7h50, Cosmos Hotel. Mon téléphone sonne.
"Hello Baptiste. This is Nadia. Your taxi driver just call me to tell that he is blocked in a trafic jam. He will probably arrive too late for your flight. If you have money, I suggest you ask for a taxi in your hotel. I appologize for this situation."
Chouette, de toute manière, j'ai toujours adoré les moments d'urgence. Il est donc 8h, je dois être à Domodedovo à 11h pour un vol à 13h, je n'ai plus de taxi et ma collégue a mis 2h30 jeudi à cause des bouchons. Aujourd'hui vendredi, le trafic risque d'être pire. Je termine mon dernier croissant en réfléchissant.
Aprés 30 minutes et un retrait de 3000 roubles en urgence au distributeur, j'étais à bord d'une volskvagen de luxe dont le voyant de manque d'huile clignottait désespérément sur le tableau de bord. Visiblement, l'humain servant de chauffeur n'en avait que faire, occupé qu'il était à accélérer au plus tÙt et freiner au plus tard. Je n'aurais peut Ítre pas d˚ lui dire "quick, quick, it's urgent". En revanche, j'ai eu raison de m'installer à l'arrière et de boucler ma ceinture de sécurité. Mon pilote l'avait d'ailleurs également attachée, à ceci près que lui avait passé la sangle derrière le siège. Si mon objectif était de survivre lors du crash qui me semblait plus imminent à chaque seconde, le sien était de faire taire le signal d'alerte d'oubli de ceinture. Chacun ses priorités.
Soudain, entre deux accélérations rageuses, j'apperçois un panneau aéroport! Il est à peine 9h!Sauf que ledit panneau n'est pas du tout "Domodedovo". Je me risque à un "We are going to Domodedovo airport, isn't it?". "Da, da, Domodedovo!". "OK". Pas de soucis, s'il ne sait pas conduire, il semble savoir où il va. Ne le distrayons pas plus, d'autant que nous zigzagions alors à 160 kilomètres à l'heure sur une 4 voies déjà bien encombrée. Soudain, nous atteignons un énorme bouchon. Tout le monde est à l'arret. Instinctivement, je tente d'appuyer là ou devrait Ítre une pédale de frein. Le kamikaze qui me conduit se contente lui d'appuyer sur le comodo du clignottant droit et de rétrograder. Dans un hurlement de moteur malmené, nous nous engageons à un train d'enfer sur la voie d'arret d'urgence. Je déglutis péniblement en regrettant de ne pas croire en dieu. J'aurai bien eu une faveur à lui demander.
A 9h20, à ma grande surprise, nous nous arrètons dans un crissement de pneus devant l'aéroport international de Moscou-Domodedovo. S'il est incroyable que nous n'ayont mis qu'une heure, il est proprement stupéfiant que nous ne soyons pas transformés en d'infinitésimaux fragments sanguinolents éparpillés dans une carcasse de volkswagen défoncée. "2800 rubles" annonce le chauffeur avec un sourire radieux. Ok, ok, je te les donne. Tu les a bien mérité.
S'ensuit 4 longues heure d'ennui profond. L'‚me charitable, j'ai mÍme acheté des cartouches de cigarettes à 15 euros pour ma Cigale.
13h30. Pile à l'heure le pilote de la Luftansa abaisse le levier des gaz de notre Airbus A320. C'est mon instant préféré. Instantanément, des décilitres de kérozènes sont pulvérisées dans la chambre de combustion pressurisée des réacteurs. Dans le fracas de leur combustion et le hurlement des turbines soudainements accélérées, l'appareil s'élance pour la folle course du décollage. En quelques secondes, la poussée formidable des moteurs à pleine puissance entraine l'appareil à plus de 200 kilomètres par heure. Les ailes, dont le profil est rendu hypersustentateur par l'action conjointe des becs d'attaques mobiles et des volets, ploient légèrement sous la charge avant d'arracher le lourd fuselage à la terre Moscovite. 5 minutes après, c'est terminé, nous avons rejoint notre altitude de croisière.
Je rentre en Europe. Et samedi soir, c'est concert de Juliette...

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