiocre qualité a-t-elle des vertus insoupçonnées ?

Moi, être dans un supermarché ne m’apporte aucune satisfaction. Je n’y ressens que le désespoir de me situer pile dans le moule de la conformité : celle du type qui crèverait la bouche ouverte si on lui enlevait les accessoires d’une vie que l’on dit moderne et développée, celle d’un type fondamentalement incapable de se nourrir, se soigner, se vêtir, se laver, se chauffer et même se distraire autrement qu’en achetant plein de trucs qui, enrobés dans un packaging flatteur et au tarif exceptionnel de deux pour le prix d’un, lui donne l’illusion d’être plus malin que son voisin.

Je n’ai pourtant pas le sentiment d’être le plus féroce des altermondialistes. D’ailleurs, il ne faut pas se mentir, je n’ai rien d’un militant altermondialiste engagé. Mais alors, rien du tout. Tarvalanion, ,cet anarchiste, m’a même dit que j’étais petit bourgeois, et il n’a pas complètement tort : Je ne fais rien pour changer le monde et préfère me contenter de sa critique dans mes instants de lucidité. Ensuite, je m’y replonge hypocritement parce que c’est plus pratique, moins fatiguant et plus confortable, surtout lorsqu’on a la chance, comme moi, d’y être plutôt convenablement intégré (faut pas cracher dans la soupe). Pour être vraiment sincère, j’avouerai même que dans mes plus grands moments de sagacité cynique et égoïste, je me dis : « après moi le déluge, de toute manière je ne laisserai très probablement personne après moi, ceux qui font des gosses n’ont qu’à prendre les épouvantables responsabilités qui vont avec ». Dans ces instants heureusement fugaces, j’ai conscience d’être pire que le système que je conspue et d’ignorer superbement tout ce qui n’est pas humain mais va quand même crever à cause de lui, mais je m’en accommode sans trop de honte (mais un peu quand même).

Il n’empêche cependant que je ne me sens jamais plus désespéré du monde qui m’entoure que lorsque j’entends parler de promenade en supermarché ou, pire, de détente en faisant du shopping. Et je ne peux m’empêcher de penser que la maman et le papa auraient pu faire quelque chose de bien plus intéressant, intelligent et formateur avec leur rejeton que d’aller se balader à Leclerc.

Je vous laisse déduire ma position quant à l’ouverture généralisée des commerces le dimanche.

samedi, décembre 13 2008

L'échange

Comme tous les films d'Eastwood, L'échange démarre lentement et se déroule méthodiquement. On y retrouve un contrôle absolu de la réalisation et une qualité d'image propre aux films de ce réalisateur.

Ce film raconte une histoire, celle de Chistine Collins.

Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils...

Si j'ai été parfaitement convaincu par Malkovitch en pasteur médiatique justicier, je suis plus mesuré à propos de la prestation d'Angelina Jolie, bien sage, presque absente. Mais peut être, finalement, que sa distance émotionnelle permet de mieux se focaliser sur l'imposture policière?

Car en effet, le film raconte l'histoire, et c'est bien la différence d'avec beaucoup d'autres oeuvres qui cherchent à faire vivre au spectateur les scènes de l'histoire. Là, on assiste, avec un certain recul, à une scandaleuse manipulation policière et à une injustice flagrante.

Ce qui est étonnant, c'est que le début est presque fade, la disparition de l'enfant semblant presque évidente et normale, avec une Angelina-Christine impassible. Il faut dire que de toute manière, le sujet que semble vouloir traiter Eastwood n'est pas le meurtre d'enfant, mais la corruption policière. L'affaire, la disparition d'enfant, n'est que le cadre. D'ailleurs, elle encadre réellement le film, en étant le point de départ et la chute, mais pas les 120 minutes entre les deux. Enfin, pas à mon sens... De ce point de vue, c'est un succès complet.

La tension monte peu à peu au fil de l'histoire pour atteindre son sommet à la fin avec deux scènes successivement insoutenables et superbes.

Je voudrais ne rien dévoiler du film (donc ne lisez pas la suite, ceux qui comptent aller voir le film), mais je suis contraint de dire que l'insoutenable, c'est bien la marche à la mort d'un condamné montant sur l'échaffaud, terrifié, dans le silence malsain d'une assistance impassible, prète à regarder une mort décrètée frapper un homme. Un homme coupable, certes, mais un humain tout de même. La peine de mort reste une barbarie sans nom, inutile et injustifiable dans une société qui délivre la mort par sentance vengeresse et la refuse comme ultime et désiré soulagement à des malades ne pouvant plus que l'attendre dans la douleur et la peur. Le claquement de la corde et les dernières convulsions sont insoutenables.

Je serais d'ailleurs curieux de connaitre la position d'Eastwood vis à vis de la peine de mort car pour moi cette scène d'execution, montrée cruement, est bien plus insoutenable que le massacre d'enfants, qui n'est pas montré directement, ni même la découverte d'ossements.

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